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Marie-Laure Tirelle : « Choisir l’École publique c’est choisir la cohésion sociale et l’avenir de la République ! »
« 70% des parents ne savent pas qu’à catégorie sociale équivalente, l’école publique fait mieux réussir que l’école privée… » déclare Marie-Laure Tirelle. Retour sur le colloque du CNAL « Choisir l’école publique » qui a eu lieu le mois dernier avec sa secrétaire générale et déléguée laïcité du syndicat SE-UNSA. « Il en ressort que les familles sont toujours très attachées à l’école publique pour ses valeurs. Néanmoins, elles s’en détournent pour de multiples raisons » dit-elle.
Le CNAL a organisé un colloque le mois dernier et a publié un rapport « Choisir l’école publique » avec 40 préconisations. Pouvez-vous nous en présenter les conclusions ?
La FCPE qui présidait le CNAL a voulu travailler sur le choix des parents mais surtout sur les contraintes qui pèsent sur ce choix, sujet peu évoqué. Dans de nombreux territoires, ce choix n’existe pas car seul le privé est présent ou propose la formation voulue par l’élève.
Nous avons donc travaillé sous trois formes : un registre de doléances en ligne pour que les parents s’expriment et témoignent sur les raisons de la non-scolarisation dans le public, un sondage IFOP auprès de 1000 parents et des audiences d’experts qui ont pu travailler sur le sujet.
Il en ressort que les familles sont toujours très attachées à l’école publique pour ses valeurs. Néanmoins, elles s’en détournent pour de multiples raisons. Les principaux critères de sélection de l’école sont la perception de la qualité de l’enseignement qui y est donnée, la volonté de bien-être de l’enfant et sa sécurité. L’image perçue est donc primordiale dans ce choix. Or, la plupart du temps, les discours médiatiques, politiques et institutionnels tenus à propos de l’école sont ceux de manques (réels) d’enseignants, de baisse (supposée) du niveau, de risques et de violences.
Ces faits concernent tout autant (voire parfois davantage) le privé que le public mais la communication est généralement orientée, biaisant la compréhension. De son côté, le privé cherche à tirer son épingle du jeu en communiquant sous forme « marketing », chose que le service public peine à faire, n’étant pas dans son ADN. De plus, 70% des parents ne savent pas qu’à catégorie sociale équivalente, l’école publique fait mieux réussir que l’école privée…
Quelle évolution sur l’avis de la population révèle le sondage IFOP ?
Néanmoins, les résultats du sondage IFOP sont favorables à l’école publique puisqu’il y a une forte évolution sur l’avis de la population française avec une chute de 20 points portant sur l’existence même de l’école privée. Sur son financement par l’Etat, ce sont désormais 60% des parents qui pensent que le privé doit être pris en charge par les familles qui en font le choix, soit une hausse de 18 points par rapport à 1983.
Aussi, les parents souhaitent que les établissements qui ne respectent pas le contrat notamment en matière de mixité sociale et scolaire soient sanctionnés financièrement et que le contrat soit rompu en cas de manquement grave. Les parents qui scolarisent leur enfant dans le privé y sont plus favorables que la moyenne. Les derniers évènements liés aux violences en milieu scolaire dans de nombreux établissements privés ainsi que les manquements de l’Etat en termes de contrôles ne doivent pas être étrangers à ces résultats.
Quelles préconisations faites-vous ?
Nos 40 préconisations sont réparties en six thèmes :
Assurer la présence et l’accessibilité de l’école publique partout sur le territoire afin de permettre un réel choix et un accès facilité à toutes les familles.
Valoriser l’école publique et améliorer son image pour changer le regard qui est porté par les familles.
Renforcer la formation et l’accompagnement des personnels, notamment pour permettre d’accueillir l’ensemble des élèves et de gérer dans les meilleurs conditions leur hétérogénéité.
Adapter les attributions des moyens pour financer et moderniser l’école publique : cela passe par des moyens humains, budgétaires et des choix politiques pour avoir un projet global pour les conditions d’apprentissage et de travail dignes pour toutes et tous (élèves et personnels).
Revoir la règlementation pour éviter la concurrence déloyale des établissements privés en modulant (jusqu’à la suppression) les financements publics mais aussi en redéfinissant les cartes de formation sans possibilité de « complémentarité » par exemple.
Mobiliser les familles pour permettre une réelle co-éducation et en les intégrant davantage aux projets et aux choix de l’école ou de l’établissement par un dialogue et une confiance renforcée.
Le privé sous contrat et la laïcité : le débat est ravivé par les positions défendues par le nouveau Secrétaire général de l’enseignement catholique. Qu’en dites-vous ?
Comme j’ai pu le dire auparavant, le privé, par l’intermédiaire de Guillaume Prévost nouveau SGEC, cherche à allumer des contre-feux pour faire un écran de fumée devant les graves problématiques qu’ils ont : violences, manques de personnels, manque d’argent car ils vont aussi subir la baisse démographique et les emprunts qu’ils ont pu contracter seront toujours à payer, baisse des subventions facultatives des départements et régions car les collectivités ont des contraintes de plus en plus pesantes…
Ainsi, la provocation et l’attaque sont leurs armes pour faire face aux « menaces » qui les chahutent et les rend fébriles. Le droit et la loi ne sont pas de leur côté et ils le savent. Ils essaient donc de monter une partie de la population contre l’école publique qui plie mais ne rompt pas, si on voulait faire un parallèle avec une célèbre fable…
Pour le CNAL, comme depuis plus de 70 ans, l’école publique reste et demeure l’école libre qui permet l’émancipation de toutes et tous quels que soient leurs croyances, leur couleur de peau ou le compte en banque de leurs parents. Choisir l’École publique c’est choisir la cohésion sociale et l’avenir de la République !
Propos recueillis par Djéhanne Gani
Lien enquête ifop