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Carep Créteil. La métacognition : un levier essentiel de réduction des inégalités en éducation prioritaire (entretien avec Lys-Andréa Brunet, Paris Cité)

13 janvier

La métacognition : un levier essentiel de réduction des inégalités en éducation prioritaire
09 / 01 / 2026

Métacognition et réduction des inégalités scolaires

Cet épisode explore le rôle central de la métacognition dans les apprentissages, en particulier dans le contexte des réseaux d’éducation prioritaire. Lys-Andréa Brunet, doctorante au LaPsyDE de l’Université Paris Cité (Laboratoire de Psychologue du Développement et de l’éducation), sous la direction de Grégoire Borst, travaille sur les processus cognitifs et métacognitifs, leur lien avec la réussite scolaire, les inégalités éducatives, notamment en éducation prioritaire.

L’entretien s’inscrit dans une réflexion globale sur comment mieux comprendre et soutenir les élèves en contexte prioritaire, où les obstacles à la réussite scolaire sont multidimensionnels.

Lys-Andréa Brunet montre dans cet entretien comment apprendre à apprendre peut devenir un levier puissant de réduction des inégalités scolaires. Ces inégalités se manifestent très tôt dans le parcours de l’enfant, et ce à travers de nombreux signes. L’anxiété socio-économique dans laquelle vivent ces enfants ne leur permet pas toujours le développement de compétences, telles que l’autonomie, ou encore le développement de l’estime personnelle dans le domaine scolaire.

Qu’est-ce que la "métacognition" ?

Ce qui crée l’échec scolaire n’est ainsi pas forcément lié au manque de capacités mais au manque d’accès aux stratégies pour apprendre. La métacognition apparaît alors comme un outil de justice scolaire, un levier pédagogique majeur et en fin un axe stratégique pour l’éducation prioritaire.
Comme le dit M Zakhartchouk travailler la métacognition « c’est s’asseoir pour se regarder marcher, en quelque sorte, pour mieux marcher ensuite ».

De fait, la métacognition s’oppose à une vision passive de l’élève et elle désigne la capacité d’un élève à :

  • prendre conscience des ses processus d’apprentissage,
  • comprendre comment il apprend,
  • identifier ce qu’il sait et ce qu’il ne sait pas,
  • choisir des stratégies efficaces et les ajuster en fonction de l’objectif
  • planifier, monitorer et évaluer ses démarches, s’auto-évaluer et ajuster ses efforts.

La métacognition : un enjeu clé en éducation prioritaire ?

Lys-Andréa Brunet insiste sur plusieurs constats forts. Les élèves des milieux défavorisés utilisent moins spontanément des stratégies métacognitives. Par ailleurs, ils n’ont pas toujours accès aux codes implicites de l’école. Ils peuvent réussir une tâche sans comprendre pourquoi ou échouer sans comprendre comment progresser. Or l’école suppose souvent que ces compétences sont déjà acquises, alors qu’elles doivent être explicitement enseignées. C’est ainsi que l’implicite renforce les inégalités.

La doctorante revient sur l’état de la recherche sur la question de la métacognition. Les recherches le prouvent : la métacognition améliore la compréhension, l’autonomie, la persévérance et le transfert des apprentissages. D’ailleurs ces effets sont particulièrement forts chez les élèves les plus éloignés de la culture scolaire. En effet, la métacognition agit aussi sur le sentiment de compétence, la motivation, la relation au savoir. Ce n’est pas seulement cognitif, c’est aussi émotionnel et identitaire.

Les conditions de réussite de la métacognition

Les explications de Lys-Andréa Brunet insistent sur plusieurs conditions clés. La métacognition doit être intégrée aux discplines, pas ajoutée comme un module à part. Des gestes professionnels concrets et ritualisés doivent accompagner la mise en place de la métacognition. Cette mise en place de la métacognition doit expliciter les stratégies pour expliquer aux élèves comment faire. Le langage de l’apprentissage doit aussi être explicité. Enfin, elle insiste sur le fait que l’erreur est un droit et qu’elle est un outil à part entière comme mesurer les progrès accomplis. La formation des enseignants sur des thématiques comme la métacognition revêt un enjeu fort car elle leur permet de monter en compétences sur des gestes professionnels réutilisables dans tous les contextes d’enseignement.

L’enseignant joue le rôle de médiateur des apprentissages, pas seulement un transmetteur. Lys-Andréa propose quelques outils de médiations, comme le questionnement métacognitif ("Comment t’y es-tu pris ?", "Qu’est-ce qui t’a aidé ?", "Que ferais-tu autrement ?").

Les bénéfices de la métacognition dans le contexte des réseaux d’éducation prioritaire

La métacognition permet de développer des capacités à apprendre mieux car réfléchir sur ses processus est aussi important que d’apprendre des contenus. De plus, la métacognition est un outil d’équité. Les élèves moins favorisés n’accèdent pas naturellement à ces stratégies implicites. Enseigner la métacognition, c’est donner des outils réutilisables pour toute situation d’apprentissage.

L’entretien montre ainsi que la métacognition n’est pas un concept abstrait réservé aux chercheurs ; c’est une compétence enseignable, actionnable et cruciale pour faire progresser tous les élèves, particulièrement en éducation prioritaire.

Vous pouvez accéder à l’enregistrement de l’entretien en cliquant ici.
https://podeduc.apps.education.fr/video/120127-les-cafes-de-lep-6-lys-andrea-brunet/

09 / 01 / 2026 https://carep.ac-creteil.fr/spip.php?article515

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