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> Édouard Geffray : Je ne toucherai pas à l’éducation prioritaire (Le Café, (…)
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Difficulté scolaire : que vaut le plan du ministre ?
« Aujourd’hui, vous avez 15 % des collèges où plus de 40 % des élèves ont moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet. Des collèges qui concentrent une grande difficulté scolaire », a déclaré le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, à l’antenne de France 2. Ce sont près de 800 établissements identifiés par le ministère qui entend « accompagner les collèges les plus exposés à la difficulté scolaire ». Pourtant, l’accompagnement annoncé reste flou quant aux moyens réellement mobilisés. L’autonomie des équipes éducatives est mise en avant, sans garanties financières explicites. Or, la confiance ne se décrète pas : elle se construit et suppose des preuves concrètes.
Un effort ciblé sur 800 collèges
Le 18 décembre, sur France 2, le ministre a annoncé vouloir « concentrer l’effort sur ces collèges en termes de formation, d’accompagnement pédagogique, d’accompagnement social ». Il affirme vouloir « partir des équipes » pour « répondre à tous leurs besoins », évoquant notamment le recours aux fonds sociaux, par exemple, pour permettre aux élèves d’accéder à la cantine.
Interrogé sur un budget de l’Éducation nationale marqué par des restrictions, le ministre assume une logique de redéploiement : « On va redéployer », rappelant la baisse des effectifs. Selon lui, il ne s’agit pas seulement « d’une question de moyens mais d’approche pédagogique, de qualité de la formation qui est apportée ». L’objectif affiché est de faire « du qualitatif, du sur-mesure, établissement par établissement ».
Cette mesure s’inscrit dans la priorité accordée aux 15 % de collèges concentrant la plus grande difficulté scolaire. Parmi eux, plus d’un tiers se situe en dehors de l’éducation prioritaire. Le ministre se veut toutefois rassurant : « L’éducation prioritaire répond à la question de la concentration de la grande difficulté sociale. Je n’y toucherai pas. »
2 journées pour tout changer
Le calendrier est fixé : dès janvier, les établissements concernés devront travailler à l’élaboration de leur feuille de route, pour une mise en œuvre annoncée à la rentrée 2026. « À la rentrée 2026, la vie va changer dans ces établissements », promet le ministre.
Une note d’instruction précise que « deux journées peuvent être banalisées pendant le premier semestre 2026, selon des modalités arrêtées au niveau académique ».
L’accompagnement doit s’appuyer sur « une équipe ressource académique », composée d’« expertises complémentaires (IA-IPR, IEN, CPC, personnels de direction, conseillers principaux d’éducation, psychologues de l’éducation nationale, infirmiers, formateurs du premier et du second degrés, etc.) ». Cette équipe est chargée d’accompagner les chefs d’établissement et leurs équipes dans « l’analyse des besoins », la « formalisation » et le « suivi des feuilles de route ».
La démarche décrite dans une note d’instruction publiée en décembre met en avant cohérence, collégialité, lien inter degré et relation avec les familles. Une démarche pas si révolutionnaire dans les établissements ? Des orientations du ministère réapparaissent, notamment autour du renforcement des « automatismes », via « un plan de renforcement sur un nombre limité de séances autour d’une compétence ciblée avec un nombre restreint d’élèves », ou encore le « travail en effectif réduit sur des compétences précises, notamment sur les tâches complexes ».
Temps de formation et concertation : des zones d’ombre
Une question reste en suspens : celle des temps de formation. Alors que la tendance est à des formations hors temps scolaire, sur quels temps auront lieu les accompagnements annoncés ? Si deux tiers des collèges identifiés relèvent de l’éducation prioritaire, seuls les collèges en REP+ disposent de temps de concertation institutionnalisés. Qu’en sera-t-il pour les autres établissements ?
Si deux journées peuvent être banalisées pour la mise en place de la feuille de route, aucune précision n’a encore été publiée concernant les modalités concrètes de déploiement.
Un projet global confié aux équipes
Dans les colonnes de Ouest-France, le ministre détaille la méthode retenue : « Actionner tous les leviers à la fois pour aboutir à un “saut qualitatif” dès la rentrée 2026 ». Les équipes pédagogiques disposeront de six mois pour élaborer un projet intégrant les dimensions pédagogiques et médico-sociale, le climat scolaire, la mixité sociale et la place des parents dans la réussite des élèves. Reste une interrogation centrale : cette responsabilisation accrue des équipes s’accompagnera-t-elle de moyens dédiés, de temps de concertation reconnu et de financements fléchés ?
Les fonds sociaux, une variable d’ajustement budgétaire
Avec quels moyens accompagner ? La question des moyens interroge d’autant plus que la note ministérielle indique que « les fonds sociaux, dont le montant versé aux établissements peut être renforcé, sont pleinement utilisés pour répondre aux besoins de certains élèves ». Attribuées sur demande des familles après examen en commission, ces aides ne sont ni automatiques ni suffisamment connues. Les syndicats enseignants, comme la FCPE, ont dénoncé cette diminution budgétaire, qui fragilise encore davantage les élèves les plus précaires.
En 2024, les fonds sociaux demeurent une « éternelle variable d’ajustement de l’Éducation nationale », comme le déplorait l’ancien directeur général de l’enseignement scolaire, Jean-Paul Delahaye. Dans une tribune publiée dans Le Monde en mai dernier, il parlait de « véritable pillage des fonds sociaux […] en pleine crise économique et dans un silence politique et médiatique assourdissant ». Le rapport de la Cour des comptes publié en avril 2024 révélait que des coupes budgétaires avaient touché les bourses et les fonds sociaux : sur les 49 millions d’euros inscrits au budget, seuls 42 millions ont été effectivement dépensés, soit une baisse de 15 %.
