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Enseignants de maternelle et Atsem : cultures pédagogiques et inégalités sociales, ouvrage de Fabienne Montmasson-Michel, La Dispute, 2025 (ToutEduc)

3 octobre 2025

Petite histoire de la maternelle
Fabienne Montmasson-Michel

En 2019, la France impose l’instruction obligatoire à partir de trois ans, parachevant ainsi un long processus de scolarisation de la petite enfance. Pourtant, ce modèle n’a rien d’évident ni d’universel, et d’autres formes éducatives existent ailleurs.
Fabienne Montmasson-Michel offre la première histoire intellectuelle, critique et sociale de cette institution. Elle montre comment l’idéal d’un jeune enfant capable de langage cultivé et curieux a été façonné en France par les groupes sociaux les plus dotés en capitaux culturels et retrace la manière dont cette conception a pris forme et s’est transformée, de la salle d’asile du XIXe siècle à l’école maternelle massifiée.
En donnant à comprendre les choix pédagogiques et politiques qui éclairent sa trajectoire, d’un espace éducatif féminin relativement autonome à un maillon du système scolaire unifié et soumis à des exigences accrues, son ouvrage révèle que cette intégration progressive n’a pas effacé les inégalités sociales d’apprentissage mais les a reconfigurées.
Appuyé sur un parcours de vingt ans en maternelle, du terrain à la recherche, son livre déplie ce que l’école maternelle fait, et comment elle pourrait faire autrement.

Fabienne Montmasson-Michel est sociologue à l’université de Poitiers, enseignante à l’Inspé et chercheuse au Gresco.

Table des matières
ISBN : 9782843033513
Collection : L’enjeu scolaire
Paru le 05/09/2025
240 pages
16€

Extrait de la table des matières
CHAPITRE 6
L’ÉCOLE MATERNELLE MASSIFIÉE : L’ENFANT AUTONOME COMME IDÉAL (DEPUIS 1940). . . . . . . .127
L’école maternelle se massifie et s’embourgeoise . . . . . . . . . . . . . . . . 132
L’activité contenue et l’ordre des activités . . 136
Le modèle expressif : tout est langage. . . . . . 142
La fabrique de la littératie précoce scolarisée . . . . . . . . . 147
Les Atsem entrent en classe : une conquête dominée . . . . . . . . . . . . . 157
Jeux de langage et luttes de classes : la reconfiguration des inégalités à la maternelle. . . . .. . 163

Extrait de ladispute.fr du 05.09.25

 

Et si les ATSEM étaient l’avenir de la maternelle ? (ouvrage)

L’école maternelle est devenue "un espace d’investissement éducatif pour des femmes de classes populaires", les ATSEM qui "pratiquent une pédagogie visible, ajustée à l’autonomie de chaque enfant", avec des approches "moins conceptuelles, aux attentes plus directement visibles, aux modalités plus guidantes et plus ancrées dans la matérialité de l’écrit". Les enseignantes ont au contraire accompagné "la montée en puissance des normes d’autonomie et de réflexivité, censées s’imposer à toutes et tous", mais qui "continue d’avantager les enfants issus des classes dotées en capital culturel". Les deux cultures pédagogiques doivent pourtant s’unir alors que l’école est saisie "par l’étau de la gestion néolibérale" et qu’au nom de l’efficacité et de la performance, elle "gère la difficulté scolaire par l’individualisation des parcours et le pilotage par l’évaluation".

Fabienne Montmasson-Michel retrace l’histoire de la petite enfance, et non pas seulement de la maternelle, "premier maillon d’une institution qui reproduit les inégalités sociales", dont l’évolution s’inscrit dans celle "de profonds changements démographiques (qui) ont radicalement transformé la condition enfantine et la manière d’envisager l’enfance", depuis Rousseau au moins. Peu à peu "l’idée que le jeu est constitutif de la petite enfance, d’abord forgée dans les classes supérieures, est à présent une conception de sens commun largement partagée".

Mais jeux et lectures ne sont pas toujours "légitimes". Certains, "comme Barbie ou Buzz l’éclair, sont généralement exclus des salles de classe et ne sont pas considérés comme éducatifs (...). Les enfants des classes moyennes et supérieures retrouvent (à l’école) des jeux et des activités qu’ils connaissent en famille (puzzles, écoute attentive d’une histoire, etc.)" au contraire des enfants des classes populaires.

L’autrice est attentive au risque qu’avec les meilleures intentions du monde, associations, crèches, ensiegnantes des écoles maternelles ne délégitiment certaines familles et elle invite tous les professionnels de la petite enfance à ce regard critique.

Il ne faudrait pas caricaturer la démarche savante, parfaitement documentée de Fabienne Montmasson-Michel, d’autant que son livre est bien écrit et que la lecture en est agréable, mais parfois, à tout voir à travers le prisme de l’opposition culture dominante vs culture populaire, elle passe à côté de l’intérêt de certaines démarches comme celle d’ACCES (action culturelle contre les exclusions et les ségrégations), une association fondée par trois pédopsychiatres - psychanalystes pour apporter à des bébés des "fractions basses de la société" un contact avec une littérature jeunesse de qualité, et dont l’action est réduite à "une forme de distinction culturelle, non scolaire", même si elle est "ambitieuse culturellement"*.

"Petite histoire de la maternelle", Fabienne Montmasson-Michel, éditions La dispute, 236 p., 16 €

* L’auteur de ces lignes est président d’une association (Lire à voix haute - Normandie) qui, dans le prolongement d’ACCES, promeut la lecture aux tout petits dans des lieux où l’on peut rencontrer des enfants qui n’ont pas accès au "Il était une fois" (ici).

Extrait de touteduc.fr du 01.10.25

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