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Mixité sociale à l’école (deux débats organisés par Les Cahiers pédagogiques et la Fcpe Paris)

23 janvier

Mixité sociale à l’école : un défi politique et pédagogique

Si la question de la mixité sociale est jugée sensible, elle a attiré un public varié et nombreux lors de la rencontre du samedi 17 janvier organisée dans une école parisienne autour du livre Et si on imaginait l’école de demain ? de Céline Cael et Laurent Reynaud. Enseignants, responsables politiques ou d’associations, parents… tous étaient là pour s’interroger sur le « pourquoi » et surtout le « comment » de la mixité sociale à l’école. Une réflexion collective pour tenter d’ouvrir quelques pistes, quand bien même seraient-elles semées de petits cailloux.

[...] Les intervenants étaient choisis dans différents secteurs de l’éducation et de la vie politique, avec Étienne Butzbach, ancien coordonnateur du réseau mixité à l’école pour le Cnesco, Nadia Azoug, élue à Pantin et vice-présidente du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, Célia Cridlig, enseignante à Montreuil, Yannick Trigance, conseiller régional d’Île-de-France, et Fatiha Keloua-Hachi, enseignante de lettres, députée de la 8e circonscription du 93. La question des finalités de la mixité sociale à l’école a fait d’emblée consensus : il s’agit d’incarner les valeurs de la République et en particulier la fraternité, en s’inscrivant dans l’héritage de la Révolution et des Lumières.

Les discussions ont donc porté pendant ces trois heures intenses sur les leviers concrets d’actions à tous les niveaux : citoyen, pédagogique et politique. Enfin, la matinée s’est terminée par la rédaction d’une fresque collective pour se projeter dans l’école de 2042, où la mixité sociale est devenue un objectif central.

Les impensés de la mixité sociale à l’école
Pour ouvrir la matinée, Louise Tourret nous met face à une question embarrassante : « Pourquoi à Paris les gens préfèrent-ils mettre leurs enfants dans le privé dans des classes de trente-deux élèves plutôt que dans le public dans des classes à vingt ? » Elle ajoute qu’ils sont parfaitement conscients que les enseignants du privé ne sont pas meilleurs. Pour elle, la réponse ne fait aucun doute : les parents recherchent l’entresoi. Dans certains endroits, certains parents n’hésitent même plus à afficher clairement leur racisme ! Là où cette parole aurait été cachée à une époque, elle semble maintenant assumée, au point qu’il n’est plus possible aujourd’hui, selon elle, de séparer les enjeux de mixité sociale de la question du racisme. [...]

Nadia Azoug – qui explique que ses parents sont venus d’Algérie à une époque où ils étaient accueillis à bras ouverts, car on avait besoin de main d’œuvre dans le bâtiment – pense, elle aussi, que le racisme est un impensé de la société française. Sous couvert d’égalité, notre société n’a pas interrogé les biais racistes et n’a pas pris en compte le vécu des personnes issues de l’immigration, comme on dit.

Extrait de cahiers-pedagogiques.com du 20.01.26

 

À Paris, l’école publique au cœur du débat municipal
23 janvier 2026

Comment protéger et faire réussir tous les enfants dans une école publique fragilisée par les inégalités sociales, la montée de l’enseignement privé et les crises du périscolaire ? À quelques mois des élections municipales de mars 2026, et alors que se profilent déjà les échéances nationales de 2027, la FCPE Paris a choisi de placer l’école publique au centre du débat démocratique. Compte rendu des principaux points de vue des candidat.es.

Samedi 17 janvier au lycée professionnel et technologique Chennevière-Malézieux (12ᵉ arrondissement), parents d’élèves et candidat.es à la Mairie de Paris se sont retrouvés pour un Grand Entretien consacré à l’école : Emmanuel Grégoire (PS – union de la gauche) et Sophia Chikirou (La France insoumise), Pierre-Yves Bournazel (Horizons) et Rachida Dati (Les Républicains). Tous ont confronté leurs visions devant une assemblée de parents particulièrement attentive aux enjeux de mixité sociale, de protection de l’enfance, d’inclusion et de qualité du service public d’éducation.

Paris, une académie à part… et sous tension

Le contexte parisien est singulier. Académie la plus ségréguée de France, Paris connaît une concurrence exceptionnelle de l’enseignement privé. Aujourd’hui, 26 % des élèves parisiens sont scolarisés dans le privé sous contrat, contre 17 % au niveau national. Cette proportion atteint 37 % au collège et 40 % au lycée, avec une progression continue dès l’école primaire.

Paris scolarise près de 293 000 élèves, dont 139 000 écoliers, 80 600 collégiens et 72 400 lycéens. Mais la baisse démographique est absorbée quasi exclusivement par l’enseignement public, se traduisant par des fermetures de classes, tandis que les effectifs du privé se maintiennent, voire augmentent. Selon les travaux du chercheur Julien Grenet, sans inflexion politique forte, l’enseignement privé pourrait devenir majoritaire à Paris dans la prochaine décennie.