Pourtant, ces fonds sont essentiels. Ils sont destinés aux élèves vivant dans une grande pauvreté afin de financer des dépenses indispensables : cantine, sorties culturelles, voyages scolaires, équipements ou manuels. Augmentés sous François Hollande, puis abaissés sous Jean-Michel Blanquer, les fonds sociaux connaissent à nouveau une baisse importante en 2024.
Un véritable plan contre la difficulté scolaire peut-il faire l’économie d’un véritable plan contre les difficultés sociales ? Sans impulsion politique forte, sans lutte contre la pauvreté, et ses effets, l’ambition affichée pourrait se heurter aux limites … du réel.
Djéhanne Gani
Extrait de cafepedagogique.net du 08.01.26
ENTRETIEN. Pour le ministre de l’Éducation nationale : « Le temps de l’école, ce n’est pas le temps du téléphone »
Application de l’interdiction du téléphone au collège, élargissement de cette mesure au lycée, avenir des groupes de besoins, impact du Budget ou encore réforme du recrutement des professeurs… À la veille de la rentrée qui signera la fin des vacances d’hiver, Édouard Geffray, ministre de l’Éducation nationale, détaille sa vision pour 2026. Avec un fil rouge : donner plus de liberté à ceux qui sont sur le terrain.
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Lundi 5 janvier, partout en France, les élèves reprendront le chemin de l’école après les traditionnelles vacances d’hiver. Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, est quant à lui déjà au travail pour penser l’année 2026. Application de l’interdiction du téléphone au collège, élargissement de cette mesure au lycée, avenir des groupes de besoins ou encore réforme du recrutement des professeurs… À Ouest-France, il a détaillé ses objectifs et les moyens envisagés pour les mettre en œuvre.
Le gouvernement ambitionne d’interdire les réseaux sociaux avant 15 ans. C’est pour quand ?
Ce sera le fruit du travail parlementaire. Le projet de loi du gouvernement est prêt, de manière à ce que le Parlement puisse en être saisi dès le mois de janvier comme l’a souhaité le Président de la République. Il y a un large consensus, au niveau français, pour considérer qu’il faut interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans.
Vous visez une application en septembre ?
Cela dépendra du calendrier d’examen à l’Assemblée nationale, puis au Sénat. Avec ma collègue Anne Le Hénanff, ministre déléguée en charge du numérique, nous pensons souhaitable que cette disposition entre en vigueur dans les meilleurs délais. Il y aura probablement une période transitoire pour permettre à la mesure d’être mise en place.
Les députés ont eux aussi déposé une proposition de loi, portée par Laure Miller. Il va y avoir deux textes concurrents ?
Nous travaillerons avec les parlementaires pour faire en sorte qu’il n’y ait pas plusieurs textes qui aspirent à la même chose. L’important est de parvenir à une rédaction conforme sur le plan juridique, si l’on veut éviter que la Commission européenne dise que notre loi serait contraire au droit européen. Le chemin existe. Ce je trouve intéressant, c’est qu’il y a une convergence de diagnostics, y compris scientifiques, sur les méfaits des réseaux sociaux pour les jeunes enfants et les ados.
Des méfaits ? Lesquels ?
Plus un jeune passe du temps sur un écran, plus il est susceptible de développer des troubles anxio-dépressifs. Il y a donc un enjeu de santé mentale. Le deuxième enjeu est social. On le voit en classe, lors de l’intercours, au moment de changer de matière : les élèves sont rivés à leurs téléphones portables alors que cela devrait être un moment d’interactions avec les camarades et les professeurs. C’est très préoccupant. La sociabilité des enfants et des adolescents ne peut pas être déléguée à une machine.
Il y a un troisième enjeu de développement intellectuel, les études scientifiques ayant mesuré un décrochage de la capacité de concentration et une baisse de la qualité de l’attention. Et le dernier enjeu est civique. Car l’Education nationale fait une double promesse : amener chaque jeune au bout de ses potentialités d’apprentissage ; et faire de lui un citoyen libre et éclairé. Cela suppose de savoir distinguer la fausse information de la vraie. On ne peut pas accepter que nos jeunes soient bombardés jour et nuit par des messages sur les réseaux...
Extrait de ouest-france.fr du 03.01.26
Edouard GEFFRAY
• Abonné
Ministre de l’éducation nationale
4 j • Il y a 4 jours • Visible de tous sur LinkedIn et en dehors
En ce début d’année 2026, j’ai répondu aux questions de Ouest-France sur les principaux sujets d’actualité pour l’Ecole, notamment :
✅ débats parlementaires à venir sur l’interdiction des réseaux sociaux chez les mineurs de moins de 15 ans et les modalités d’interdiction du téléphone portable au lycée ;
✅ lancement des travaux dans les 15% des collèges confrontés à la plus grande difficulté scolaire ;
✅ possibilités d’adaptation des groupes de besoin en 6ème / 5ème en fonction des réalités scolaires des établissements ;
✅ budget 2026, dont l’adoption est essentielle pour assurer la mise en œuvre des concours de recrutement et la préparation de la rentrée scolaire prochaine.
Sur ces sujets comme sur tous les autres :
– une conviction : l’exigence est commune, mais les acteurs de terrain sont les mieux placés pour identifier les bons leviers ;
– un objectif : que le niveau des élèves s’améliore.
Nous avons des raisons de croire en notre Ecole, grâce à toutes celles et tous ceux qui la font vivre !