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Sections internationales en éducation prioritaire : un levier partiel pour la mixité sociale, selon l’IGESR (Le Café)

12 décembre 2025

Sections internationales en éducation prioritaire : un levier partiel pour la mixité sociale, selon l’IGESR

Peut-on réduire les inégalités et les ségrégations scolaire et sociale par l’implantation de dispositifs d’excellence dans les collèges les plus défavorisés ? Trois ans après le lancement de l’expérimentation, l’Inspection Générale de l’Éducation, du Sport et de la Recherche (IGÉSR) dresse un premier bilan de l’implantation de Sections Internationales (SI) dans les collèges d’éducation prioritaire dans un rapport publié en septembre 2025.

L’objectif affiché était triple : renforcer l’attractivité des établissements, favoriser la mixité sociale et enrichir l’offre de formation pour les élèves des collèges concernés. Le rapport révèle des résultats contrastés mais globalement positifs, en particulier sur le plan scolaire, tandis que les effets sur la mixité sociale restent plus modestes. Il pointe également des freins structurels et des limites, notamment la charge de travail des enseignant.es, leur manque de formation comme de continuité dans les parcours linguistiques des élèves.

Trois objectifs affichés : excellence, attractivité, mixité

L’expérimentation, lancée en 2022 dans 42 collèges REP et REP+, visait trois grands objectifs. D’abord, il s’agissait de renforcer l’attractivité des établissements, souvent affectés par un déficit d’image auprès des familles. Ensuite, le dispositif devait favoriser une plus grande mixité sociale, en attirant des publics plus diversifiés. Enfin, il visait à enrichir l’offre de formation pour les élèves, en proposant un parcours d’excellence à visée internationale.

Selon l’IGÉSR, 69 % des chefs d’établissement interrogés se déclarent satisfaits du bilan global. Cependant, ils restent mesurés quant à l’impact réel sur la mixité sociale. Ils observent plutôt des effets positifs sur la mixité scolaire, l’ambition des élèves, leur motivation plutôt que sur l’évolution du profil social de leur établissement.

Une attractivité accrue… mais des effets limités sur la composition sociale

Dans un collège sur deux, l’implantation d’une section internationale a permis d’améliorer l’image de l’établissement, de limiter l’évitement scolaire, voire d’attirer des familles issues d’écoles privées ou de milieux socialement favorisés. Plusieurs témoignages d’établissements à Montpellier, Nancy-Metz ou Rouen évoquent un regain de confiance des familles, parfois même un retour d’élèves initialement destinés à des établissements privés.

Toutefois, les stratégies d’évitement scolaire demeurent et les résistances sociales persistent, notamment dans les zones les plus fragiles. Le rapport précise : « Les stratégies d’évitement des établissements les plus défavorisés persistent, dans une certaine mesure, en dépit des dispositifs d’excellence qui y sont implantés. »

Ainsi, 60 % des collèges interrogés déclarent ne recruter que des élèves issus de leur secteur, malgré des campagnes d’information menées en dehors de celui-ci. Dans certains cas, les quotas prévus (deux tiers d’élèves de secteur, un tiers hors secteur) ne sont pas atteints. Il est même arrivé que des élèves hors secteur ayant obtenu de meilleurs résultats aux tests d’entrée soient refusés, faute de place.

Le rapport souligne toutefois un progrès important : dans l’ensemble des sections internationales implantées, plus de la moitié des élèves relèvent de catégories socio-professionnelles défavorisées (PCS), ce qui témoigne d’une certaine réussite du ciblage social.

Des défis structurels importants

Le rapport identifie plusieurs freins majeurs qui entravent la réussite du dispositif. Le premier tient au manque de formation spécifique pour les enseignants, tant en formation initiale qu’en formation continue.

Une formation encore lacunaire

Le rapport note que : « Les enjeux liés à l’enseignement en section internationale […] sont rarement abordés dans la formation initiale des enseignants. » Les offres dédiées sont très inégalement réparties entre académies. Les formations disponibles sont très hétérogènes : certaines sont proposées dans le Plan Académique de Formation (PAF), d’autres dépendent des partenaires linguistiques ou de réunions inter-académiques. Mais beaucoup d’enseignants n’ont reçu aucune formation spécifique à l’ouverture de leur section.

Les enseignants sont parfois confrontés à une forte hétérogénéité scolaire, combinant élèves natifs et non natifs dans la langue de la section, ce qui complique les progressions pédagogiques. Le rapport note que cette mixité est pourtant un enjeu central du dispositif.

« Le recrutement ainsi que le maintien des enseignants dans certaines sections reste un défi »

Le deuxième frein, explique le rapport, concerne le recrutement des enseignants. Il est difficile, dans certaines académies, de trouver des professeurs possédant à la fois le niveau linguistique requis et les compétences pédagogiques nécessaires. De plus, la charge de travail est souvent plus lourde : les enseignants doivent parfois assurer plusieurs niveaux d’enseignement, partager leur service entre collège et lycée, et porter une grande partie de la dynamique du dispositif sur leurs épaules. Ce surinvestissement peut devenir un facteur d’instabilité ou d’épuisement.

