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"Je ne peux pas accepter qu’un élève ait des chances différentes d’obtenir le brevet selon son collège", déclare le ministre de l’Éducation nationale
Invité des "4V" jeudi, Edouard Geffray est revenu sur son plan ciblé pour lutter contre la grande difficulté scolaire, tout en soulignant l’importance de l’adoption du budget dans les délais afin de garantir l’organisation des concours enseignants.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription de la vidéo ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité. [...]
[...] Vous lancez aujourd’hui ce que vous appelez une "instruction", c’est-à-dire un plan ciblé, destiné à lutter contre ce que vous qualifiez de grande difficulté scolaire. Pouvez-vous nous expliquer de quoi il s’agit et à quels établissements ce dispositif s’adressera précisément ?
Aujourd’hui, 15 % des collèges comptent plus de 40 % d’élèves ayant obtenu moins de 8 sur 20 en français et en mathématiques au brevet. Ces établissements concentrent une très grande difficulté scolaire. Je ne peux pas accepter qu’un élève ait, selon le collège dans lequel il est scolarisé, une chance sur deux ou au contraire une certitude d’obtenir le brevet. Ce n’est pas acceptable. Nous allons donc concentrer nos efforts sur ces collèges, en renforçant la formation des équipes, l’accompagnement pédagogique, mais aussi l’accompagnement social.
On connaît les réseaux d’éducation prioritaire. En quoi ce dispositif diffère-t-il de ce qui existait auparavant, notamment les ZEP, devenues les REP ?
Nous avons historiquement deux approches, qui ne sont pas nécessairement mauvaises, mais qui ne suffisent pas à elles seules. La première consiste à raisonner à partir de critères territoriaux ou sociaux. La seconde repose sur une logique universelle, où les règles sont identiques partout. C’est un réflexe très français. Ma conviction est qu’il faut désormais raisonner à partir de la difficulté scolaire elle-même. Les enjeux sociaux sont déjà pris en charge dans le cadre de l’éducation prioritaire ; il s’agit ici d’agir de manière complémentaire.
Concrètement, qu’est-ce qui va changer ? Allez-vous mettre en place une forme de sur-mesure ?
Oui, exactement : du sur-mesure, collège par collège. Nous partirons des équipes éducatives, car il est essentiel de leur faire confiance. Elles connaissent leur métier et leurs élèves. Nous répondrons à leurs besoins, notamment en matière de formation pour améliorer les pratiques pédagogiques. Cela pourra aussi concerner des moyens sociaux. Dans certains collèges, des élèves se trouvent dans une très grande précarité, au point de ne pas pouvoir déjeuner à la cantine. Or, lorsqu’on a le ventre vide, il est illusoire d’espérer apprendre correctement. Nous mettrons donc en place des fonds sociaux afin que ces élèves puissent manger tous les jours. L’approche sera globale, à 360 degrés.
Ces mesures seront-elles financées par le budget de l’Éducation nationale ? Vous avez évoqué une légère augmentation, mais le contexte général est plutôt à la réduction des coûts, et de nombreux acteurs dénoncent un manque de moyens. Allez-vous réellement en ajouter ?
Il s’agira principalement de redéploiements. Comme je l’indiquais, la baisse du nombre d’élèves libère des marges. Mais il ne s’agit pas uniquement d’une question budgétaire. C’est aussi une question de méthodes pédagogiques et de qualité de la formation proposée. Nous allons privilégier une approche qualitative et adaptée à chaque établissement. Le travail débutera en janvier ; les collèges auront jusqu’au mois de juin pour élaborer leur feuille de route. À la rentrée 2026, ces établissements connaîtront des changements concrets et profonds.
Extrait de franceinfo.fr du 18.12.25
Note du QZ :
Pour l’instant, on perçoit difficilement comment ce nouveau dispositif d’"accompagnement des collèges en grande difficulté" qui s’appuie, selon le ministre, sur la prise en compte de la difficulté scolaire mais qui "pourra concerner aussi les moyens sociaux... déjà pris en charge dans le cadre de l’éducation prioritaire", pourra s’articuler avec la politique d’EP.
En ce qui concerne la sélection de ces 15% des collèges (800 collèges, dit l’instruction au BO) par rapport à ceux en EP (632 collèges REP+ et 731 REP, à la rentrée 2023), rappelons que le ministre a déclaré récemment ne pas être en mesure, "compte tenu des agendas politiques", de procéder actuellement à la refonte de la carte de l’EP .
"Depuis la rentrée 1999, un cinquième des collégiens du secteur public sont scolarisés en éducation prioritaire (EP). Depuis la rentrée 2016, 7 % sont scolarisés en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+) et 14 % en réseau d’éducation prioritaire (REP). En France, 362 collèges publics sont en REP+ et 731 sont en REP à la rentrée 2023 (2). Parmi les collégiens du secteur public, 7,3 % (193 900) sont scolarisés en REP+ et 14,3 % (378 500) en REP." Extrait du RRS 2025
Voir aussi la circulaire parue au BO du même jour