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Plus de temps d’enseignement perdu par les élèves en collège en EP (Cour des comptes)

15 décembre 2025

Le temps d’enseignement perdu par les élèves au collège
Cour des comptes

Le temps d’enseignement perdu est devenu un sujet de débat public comme en témoigne, de façon croissante, la mobilisation de parents d’élèves auprès des établissements, des rectorats et dans les médias. Alors que le remplacement des enseignants a été érigé en politique prioritaire du Gouvernement en 2023, une part significative (9 %) des heures de cours obligatoires n’a pas été assurée dans les collèges publics en 2023-2024, un niveau légèrement en hausse par rapport à l’avant-crise sanitaire (2018-2019). Saisie par la Défenseure des droits, la Cour a analysé le temps d’enseignement perdu par les élèves au collège, dans les secteurs public et privé sous contrat, entre 2018 et 2025. La Cour identifie des contextes où le remplacement est un défi et souligne les risques d’iniquité pour les collégiens, en particulier les plus fragiles socialement. Afin d’assurer la continuité pédagogique sur tout le territoire, elle formule plusieurs recommandations pour mieux mesurer et piloter le temps d’enseignement perdu, mieux mobiliser le vivier d’enseignants, mieux prévenir les absences des enseignants et mieux informer les familles.

Extrait de ccomptes.fr du 12.12.25

EXTRAIT

[....] (pages 63-67)

B - Des collégiens défavorisés bénéficiant de moins de temps d’enseignement, en particulier en éducation prioritaire
L’étude des données d’absence et de remplacement montre que certaines catégories de
collèges perdent davantage de temps d’enseignement : les collèges défavorisés dans une
certaine mesure, mais surtout les collèges de l’éducation prioritaire.

1 - Une légère influence de la composition sociale des collèges sur les heures de cours perdues
Selon l’étude Tenae de la Depp précitée, le temps d’enseignement non assuré varie
légèrement selon l’origine sociale des élèves, mesurée par l’indice de position sociale (IPS).
En 2023-2024, les 25 % des collèges publics avec un IPS le plus faible, c’est-à-dire ceux
qui accueillent les élèves en moyenne les plus socialement défavorisés, enregistrent 11 %
d’heures d’enseignement non assurées, dont 8 % en raison du non-remplacement des enseignants.
Les autres établissements, plus favorisés, ont un peu moins d’heures d’enseignement non assurées
(9 %), dont 7 % pour cause de non-remplacement des enseignants92.
La proportion d’heures d’enseignement non assurées pour non-remplacement des
enseignants absents pour raisons individuelles décroît légèrement avec l’origine sociale des
élèves de l’établissement, de 5 % pour les établissements les plus défavorisés à 4 % pour ceux
les plus favorisés.
Malheureusement, de telles données et analyses n’existent pas pour le secteur privé sous
contrat.

2 - Davantage d’heures de cours perdues en éducation prioritaire
Les collégiens de l’éducation prioritaire (15 % des collégiens du secteur public de métropole ; 21,5 % de ceux de la France entière) perdent davantage d’heures d’enseignement : cf. annexe n°10. Au cours de l’année scolaire 2023-2024, selon l’enquête Tenae, 11 % des heures d’enseignement n’ont pas été assurées dans les collèges en éducation prioritaire, une proportion supérieure à celle des collèges hors éducation prioritaire (8 %). Si la proportion d’heures d’enseignement non assurées pour fermeture totale de l’établissement est similaire dans les deux catégories de collège (1 %), la différence réside dans la proportion des heures d’enseignement non assurées en raison du non remplacement des enseignants (10 % en collège en éducation prioritaire contre 7 % hors éducation prioritaire) (cf. annexe n° 10).
L’observation des résultats des enquêtes Tenae sur plusieurs années montre que la part des heures non assurées est toujours plus élevée dans les collèges relevant de l’éducation prioritaire et leur augmentation (écart moyen de trois points) y est plus forte jusqu’en 2022 2023. La baisse nationale des heures perdues observée entre 2022-2023 et 2023-2024 est plus modérée en éducation prioritaire que dans les autres collèges. Plusieurs explications peuvent être avancées. Tout d’abord, les enseignants exerçant en éducation prioritaire sont plus souvent arrêtés pour raison de santé (5,9 points d’écart dans le second degré en 2023-2024), notamment parce que les conditions de travail y sont plus difficiles.
En raison des besoins spécifiques des élèves accueillis, les enseignants du second degré de l’éducation prioritaire se forment davantage, de façon individuelle, mais aussi collective : 59 % suivent au moins une formation par an contre 57 % de leurs collègues hors éducation prioritaire93.

