> LA RUBRIQUE UNIQUE à partir de novembre 2025
> Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire : que nous (…)
Voir à gauche les mots-clés liés à cet article
Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire : que nous apprennent les données de la DEPP ?
Cette synthèse rassemble les principaux résultats des études menées par la DEPP concernant la mise en œuvre progressive de la politique de réduction de la taille de classe de CP et de CE1 en éducation prioritaire.
Les principaux messages
Des effets positifs de la réduction de la taille de classe
L’impact mesuré sur les compétences des élèves en français et en mathématiques dès la première année de mise en œuvre confirme la tendance observée dans la littérature scientifique internationale à savoir des effets positifs de la réduction de la taille de classe : en fin de CE1, soit après deux années de scolarisation en classe réduite, les élèves de REP+ ont des résultats supérieurs aux élèves scolarisés dans des écoles de REP ayant des caractéristiques similaires, mais n’ayant pas bénéficié de la réforme (Andreu et al., 2021).
Une plus forte progression des élèves scolarisés en éducation prioritaire, à niveau de départ et IPS donnés, surtout dans les compétences où l’école a le plus de poids
Les analyses sur les cohortes ultérieures, qui comparent les évolutions des écarts de performance entre élèves, au cours du CP et du CE1, en fonction de leur appartenance à un réseau de l’EP et en tenant compte des indices de position sociale (IPS) de leurs écoles, montrent une plus forte progression des élèves scolarisés en EP, à niveau de départ et IPS donnés, surtout dans les compétences où l’école a le plus de poids. Au cours du CP, cet avantage de progression est plus marqué en mathématiques qu’en français, en particulier pour les REP+. Au cours du CE1, c’est en français que l’écart de progression en faveur des élèves de l’EP est plus important, en REP comme en REP+ (Murat et Rocher, 2026).
Les effets de long terme sur les performances des élèves
Dans le cadre d’un travail de thèse relatif aux effets de long terme de la réduction de la taille de classe en éducation prioritaire sur la première cohorte d’élèves bénéficiaires, les analyses indiquent que les bénéfices de court terme observés en fin de CP jusqu’en fin de CE1 n’apparaissent plus à l’entrée de 6e. Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette absence d’effets persistants, notamment le fait que l’évaluation porte uniquement sur les deux premières années de mise en œuvre en REP+, en CP puis CE1, ou encore l’impact du Covid-19, qui a particulièrement touché les élèves socialement défavorisés. Une analyse restreinte aux DROM révèle toutefois un effet positif et statistiquement significatif sur les scores en français des élèves de REP+ (El Bah, 2026).
De nouveaux travaux en perspective
La littérature scientifique souligne l’importance d’interventions ciblées dès le plus jeune âge (Heckman, 2006). L’extension de la mesure de réduction de la taille de classe aux classes de grande section de maternelle en éducation prioritaire depuis 2020 permet d’étudier l’effet d’une réduction de la taille de classe mise en place plus tôt dans la scolarité des élèves. Ces analyses seront conduites dans le cadre du projet de thèse COFRA soutenu par la DEPP.
Charpentier, A., 2026, "Réduction de la taille de classe en éducation prioritaire : que nous apprennent les données de la DEPP ?", Synthèse de la DEPP, n° 8, DEPP.
Extrait de education.gouv.fr de février 2026
Classes dédoublées : des effets réels… mais des angles morts majeurs
Mardi 3 février, le service statistique du ministère a publié une très courte synthèse intitulée « Réduction de la taille de la classe en éducation prioritaire : que nous apprennent les données de la DEPP ? » Cette note s’inscrit dans un contexte de baisse démographique, mécaniquement favorable à la diminution des effectifs dans les classes partout… enfin, sans compter les suppressions de postes.
Ce que dit la DEPP
Un rappel du contexte : le dédoublement mis en place par le ministre Blanquer succède à la politique précédente du « plus de maîtres que de classes » mise en œuvre sous la ministre Najat Vallaud-Belkacem, puis supprimée. Les principaux messages sont clairs : il existe des effets positifs de la réduction de la taille des classes sur les apprentissages.