Mixité sociale et place du privé : le nœud du débat

Face à cette dynamique, la FCPE Paris a exprimé ses inquiétudes : la perspective d’un enfant parisien sur deux scolarisé dans le privé constitue un signal d’alerte majeur. Dès lors, le volontarisme politique du prochain mandat municipal apparaît déterminant. Alors qu’ont-ils dit ?

Emmanuel Grégoire a réaffirmé son opposition aux fermetures de classes décidées par le ministère et insisté sur la nécessité de renforcer l’attractivité du public. Sophia Chikirou appelle, de son côté, à une « reconquête » offensive de l’école publique et refuse toute résignation face au privé, s’appuyant notamment sur les travaux parlementaires du député de son groupe Paul Vannier. Même priorité pour le socialiste Emmanuel Grégoire : « L’école privée n’a rien de privé. Financée à 80 % par l’impôt, elle doit davantage concourir au service public d’éducation. » Il défend une réforme législative nationale fondée sur trois piliers : la transparence des critères de sélection, le recrutement partiel sur carte scolaire et des objectifs contractuels de mixité sociale et scolaire. « C’est une réforme qui est indispensable » pour lutter contre la ségrégation

Son programme prévoit également l’instauration d’un système de bonus-malus sur les dotations publiques aux établissements privés en fonction de leurs résultats en matière de mixité.

Les candidat.es de la droite ont répondu à cet enjeu du privé sans proposition de régulation ou contrainte pour le privé. Le système qui permet la ségrégation n’est pas remis en question, l’argument de la liberté de choix de familles évoquée. Pour eux, le seul levier est d’ « informer et de rassurer les familles, de rendre les écoles attractives ». « Chacun ses choix » ont pu dire les candidats Bournazel et Rachida Dati.

La mixité scolaire : « forcer le destin »

Interrogés sur la mixité sociale et scolaire, tous reconnaissent l’ampleur de la fuite vers le privé, mais divergent sur les réponses à apporter.

Pour Sophia Chikirou, « cette fuite n’est pas une fatalité : elle traduit certes une quête d’entre-soi social, mais aussi l’effondrement de la confiance des familles dans le public, faute de moyens et de conditions acceptables ». Elle propose de supprimer tout soutien municipal au privé au-delà des obligations légales.

Interrogée sur le versement de subventions non obligatoires et le surfinancement du privé, Rachida Dati répond que « le sujet n’est pas le financement, mais quelle est la contrepartie surtout si c’est de l’argent public ». elle précise qu’il y a des dotations obligatoire mais que qu’une dotation supplémentaire est possible dans le cadre d’une convention en échange du prêt d’un équipement (sportif, salle de musique, court de tennis, gymnase) aux établissements publics.

Emmanuel Grégoire plaide pour un volontarisme politique assumé afin de « forcer le destin » de la mixité : « le rôle de l’école, c’est s’abstraire ou extraire chaque petit enfant de notre ville du déterminisme et peut-être une forme de fatalité que lui imposerait le milieu social où le hasard a voulu qu’il soit ».

Pierre-Yves Bournazel s’est « tout à fait attaché à la liberté, mais cela ne doit pas être la fuite ». Rachida Dati lie la question scolaire à celle de l’attractivité globale de la ville et du logement, à l’instar de Sophia Chikirou.

Attractivité de l’école publique et conditions d’enseignement

Quel levier pour l’attractivité des écoles publiques ? Tous les candidats ont souligné la nécessité de rendre l’école publique plus attractive. Les conditions d’apprentissage et les effectifs de classe sont un levier majeur. Dans un contexte de baisse démographique, les candidats de gauche ont souligné la politique nationale et les effets des suppressions de postes. Ils plaident pour profiter de la baisse démographique pour réduire les effectifs de classe. Les parlementaires E. Grégoire et S. Chikirou ont évoqué leur combat à l’assemblée nationales contre les suppressions de postes. « Comment on fait pour sauver l’école publique à Paris. Et face à des gouvernements qui, depuis neuf ans, en fait enchaînent des budgets nationaux qui visent à couper les fonds à réduire à rabaisser ? » a demandé Sophia Chikirou.

Emmanuel Grégoire et Sophia Chikirou se sont engagés à pérenniser les décharges d’enseignement des directions d’école, une spécificité parisienne régulièrement dénoncée, notamment par la Cour des comptes, comme source de tensions. Il a également rappelé l’existence des professeurs de la Ville de Paris (PVP) pour le sport et les arts plastiques, et proposé d’élargir ce dispositif à une spécialité en langues étrangères afin de favoriser l’apprentissage linguistique dès le plus jeune âge.