92 Depp, Alexia Stefanou, La part du temps d’enseignement non assuré dans les établissements publics du second degré en 2023-2024, Note d’information, n° 25-36, 2025.
93 Bilan social du ministère de l’éducation nationale 2020-2021.

Le volume d’activités pédagogiques du type sorties, voyages, projets liés à l’éducation artistique et culturelle, à l’éducation au sport, à la santé ou à la citoyenneté, y est plus important qu’ailleurs. Ces activités organisées sur le temps scolaire constituent une opportunité d’ouverture et d’émancipation, tout comme une autre forme d’apprentissage pour les classes concernées.
Toutefois, elles génèrent des absences de professeurs accompagnateurs pour d’autres classes dont les cours sont alors supprimés. En outre, des réunions pédagogiques et des rendez-vous avec les parents d’élèves sont plus souvent susceptibles d’être organisés, y compris sur le temps scolaire, pour assurer le suivi des élèves de l’éducation prioritaire, davantage concernés par des difficultés scolaires, de santé, des problèmes d’assiduité et de discipline.

Focus sur le temps d’enseignement perdu dans les collèges d’Île-de-France, en fonction de leur appartenance à l’éducation prioritaire

En France, en 2023-2024, un collégien du secteur public sur cinq est scolarisé en éducation prioritaire (EP) : 14,2 % sont scolarisés dans un réseau d’éducation prioritaire (Rep), soit 378 900 élèves, et 7,3 % sont scolarisés dans un collège de l’éducation prioritaire renforcée (Rep+), où les difficultés sociales et scolaires sont encore plus concentrées, soit 193 600 élèves. La répartition des Rep+ est hétérogène, y compris en Île-de-France où les contrastes économiques et sociaux sont prononcés. Paris, les Hauts-de-Seine, les Yvelines et le Val-de-Marne accueillent les collèges à l’indice de position sociale le plus élevé, tandis que la Seine-Saint-Denis, le Val-d’Oise, l’Essonne et la Seine-et-Marne comptent une forte proportion de collèges se situant dans le bas du classement métropolitain. Les trois départements métropolitains qui comptent le plus de collèges Rep+ sont le Nord, les Bouches-du-Rhône et la Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de métropole (21,6 % des collégiens en éducation prioritaire). Le poids de l’éducation prioritaire renforcée est plus réduit dans le reste de l’académie de Créteil : 2,6 % dans le Val-de-Marne ; 2,9 % en Seine-et-Marne en 20222023. Dans l’académie de Versailles, le poids des collégiens en Rep+ varie entre les départements : limité dans les Hauts-de-Seine (2,1 %), département le plus riche de France, il est deux à trois fois supérieur en Essonne (5,3 %), dans les Yvelines (5,4 %) et dans le Val d’Oise (6,6 %). À Paris, ce taux est de 2,8 %94. La Cour constate qu’en Île-de-France le temps d’enseignement perdu varie selon la catégorie de collège. Dans les collèges de l’éducation prioritaire, les absences des enseignants sont plus fréquentes qu’hors éducation prioritaire (+3% d’absences de longue durée ; +1,7 % pour les absences de courte durée). Les absences de longue durée y sont moins bien remplacées (-1 % en Rep ; -1,7 % en Rep+). Par conséquent, les collèges de Rep perdent en moyenne 0,4 % de jours d’enseignement supplémentaires pour les absences longue durée, et 1,7 % supplémentaire pour les absences de courte durée. Pour les collèges Rep+, un écart de 0,3 % avec les collèges hors éducation prioritaire est observé pour les absences longues et de 1,3 % pour les absences courtes. La carte ci-dessous montre que les départements franciliens les plus touchés par les jours d’absences de longue durée non remplacées sont les moins favorisés et ceux qui comptent le plus d’éducation prioritaire (Seine St-Denis et Val-d’Oise). Une analyse infra-départementale montre une concentration de ces absences longues non remplacées dans les zones concentrant l’éducation prioritaire et dans celles situées en troisième couronne, plus rurales et moins accessibles.

[...]

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