La DEPP rappelle ainsi qu’« en fin de CE1, soit après deux années de scolarisation en classe réduite, les élèves de REP+ ont des résultats supérieurs aux élèves scolarisés dans des écoles de REP ayant des caractéristiques similaires mais n’ayant pas bénéficié de la réforme » (Andreu et al., 2021). Elle n’évoque pas d’effets sur le climat scolaire, pourtant priorité du ministère.
L’absence d’effets durables sur les résultats à l’entrée au collège
Mais la DEPP note aussi l’absence d’effets durables sur les résultats à l’entrée en 6e. Pourquoi ? Différents facteurs peuvent l’expliquer, note-t-elle : l’évaluation ne porte que sur les deux premières années de mise en œuvre en REP+ (CP puis CE1) ; et l’impact du Covid-19, a particulièrement touché les élèves socialement défavorisés. Elle relève qu’ « une analyse restreinte aux DROM révèle toutefois un effet positif et statistiquement significatif sur les scores en français des élèves de REP+ (El Bah, 2026) ».
La note s’achève par un paragraphe annonçant de nouveaux travaux de recherche sur des effets en maternelle : « La littérature scientifique souligne l’importance d’interventions ciblées dès le plus jeune âge (Heckman, 2006). L’extension de la mesure aux classes de grande section de maternelle en éducation prioritaire depuis 2020 permet d’étudier l’effet d’une réduction de la taille de classe mise en place plus tôt dans la scolarité des élèves. Ces analyses seront conduites dans le cadre du projet de thèse COFRA soutenu par la DEPP. »
Des limites structurelles ignorées : la question sociale
Le dédoublement des classes est loin de compenser les différences de compétences entre les élèves scolarisés hors éducation prioritaire et ceux scolarisés en REP+, même en classes dédoublées. Pourquoi, dès lors, ne pas poser clairement la question de la mixité sociale et scolaire ?
Une précédente note de la DEPP pointait la ségrégation de l’école française, dimension largement absente de la synthèse. 83 % des collèges REP+ accueillent une majorité d’élèves de milieu défavorisé, contre 32 % en REP, 2 % hors éducation prioritaire, et aucun dans le secteur privé.
Ces écarts se traduisent par des stratégies d’évitement : dès 2018, 22 % des élèves résidant en zone REP+ choisissaient un autre collège public que celui de leur secteur, soit deux fois plus que hors éducation prioritaire (11 %). À noter que ce chiffre n’a pas été actualisé depuis.
Moyens, budget, angles morts
La synthèse interroge aussi, en creux, le budget de l’école élémentaire française, dont les moyens restent sensiblement plus faibles que dans les autres pays de l’OCDE.
Le budget de l’Éducation nationale a certes augmenté au cours du premier quinquennat du président Macron. Mais la part de la richesse nationale consacrée à l’éducation est passée de 6,7 % du PIB en 2018 à 6,6 % en 2019, contre 7,7 % en 1995.
Ce que la synthèse ne prend pas en compte
Depuis 2017, les classes de GS, CP et CE1 en éducation prioritaire bénéficient du dédoublement. Mais en gommant ce qui fait l’éducation prioritaire – concentration des difficultés, enseignants plus jeunes, instabilité des équipes – la synthèse ne prend pas en compte l’ensemble de l’objet de recherche.
Elle laisse de côté une question pourtant essentielle : celle d’un allègement des effectifs à tous les niveaux, sans distinction de classement administratif, et de la réinstauration de RASED pour accompagner les élèves en grande difficulté. Car l’école française se distingue par un nombre plus important d’élèves.
Dans un contexte de suppressions de postes, le ministre déclarait Dimanche dernier sur LCI : « il faut que l’on améliore le taux d’encadrement. On baissera un jour peut-être à 20 ou à 19 élèves par classe. Mais si on fait ça de manière brutale, on va ensuite casser la machine pour les 20 prochaines années ». La casser ou la réparer ?
Djéhanne Gani