Périscolaire, rythmes et protection de l’enfance : un consensus sur les urgences

Paris fait figure d’exception en ayant conservé le rythme des 4,5 jours, recommandé par de nombreux chercheurs et par la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant. Ce point constitue une ligne de fracture entre candidats de gauche et de droite. Les premiers, dans une tradition de lutte contre les inégalités et de renforcement des services publics, ne remettent pas ce rythme en cause, contrairement à Rachida Dati et Pierre-Yves Bournazel. « La sociologie de mon arrondissement n’était pas forcément favorable la semaine des quatre jours et demi » rappelle Rachida Dati, maire du VIIe arrondissement. Rachida Dati propose un prix plafond de 3,50 € par repas afin de soulager les classes moyennes, et appelle aussi à une refonte profonde du périscolaire, avec des personnels « mieux formés, mieux respectés, mais aussi mieux encadrés ».

Tous appellent néanmoins à en faire un objet de dialogue et de concertation avec les familles. P. Y. Bournazel évoque un vote aux Parisiens, E. Grégoire une déclinaison locale de la convention citoyenne des temps de l’enfant et Sophia Chikirou la création de conseil éducatif de quartier piloté par direction d’école pour permettre à tous les acteurs de se retrouver régulièrement. La question de la gouvernance, de la démocratie participative et délibérative a occupé une place importante chez tous les candidat.es.

Professionnalisation de la filière animation

Dans un contexte de scandales de violences sexuelles sur les enfants dans le périscolaire, les constats sont partagés : difficultés de recrutement, précarité des animateurs, horaires morcelés, formation insuffisante. L’ensemble des candidats s’accordent sur la nécessité de professionnaliser ces métiers, sans toutefois préciser les financements à ce stade et la valorisation salariale. Or ces métiers subissent une crise d’attractivité et du recrutement, du fait de leur faible rémunération et de leur caractère précaire.

Pierre-Yves Bournazel propose de créer à l’intérieur de la ville de Paris, une brigade, pour les jours de grève.

Emmanuel Grégoire s’engage à recruter 2800 postes en temps continu et à créer un corps de catégorie A de la filière d’animation, comme un plan de formation et de prévention des violences, faites aux enfants en milieu scolaire ainsi que la mise ne place d’un contrôle externe.

Sophia Chikirou propose la création d’un nouveau métier d’« animateur inclusion », sur les temps périscolaires et extrascolaires au niveau de formation des AESH, avec l’objectif de « zéro enfant sans accompagnant ». Elle défend également la gratuité de la cantine pour les familles aux quotients les plus faibles, avec une tarification plus progressive ensuite. Emmanuel Grégoire comme Sophia Chikirou proposent l’organisation de réunions éducatives annuelles dans chaque arrondissement.

Bâtiments scolaires, finances et gouvernance

Pierre-Yves Bournazel fait de la rénovation scolaire une priorité, estimant qu’un tiers des écoles parisiennes nécessite des travaux lourds. Il vise 100 % d’écoles rénovées d’ici 2032 grâce à un plan pluriannuel d’investissement concerté avec le rectorat. Il inscrit cette ambition dans une volonté plus large de redressement des finances municipales, proposant un plan de 4 milliards d’euros d’économies sur six ans.

Cette proposition a été jugée irréaliste par Emmanuel Grégoire. Ce dernier défend le bilan de la majorité sortante, citant notamment la transformation des cours d’école, les « rues aux enfants » et l’augmentation du budget par élève malgré la baisse démographique.

Handicap, logement et attentes fortes des familles

La scolarisation des élèves en situation de handicap a également été largement abordée. Paris accueille près de 13 000 enfants concernés, ce qui pose la question du développement de réseaux publics, de la coordination entre professionnels et de l’articulation avec l’école.

Les familles ont fortement interpellé les candidats sur les délais de la MDPH et la précarité des AESH. Tous reconnaissent la gravité de la situation. Pierre-Yves Bournazel propose la création d’un guichet unique municipal pour accompagner les parents, tandis que Sophia Chikirou et Rachida Dati insistent sur la responsabilité de la collectivité pour pallier les carences de l’État.

Le logement apparaît comme un enjeu transversal majeur : loger les personnels éducatifs pour stabiliser les équipes, mais aussi permettre aux familles de rester à Paris. Tous s’accordent sur le lien étroit entre politique du logement et avenir des écoles, même si les réponses divergent.

À travers ces Grands Entretiens, la FCPE Paris a rappelé une exigence forte des parents : une école publique à la fois protectrice et émancipatrice, capable de lutter contre les déterminismes sociaux, de garantir la sécurité des enfants et de faire vivre concrètement l’égalité républicaine. Un enjeu éducatif majeur, mais aussi un choix politique déterminant pour 2026 et les années suivantes.

Djéhanne Gani

Extrait de cafepedagogique.net du 23.01.26

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