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L’évaluation scolaire
Auteur(s) : PASQUINI Raphaël
Editeur(s) : Éditions Retz
Collection : Mythes et réalités, 192 pages, 10€
Année d’édition : 2025 (paru en Septembre)
L’évaluation scolaire est au coeur de l’expérience éducative. Située culturellement, socialement et historiquement, elle s’ancre dans le vécu d’élèves et va ensuite influencer les pratiques d’évaluation des enseignants et des formateurs, pour le meilleur et parfois, hélas, pour le pire.
Porteuse de nombreux mythes, l’évaluation fait régulièrement débat. Pour les uns, elle consiste simplement à noter. Pour les autres, elle est un outil au service des apprentissages de tous les élèves, au quotidien. À ce titre, elle peut prendre de multiples formes qui demandent à être théorisées et exemplifiées.
Si chacun a un avis sur l’évaluation et ses différentes modalités, il importe donc que la recherche académique s’empare de ce sujet pour poser les conditions d’une évaluation cohérente et exigeante.
Cet ouvrage traite de nombreuses idées répandues dans la communauté éducative pour les passer au crible de la recherche actuelle :
« Pratiquer l’évaluation diagnostique est une perte de temps »,
« L’évaluation formative est peu utile car elle ne compte pas »,
« L’idéal serait une école sans note »,
« C’est en évaluant que l’on apprend à évaluer »…
Il en ressort de précieuses mises au point, appuyées par des études de référence, mais aussi des exemples concrets pour questionner notre regard et nos pratiques d’évaluation.
EXTRAIT DE L’INTRODUCTION
[...] L’École, saisie dans un ordre scolaire méritocratique (Duru-Bellat, 2006) où tout s’évalue, tout le temps, nourrit donc malgré elle cette obsession de la note (Hadji, 2012), ce qui permet de mieux comprendre pourquoi nombre d’enseignants « ne pensent qu’à ça ». Cette vision réductrice que prend l’évaluation dans les pratiques alerte d’ailleurs une partie de la communauté éducative : certains chercheurs postulent que cette obsession participerait à une perte de sens de l’évaluation, de la maternelle à l’université (Mottier Lopez & Figari, 2012). En cela, la note, en tant qu’alpha et omega de l’évaluation dans les classes, finit par jouer plusieurs rôles auxquels elle n’est pas destinée :
− maintenir une interaction vivable entre l’enseignant et les élèves où le premier peut rester le détenteur du savoir et les seconds percevoir qu’ils peuvent apprendre avec lui (Merle,
2007) ;
− devenir le levier d’une forme de pouvoir qui assied l’autorité de l’enseignant, qui récompense ou sanctionne (Desclaux, 2014) ;
− assurer le maintien d’un niveau de travail scolaire élevé (Kitabgi, 2009) ;
− gérer les flux d’élèves (Crahay, 2019) ;
− ou encore être au service d’une motivation extrinsèque où chacun travaille pour la note (Black et al., 2010) en favorisant alors une logique de récompense.
Compte tenu de cette situation, comment entrevoir l’évaluation de manière plus large ? À quelles conditions sortir de cette ornière réductrice assimilant l’évaluation à un outil comme la note, universel mais tant décrié ? Plus pragmatiquement, quelles approches permettent aux enseignants de mener à bien cette complexe et délicate mission consistant à évaluer des élèves pour les faire progresser, tout en se conformant à des programmes très denses et à des prescriptions où la note est très (trop) présente ?