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Rencontre OZP 28 janv. 2026 : le plan Geffray pour les collèges et l’EP. Intervention de Marc Douaire

29 janvier

Rencontre OZP du mercredi 28 janvier 2026
Le plan Geffray d’accompagnement renforcé des collèges et l’éducation prioritaire.

Intervention de Marc Douaire

Le récent ministre de l’Education nationale ; Edouard Geffray a présenté un nouveau dispositif qui a fait l’objet d’une Instruction ministérielle publiée au B.O du 18 décembre 2025 sous le titre : « Agir collectivement pour la réussite de tous les élèves : accompagner les collèges les plus exposés à la difficulté scolaire. ».

1- De quoi est-il question ?
Un constat : « La France reste caractérisée par de fortes inégalités scolaires et un nombre significatif d’élèves en grande difficulté scolaire ».
Une cible : les 15% des collèges (800 établissements) dont 40% des élèves ont obtenu moins de 8/20 aux épreuves du DNB en français et en mathématiques.
Une méthode : Piloté par les recteurs un plan d’action pluriannuel doit être engagé dès la rentrée 2026 à l’échelle de chaque établissement concerné.

Des principes :
  Identification des besoins de l’établissement : à partir de janvier 2026, élaboration d’un diagnostic conduit par le chef d’établissement avec les équipes pédagogiques puis élaboration d’une feuille de route précisant les objectifs fixés à 3 ans, comment les atteindre et les indicateurs nécessaires.
  Un accompagnement renforcé : le Recteur constitue une équipe de ressource académique (IA-IPR, IEN, CPC, personnels de direction, CPE, psychologues de l’éducation nationale, infirmiers, formateurs du premier et du second degré…
  Cet accompagnement repose sur 4 principes : la collégialité, la participation nécessaire de tous les professeurs et membres de la communauté éducative), la cohérence de l’action, le continuum des relations inter-degrés et des relations pédagogiques, l’implication des familles.
  Moyens mis en œuvre :
o 2 journées peuvent être banalisées pendant le premier semestre 2026
o Accompagnement par l’équipe ressource académique.
o Une mission de l’IG en appui pour conduire des actions de formation.
o Redéploiement
Calendrier
  Premier trimestre 2026 : formation nationale des chefs d’établissement et des équipes ressources : élaboration du diagnostic
  Deuxième trimestre 2026 : axes stratégiques, définition des besoins, formations académiques, premières actions.
  Rentrée scolaire 2026 ! déploiement des actions ; formation continue des personnels.

2- Eléments critiques

  Les impensés ministériels :
La question de l’éducation prioritaire : alors que près de 80% des collèges concernés appartiennent à un réseau d’éducation prioritaire, le ministre choisit de créer un nouveau dispositif sous prétexte que la politique d’éducation prioritaire relèverait d’une logique territoriale répondant à la grande difficulté sociale. On ne peut que s’étonner de cette coupure dans la représentation ministérielle entre l’action de prise en compte des conditions de vie des élèves et des conditions d’apprentissage et d’action pédagogique. C’est délibérément méconnaître toute l’histoire de l’éducation prioritaire et vouloir reléguer cette politique à une question de carte prioritaire ou vouloir la confondre à terme avec le dispositif des Cités éducatives. Rappelons que le ministre Blanquer a refusé de procéder en 2019 à l’évaluation des projets des réseaux. Le ministre Geffray n’en dit mot car il se site dans la continuité de la politique engagée depuis 2017 visant à effacer les apports de la Refondation de l’éducation prioritaire de
La question de la continuité pédagogique : comment prétendre vouloir traiter la grande difficulté scolaire en français et en mathématiques sans prendre en compte le parcours scolaire de ces élèves dans le premier degré ainsi que les remédiations pédagogiques qui furent apportées aux difficultés rencontrées ? Visiblement, le ministre méconnaît la notion de réseau et la nécessité de renforcer la continuité des apprentissages tout au long de la scolarité obligatoire en particulier pour les élèves issus des classes populaires

La question de la formation, de la pédagogie et de la recherche

La question des moyens : postes, temps, ressources, fonds sociaux

3- Des impensés bien partagés
La commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale a reçu le ministre le 4 novembre 2025 dans le cadre de la préparation du budget 2026. La commission a présenté son rapport sur les dédoublements des classes en éducation prioritaire. Ce rapport préconise la poursuite du dispositif tout en regrettant la disparition du dispositif « Plus de maîtres que de classes ». Le ministre Geffray ne s’est pas prononcé sur ce rapport qui concernait pourtant les pratiques pédagogiques en éducation prioritaire. Il est significatif que dans leurs interventions, aucun représentant des groupes parlementaires n’a pointé la question de la continuité des apprentissages entre l’école et le collège ni n’ait à aucun moment évoqué l’éduction prioritaire ! On ne peut que déplorer le degré de méconnaissance historique du dossier et de baisse de compétences notamment des élus des partis de gauche.

4- Position de l’OZP

  Qui ne saurait partager la nécessité de lutter contre la grande difficulté scolaire, l’engagement d’un plan pluriannuel fondé sur des principes de collégialité et de confiance, la volonté de mettre en avant les pratiques pédagogiques, la formation, le soutien aux équipes ? Mais est-ce très sérieux et peut-on y accorder quelque crédit lorsqu’il s’agit d’une révolution copernicienne de la politique de l’éducation nationale telle qu’elle a été engagée depuis 9 ans ?
  Le constat d’un système éducatif français marqué par des fortes inégalités scolaires n’est pas nouveau. Ce constat établi depuis de nombreuses années devrait constituer le point de départ de la politique ministérielle de l’éducation nationale. Depuis 2017, cela n’a pas été le cas. Oubliant la question des inégalités sociales et ses rapports avec les conditions de réussite des élèves des classes populaires, les ministres successifs se sont employés à engager des dispositifs sans prendre en compte les acquis de la refondation de l’éduction prioritaire et en les empilant sans évaluation. Ce choix, depuis 2017, s’avère très préjudiciable au travail engagé par les équipes des réseaux sur le terrain et ne permet pas de répondre aux objectifs de plus grande réussite des élèves concernés.
  L’éducation prioritaire ne se réduit pas à la question de la carte. C’est avant tout une politique d’émancipation des élèves des classes populaires, reposant sur des enjeux éducatifs et des pratiques pédagogiques portées par le collectif professionnel d’un réseau tout au long de la scolarité obligatoire.
  La carte prioritaire n’est qu’un outil au service de cette politique. Elle doit être revue périodiquement en fonction de critères transparents comme les IPS et doit rester dans un cadre national délimité : 20% des établissements.
  Il s’agit d’une politique nationale, conduite par le ministère de l’éducation. A côté de cette politique nationale d’éducation prioritaire, les recteurs doivent engager une politique de répartition des moyens en fonction des inégalités sociales.
  L’organisation d’Assises nationales de l’éducation prioritaire s’impose.

Marc Douaire
président de l’OZP

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