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Temps de l’enfant. Entretien du Café avec 3 corapporteurs du rapport du Cese

11 décembre 2025

Le CESE propose de créer un service public de la continuité éducative

« La question des inégalités a été notre fil rouge ». Droits non-effectifs, droits aux vacances, aux loisirs, à la nature mais aussi aide à la parentalité, moyens pour les associations et l’Ecole sont autant de points abordés par Dominique Gallet (CGT), Evanne Jeanne-Rose (Organisations Etudiantes et Mouvements de Jeunesse) et Bernadette Groison (Alternatives sociales et écologiques). Ces trois corapporteur/es du projet d’avis du CESE répondent aux questions du Café pédagogique. « Nous proposons de créer un service public de la continuité éducative » annoncent les corapporteurs du CESE sur l’avis « Satisfaire les besoins fondamentaux des enfants et garantir leurs droits, dans tous les temps et espaces de leur vie quotidienne » qui sera présenté en séance plénière cet après-midi 10 décembre 2025.

Comment avez-vous accueilli le choix de ce sujet ?

La question posée par le Premier ministre est : comment mieux organiser tous les temps de la vie quotidienne des enfants pour favoriser leurs apprentissages, leur développement et leur santé ?

Cette question dépasse les seuls rythmes scolaires. Elle nous a amenés à nous interroger sur les besoins fondamentaux des enfants et sur leurs droits. Le CESE a d’ailleurs déjà produit de nombreux travaux sur ce sujet – sous différents angles comme la réussite à l’Ecole, la santé mentale, la protection de l’Enfance, etc. – avec près de 70 préconisations que nous rappelons dans notre avis. Pour nous, c’est un véritable sujet de société : il s’agit d’affirmer que l’éducation est un bien commun, un droit fondamental et une priorité absolue, et que tous les acteurs – y compris les enfants – doivent être impliqués.

La question des inégalités a été notre fil rouge : nous voulons proposer des solutions qui garantissent à chaque enfant, où qu’il vive et quelle que soit sa situation sociale, la possibilité de grandir en bonne santé, dans un environnement de qualité, ouvert sur la nature et le vivant, et d’accéder pleinement aux loisirs, aux vacances, aux savoirs et à la culture.

Nous avons donc regardé ce qui se passe dans l’ensemble des temps de vie des enfants – le temps familial, le temps scolaire et les « tiers temps » – que nous considérons bien sûr comme complémentaires, poreux et interdépendants. Nous avons rapidement constaté que nombre de besoins ne sont pas satisfaits et des droits restent non effectifs : journées souvent trop longues avec une insuffisance de temps de repos, de sieste, de temps libre ; peu de temps en famille et répartition déséquilibrée du travail domestique et parental ; faible accès « au dehors » et à la nature ; accessibilité inégale aux activités extrascolaires, aux vacances et aux loisirs … Ces déséquilibres affectent directement le bien-être des enfants, leur santé physique et mentale, leur développement, leurs apprentissages et leur réussite scolaire.

La question des rythmes scolaires a fait débat. Quelle est votre analyse ?

Nous partageons la principale conclusion de la convention citoyenne, à savoir l’idée que le statu quo n’est plus tenable, car ne répondant pas aux besoins des enfants. A ce titre, nous préconisons, comme la convention citoyenne, une nouvelle organisation des vacances d’hiver et de printemps, via le passage de trois à deux zones permettant de garantir l’alternance entre sept semaines de cours et deux semaines de vacances. En revanche, au CESE, toutes les organisations représentatives ne sont pas d’accord sur la meilleure organisation de la journée et de la semaine scolaires.

Ce qui revient de façon très régulière est l’intensité de la journée et la fatigue vécue par les enfants. Nous avons pu constater que le respect de leurs besoins de repos n’est pas toujours pris en compte de la maternelle au lycée. Plusieurs options sont ouvertes par le CESE : l’intégration de cette préoccupation dans les projets d’écoles et d’établissement, le respect des temps de sieste en maternelle, l’aménagement des espaces accueillant des enfants de manière à favoriser le repos, une campagne d’information grand public sur les effets néfastes du manque de sommeil.

Nous avons aussi souhaité rappeler que toute réflexion sur les rythmes doit tenir compte d’un point essentiel : l’amélioration des conditions de scolarisation des élèves et des conditions de travail des personnels, dans un contexte où l’École connaît de fortes tensions. L’ensemble des propositions du CESE sont une contribution au débat amorcé par la convention citoyenne, dont le gouvernement s’est engagé à se saisir dans le cadre de larges concertations avec tous les acteurs concernés.

Quels sont les autres axes de votre avis pour mieux répondre aux besoins des enfants ?

Étant donné le poids des inégalités sociales et territoriales dans notre pays, nous avons formulé plusieurs propositions pour mieux répondre aux besoins de tous les enfants, et garantir leurs droits.

Par exemple, pour rendre davantage effectif le droit aux loisirs et aux vacances, nous préconisons de renforcer le financement des accueils collectifs de mineurs, ainsi que des actions de communication et d’information sur les aides existantes favorisant le départ en vacances en famille.

Pour lutter contre le phénomène des « enfants d’intérieurs » et l’emprise des écrans, nous mettons l’accent sur la nécessité de renforcer le lien des enfants avec la nature en déployant davantage certains dispositifs et aménagements comme les plans locaux d’éducation à la nature, les aires éducatives et les terrains d’aventure.

Nous considérons par ailleurs que la parentalité doit être mieux soutenue. Nous proposons notamment de transposer une directive européenne visant un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, par la mise en place de formules de travail plus souples.

Enfin, rien n’est possible si nous ne pouvons identifier précisément les besoins locaux et que les acteurs ne peuvent coopérer au niveau local. Nous proposons donc de créer un service public de la continuité éducative, pour permettre aux acteurs éducatifs de mieux travailler ensemble. Cela permettrait notamment de relancer les projets éducatifs territoriaux qui s’articuleraient aux Conventions Territoriales Globales (CTG) des Caisses d’Allocations Familiales (CAF) afin d’améliorer l’offre éducative à l’école et en dehors, sur tous les territoires.

Dans le contexte actuel, nous tenons aussi à rappeler la nécessité d’une ambition politique forte pour les politiques publiques de l’enfance, et l’importance d’un investissement à la hauteur. Les collectivités et les associations ont particulièrement besoin de moyens pour mener à bien leurs actions.

Propos recueillis par Djéhanne Gani

Dans le Café pédagogique :

https://www.cafepedagogique.net/2025/11/25/conventions-citoyennes-des-propositions-qui-font-debat/

https://www.cafepedagogique.net/2025/11/10/cese-quand-les-enfants-inventent-leurs-temps/

Extrait de cafepedagogique.net du 10.12.25

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