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La performance du système éducatif en France : quels enjeux économiques ?
Eco Trésor, 377, décembre 2025
[...] En comparaison internationale, la France se distingue par un effet plus important de l’origine sociale sur les résultats scolaires. La France a l’un des plus grands écarts de score PISA entre élèves favorisés et défavorisés en mathématiques et en compréhension de l’écrit (1,1 écart-type contre 0,9 écart-type dans l’OCDE dans les deux cas).
Les écarts de performance selon l’origine sociale s’observent sur l’ensemble de la scolarité. Dans les enquêtes nationales, cet écart est légèrement plus élevé en mathématiques à partir de la sixième (cf. Graphique 2)13. À l’entrée en sixième, les 20 % des élèves les plus défavorisés ont un score moyen inférieur de 63 points (soit une performance inférieure de 1,3 écart-type) aux 20 % des élèves les plus
favorisés. L’écart est un peu plus limité en français (58 points, soit 1,2 écart-type). Les inégalités sociales de compétences s’accentuent en mathématiques au cours du collège, les élèves d’origine sociale favorisée progressent d’un écart-type entre la sixième et la troisième contre 0,8 écart-type pour les élèves d’origine sociale défavorisée14.
[...] 2.2 La maîtrise des compétences scientifiques et socio-comportementales présente un rendement économique élevé. Au-delà des objectifs de productivité et de croissance, la double transition écologique et numérique implique un besoin d’innovation et des réallocations de compétences26 dont la qualité du système éducatif est une condition. En effet, les travailleurs mieux formés sont plus capables d’utiliser plus efficacement les technologies existantes et d’adopter de nouvelles méthodes d’organisation ou de production27.
[...] Les compétences socio-comportementales engendrent à ce titre un « double dividende »35, en améliorant la capacité à apprendre dans le cadre scolaire puis à s’intégrer et évoluer dans un cadre professionnel. Leur acquisition dès l’enfance est corrélée à de meilleurs résultats scolaires mais aussi à une estime de soi plus élevée et une résilience accrue face aux difficultés, ce qui produit des effets positifs à long terme36. Sur le marché du travail, la demande pour ces aptitudes est en croissance37. Le rendement salarial des compétences socio-comportementales aurait ainsi plus que doublé entre 1980 et 2012 aux États-Unis38, en réduisant notamment les coûts de coordination au sein des entreprises
[...] Enfin, la mixité sociale permet d’améliorer les compétences socio-comportementales de tous les élèves, ce qui contribue à leur productivité et prépare concrètement aux exigences de la vie professionnelle.
Au lycée, la sectorisation et les modalités d’affectation expérimentées pour Affelnet à Paris produisent un recul de la ségrégation scolaire de 30 à 40 %46. Au collège, les expérimentations de mixité sociale
(modification de la sectorisation et implantation d’options attractives dans les établissements défavorisés notamment) sont associées à une meilleure intégration sociale, à plus d’ouverture aux autres et de solidarité des élèves, à plus de coopération et à une amélioration de la tolérance vis-à-vis de la diversité pour les élèves défavorisés47. Plus globalement, la littérature montre que les élèves de
milieux défavorisés bénéficient de l’interaction avec des pairs de milieux plus favorisés et accèdent à de meilleures perspectives économiques à long terme tandis que les performances des élèves favorisés ne
sont pas négativement affectées4