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Décès de Bernard Charlot, une figure marquante de la recherche sur les élèves de milieux populaires

8 décembre 2025

Décès de Bernard Charlot, une figure des sciences de l’éducation

C’est avec beaucoup de tristesse que ToutEduc apprend le décès de Bernard Charlot, à l’âge de 81 ans. Figure importante des sciences de l’éducation, il était parti au Brésil (à Aracaju) où il a continué d’enseigner aussi longtemps qu’il l’a pu.

Il a surtout travaillé sur le rapport au savoir et le rapport à l’école, et il laisse une oeuvre importante, dont, notamment, "La mystification pédagogique : réalités sociales et processus idéologiques dans la théorie de l’éducation" (Payot, 1976), "L’école et le territoire : nouveaux espaces, nouveaux enjeux" (Armand Colin, 1994), "Du rapport au savoir, éléments pour une théorie" (Anthropos, 1997), "Éducation ou Barbarie. Pour une Anthropologie-Pédagogie Contemporaine (Economica, 2020)

Il a fondé l’équipe de recherche en sciences de l’éducation EScol ("Éducation, socialisation et collectivités locales") en 1987. Celle ci continue ses travaux à Paris 8 avec des chercheurs comme Stephane Bonnéry, Elisabeth Bautier, Jacques Crinon, Patrick Rayou, Jean-Yves Rochex...

Extrait de touteduc.fr du 05.12.25

 

Voir la notice de wikipedia

Note du QZ : L’Ozp s’associe d’autant plus volontiers à cet hommage que Bernard Charlot a suivi de près le développement de l’éducation prioritaire. Il avait contribué aux Comités de pilotage ou scientifique des deux relances de l’EP de 1989-90 et de 1997-98 et était intervenu avec vigueur lors des Assises nationales de l’éducation prioritaire organisées à Rouen en juin 1998 par Ségolène Royal, ministre déléguée chargée de l’enseignement scolaire.

Malheureusement, le compte rendu complet de ces Assises a disparu par la suite du site du Ministère.
Mais on trouvera ci-dessous le scan de l’intervention de Bernard Charlot extrait de la brochure officielle publiée par le MEN :

Voir aussi le compte rendu d’une Rencontre OZP sur ces Assises : La relance des ZEP 97-98, rapport, forums académiques, assises nationales vus du terrain (Rencontre OZP, juin 1998) :

Voir aussi dans les archives (payantes) du Monde :

Édition datée du 6 juin 1998
Les insolences du sociologue Bernard Charlot
Petit trafic statistique
Dans la ZEP de Lens, l’extrême lassitude de deux directeurs d’école

Edition datée du 7 juin 1998
M. Jospin reprend à son compte les réformes de M. Allègre
Autocritique stalinienne

 

Bernard Charlot a été également un membre très actif du comité de rédaction de la revue
Migrants-Formation
, éditée à l’époque par le CNDP "Migrants et ancêtre de l’actuelle revue Diversité (Ifé).
[Voir Relecture d’un article de Bernard Charlot dans la revue Diversité en 1990 [concepts de "handicap socioculturel", "zone", "biculturalité"...] (kadekol, décembre 2023)

Voir l’item "Bernard Charlot" de l’index des auteurs (avec liens vers les textes intégraux) dans les archives de la revue Diversité ainsi qued’autres revues https://www.persee.fr/authority/394455

Les 11 articles de la revue Diversité de 1998 à 2013 :
Donner du sens à l’école. Des collégiens font leur « bilan de savoir » (Migrants-Formation, n° 81, juin 1990) (2013, article)
« L’équation pédagogique fondamentale : “Apprendre = Activité intellectuelle + Sens + Plaisir” » (2013, article, Personne interrogée)
Juin 2000. Violence à l’école : la dimension « ethnique » du problème (2010, article)
Éducation et cultures (2002, article)
Violence à l’école : la dimension « ethnique » du problème (2000, article)
Le rapport au savoir en milieu populaire : « apprendre à l’école » et « apprendre la vie » (2000, article)
Les aides-éducateurs : le lien social contre la citoyenneté (1999, article)
Les politiques éducatives municipales : action locale et rapports sociaux (1994, article)
Penser l’échec comme événement, penser l’immigration comme histoire (1990, article)
Donner sens à l’école - Des collégiens font leur « bilan de savoir » (1990, article)
Les familles immigrées entre certitudes et doutes (1988, article)

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Son décès dans la presse

L’Humanité du 08.12.25

Bernard Charlot, figure des Sciences de l’éducation et de la lutte contre les inégalités scolaires, est mort
Le Professeur émérite en Sciences de l’éducation est décédé à l’âge de 81 ans à Aracaju (Brésil) où il poursuivait ses travaux depuis 2003. Fondateur du laboratoire Escol à l’Université de Paris 8, il est l’auteur de nombreux ouvrages. Ses recherches ont montré comment la division du travail et les rapports sociaux façonnent les rapports aux savoirs et les inégalités scolaires.