La cohérence des emplois du temps constitue également une difficulté importante. Lorsque les élèves sont regroupés en une seule division, c’est souvent pour simplifier l’organisation des cours spécifiques de langue, mais cela nuit à la mixité. À l’inverse, répartir les élèves dans plusieurs classes favorise la diversité, mais complique la logistique.

Enfin, le rapport pointe le manque de continuité de parcours, notamment entre le collège et le lycée. Très peu de dispositifs d’accueil renforcé existent dans les lycées de secteur, ce qui fragilise la poursuite du parcours international. Actuellement, seuls 38 % des collèges concernés assurent une liaison continue du CP au lycée.

Un impact scolaire reconnu : motivation, ambition, estime de soi

Malgré ces obstacles, les effets pédagogiques sont salués par les équipes éducatives. Les élèves engagés dans une section internationale développent une motivation renforcée, une meilleure estime de soi et une confiance accrue dans leurs capacités. Les enseignants constatent également un climat de classe plus serein, marqué par l’entraide, l’échange et la coopération.

« Les bons élèves du réseau d’éducation prioritaire sont plus enclins à rester dans leur secteur de scolarisation lorsqu’un parcours d’excellence y est proposé. » La dynamique d’établissement est donc bien enclenchée dans certains cas, même si les effets sociaux restent modestes. Les SI contribuent ainsi à limiter la fuite vers l’enseignement privé, en particulier dans les zones où celui-ci exerce une forte attractivité.

Une étape, pas une fin

L’année 2026 constitue une étape pour mesurer les effets du dispositif avec la première session du Diplôme National du Brevet International (DNBI) pour les élèves inscrits dans les SI en 2022. Le taux de réussite au DNB et au DNBI, mais aussi les orientations en fin de 3e, permettront d’évaluer les parcours, tant en termes de réussite scolaire que des effets sur la poursuite d’études. Leur poursuite au lycée est un des enjeux pour assurer une continuité pédagogique et géographique. Or, de nombreux élèves ne poursuivent pas en lycée international faute de places, de proximité, ou de dispositif adapté dans leur lycée de secteur.

Le rapport conclut que : « L’enjeu pour les collèges en éducation prioritaire consiste à la fois à élargir leur bassin de recrutement à des écoles hors secteur, et à garantir à leurs élèves une poursuite valorisante de leurs apprentissages au lycée. »

Préconisations du rapport

Le rapport émet plusieurs recommandations afin d’améliorer le dispositif. Pour l’IGESR, il est essentiel d’organiser la continuité des parcours linguistiques dès le premier degré, afin d’assurer un vivier suffisant d’élèves motivés et préparés. Il convient aussi de renforcer la visibilité et la lisibilité des parcours internationaux, pour que les familles soient mieux informées. Une autre préconisation est l’élargissement du vivier d’enseignants formés, grâce à un développement professionnel spécifique, est une priorité. L’IGESR recommande de renforcer le pilotage territorial et académique en lien avec les collectivités, les écoles primaires et les familles. Enfin, il semble nécessaire pour les auteurs du rapport de mettre en place des dispositifs d’évaluation dès la classe de 6e et jusqu’à la fin du collège, pour mesurer l’impact sur la réussite et la mixité.

Un outil utile mais pas une solution miracle

L’expérimentation des sections internationales en éducation prioritaire constitue un levier pour lutter contre la ségrégation scolaire. Si les résultats sont encore partiels, l’effet sur l’attractivité est réel, la motivation des élèves renforcée, et l’ambition éducative relancée dans certains établissements. Pour aller plus loin, il faudrait lever les freins identifiés : formation des enseignants, continuité des parcours, adaptation du recrutement, ancrage territorial fort, pilotage perfectible. Toutefois, leur impact sur la mixité sociale reste limité pour des raisons externes certainement à l’offre éducative, les facteurs de ségrégation géographique comme d’évitement possible avec la présence d’établissements privés.

Une politique volontariste en perte de vitesse ?

Lancée en 2022 avec ambition, l’expérimentation a vu sa dynamique ralentir. Alors que 70 % des ouvertures de classes SI avaient lieu en REP cette année-là, cette proportion est tombée à 20 % en 2024. Cette baisse interroge sur la pérennité politique du dispositif, d’autant plus que les premiers résultats montrent un potentiel transformateur réel.

Djéhanne Gani

Extrait de cafepedagogique.net du 05.12.25

 

Le rapport

Voir aussi L’implantation des sections internationales dans les collèges REP : un rapport de l’IG (ToutEduc)

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