Jean-Yves Rochex

Issu de milieu populaire, ancien élève de l’École normale supérieure de Saint-Cloud, agrégé de philosophie en 1968, il enseigne durant quatre ans à l’Université de Tunis, puis à l’École normale du Mans où il contribue à la formation de plusieurs générations d’enseignants du primaire et du secondaire et développe une pensée critique de l’institution et des idéologies scolaires.

Profondément engagé à gauche sans appartenir à un parti, nourri de ses lectures de Marx, il est, dans la seconde moitié des années 70, responsable de la rubrique Éducation de la revue Politique hebdo, ouverte aux différentes sensibilités de gauche et d’extrême gauche. Dans un contexte où les critiques de l’école sont vigoureuses, émanant aussi bien des « théories de la Reproduction » que des courants « anti-autoritaires », ses premiers ouvrages sont consacrés à une analyse socio-politique des systèmes et idéologies de formation (La mystification pédagogique : réalités sociales et processus idéologiques dans la théorie de l’éducation, 1974) et des rapports entre division sociale du travail, inégalités sociales, politiques éducatives, idéologies et pratiques pédagogiques (L’École aux enchères, avec Madeleine Figeat, 1979).

Attentif aux contradictions sociales, son travail vise à mieux comprendre comment la division sociale du travail et les rapports sociaux sont la matrice de rapports sociaux différenciés à l’école et au savoir, mais aussi d’expériences et d’histoires scolaires singulières qui ne sont jamais jouées d’avance et esquisse quelques principes d’une « pédagogie sociale » de lutte contre « l’échec scolaire » et les inégalités d’accès aux savoirs, qu’il soumet à la discussion notamment dans des mouvements pédagogiques tels que l’ICEM et le GFEN.

Mieux comprendre les processus de construction des inégalités scolaires
Après avoir publié, avec M. Figeat, une Histoire de la formation des ouvriers (1789-1984) de plus de 600 pages, il soutient, en 1985, à l’Université de Nanterre, une thèse d’État sur travaux intitulée Du rapport social au savoir. Nommé Professeur à l’Université Paris 8 Saint-Denis en 1987, il y enseignera et y mènera des recherches jusqu’en 2003, année de son départ au Brésil.

C’est à son arrivée à l’Université Paris 8 qu’il éprouve le besoin de mener des recherches empiriques, dans un département de Sciences de l’éducation où ce type de travaux était loin d’être majoritaire. Il fonde alors l’équipe ESCOL, équipe de recherche pluridisciplinaire qui existe encore aujourd’hui. Il s’engage alors dans deux chantiers de recherche fondateurs de son travail et de celui de cette équipe : l’un, sur le rapport au savoir des enfants et adolescents de milieux populaires, travail visant, en mobilisant approches sociologique, psychologique et psychanalytique, à mieux comprendre les processus de construction des inégalités scolaires mais aussi d’histoires et de réussites scolaires atypiques et paradoxales au regard des statistiques, et qui a donné lieu à l’ouvrage École et savoir dans les banlieues… et ailleurs, publié en 1992 avec Élisabeth Bautier et l’auteur de ces lignes ; l’autre consacré aux actions et projets mis en œuvre dans le cadre de l’éducation prioritaire, dont l’analyse montre qu’ils ne vont pas toujours dans le sens de la réduction espérée des inégalités scolaires (cf. le chapitre « “Ce qui se pense” dans les zones d’éducation prioritaires : analyse des demandes de financement » de l’ouvrage L’école et le territoire : nouveaux espaces, nouveaux enjeux, 1994).

Se structurent ainsi deux orientations de travail durables pour Bernard Charlot (et pour l’équipe ESCOL) : l’étude du rapport au savoir des élèves, mais aussi des enseignants, du sens que prend leur expérience scolaire ou leur exercice professionnel, et des processus qui se nouent dans l’ordinaire des classes et des activités d’enseignement-apprentissage ; et celle des politiques éducatives, de leurs conceptions et de leurs modalités de mise en œuvre aux différents échelons, de la décision politique à la salle de classe, en passant par la hiérarchie intermédiaire et l’école ou l’établissement.

Élargissant le regard sociologique à une perspective plus anthropologique, Bernard Charlot veille à demeurer très attentif à l’hétérogénéité de ce qu’il nomme « les figures de l’apprendre », et à la nécessité de ne pas les hiérarchiser, ni même les ramener à une norme commune (cf. Du rapport au savoir : éléments pour une théorie, 1997). Il est également l’un des premiers chercheurs à mettre en évidence, dans une recherche sur les aides-éducateurs recrutés dans le cadre du Plan anti-violence lancé par le Ministère de l’Éducation en 1997, une logique d’ethnicisation des rapports scolaires, dont nombre de travaux ultérieurs attesteront l’influence croissante.

L’une des chevilles ouvrières de la Biennale de l’éducation et de la formation
Bernard Charlot a joué ainsi un rôle très important dans la recherche en éducation et les débats éducatifs en France, en publiant, seul ou en collaboration, plus d’une quinzaine de livres et une multitude d’articles ou chapitres d’ouvrages collectifs, et en s’engageant dans de nombreuses collaborations et responsabilités dans d’autres domaines que la recherche. Il a notamment mis en place et animé, à la demande de la Direction générale de l’Enseignement supérieur, une Commission de réflexion sur les Sciences de l’éducation, dont il orientera les travaux, bien au-delà de la défense corporatiste d’une discipline objet de débats récurrents, sur la nécessité et les conditions de possibilités de la production de « savoirs rigoureux et utiles sur l’éducation » (cf. l’ouvrage Les Sciences de l’éducation : un enjeu, un défi, 1995).

Président de l’Association des Enseignants-chercheurs en Sciences de l’éducation (AECSE) de 1990 à 1995, il est également durant les années 90 l’une des chevilles ouvrières de la Biennale de l’éducation et de la formation, fondée en 1992 par son collègue et ami Jacky Beillerot. Il conçoit et coordonne, avec Jean-Claude Émin, un appel d’offres de recherches sur la violence à l’école, puis le livre collectif rendant compte des recherches ainsi financées (Violences à l’école : l’état des savoirs, 1997). Chargé de mission auprès de la Présidence de l’Université Paris 8 au début des années 90, il est élu conseiller municipal de Saint-Denis en 1995, sur la liste dirigée par Patrick Braouzec.

Il quitte l’Université Paris 8 et la France pour le Brésil en 2003, après avoir participé en 2001 à la création du Forum mondial de l’éducation à Porto Alegre. Professeur invité à l’Université fédérale de Sergipe, il y poursuit jusqu’à sa mort une intense activité scientifique à dimension nationale et internationale, notamment en organisant un important colloque annuel intitulé Éducation et contemporanéité. Mi-novembre, il était encore l’un des principaux organisateurs et animateurs du Colloque international de recherche sur le rapport au savoir à l’Université fédérale du Pernambouc. Les travaux qu’il mène depuis le Brésil prennent une dimension nouvelle, tenant compte de l’évolution des contextes nationaux et internationaux. Ils portent sur les effets de la « globalisation » sur l’éducation, et sur l’absence ou l’insuffisance de réflexion sur ce que serait une pédagogie contemporaine portée par une réflexion anthropologique et une ambition de résistance à la marchandisation et à la concurrence généralisée, au retour où à la montée de formes anciennes ou nouvelles de barbarie, pour mettre l’humain au centre de la réflexion et de l’action. Tel est le projet de son dernier ouvrage, Éducation ou barbarie (2020), dans lequel, après un ample examen critique de différents discours contemporains sur l’éducation, il tente de dresser les grandes lignes de ce que serait pour lui « une anthropo-pédagogie contemporaine », qui n’oublie jamais que l’homme – comme espèce et comme individu – « est une aventure », et qui soit à même, face aux enjeux et menaces actuels, d’engager les nouvelles générations dans la préservation et l’enrichissement de cette aventure.

Il avait été fait Docteur Honoris causa de l’Université de Patras en Grèce en 2018, et de l’Université fédérale de Sergipe, en 2022.

D’une très grande curiosité et virtuosité intellectuelle, débatteur infatigable ayant le goût de la controverse, orateur brillant, parfois caustique, homme chaleureux et faisant preuve d’un engagement indéfectible au service de la démocratisation de l’enseignement et de l’accès au savoir, qu’il ne confondait jamais avec l’idéologie méritocratique de l’égalité des chances, Bernard Charlot aura marqué de son empreinte des générations de chercheurs en éducation et d’acteurs du débat et de l’action éducatifs.

 

Voir aussi Hommage à Bernard Charlot 1944-2025, par Jean-Yves Rochex (blogs.mediapart.fr)

 

Le Café pédagogique du 08.12.25

Disparition du chercheur Bernard Charlot
Bernard Charlot est décédé vendredi 5 décembre 2025. Ancien formateur d’enseignants au centre PEGC du Mans et fondateur de l’équipe ESCOL à l’université Paris 8, il a marqué le champ des sciences de l’éducation par ses travaux sur l’histoire de la formation ouvrière, sur les inégalités scolaires et par l’élaboration de la notion de « rapport au savoir ». Chercheur engagé, notamment au sein du GFEN, et conseiller municipal de Saint-Denis, il a poursuivi sa carrière au Brésil après son départ à la retraite. Il laisse l’image d’un universitaire rigoureux, indépendant et profondément attentif aux enjeux éducatifs, en particulier dans les milieux populaires et les zones d’éducation prioritaires. En hommage à son travail, le Café pédagogique republie ces deux articles qu’il signait en 2020 et 2021.

Ci-dessous, deux articles parus dans le Café pédagogique

P.-S.

ais

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