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L’éducation prioritaire
La DEPP met à jour son dossier de synthèse sur l’éducation prioritaire (EP) avec les dernières données disponibles : profil social et scolaire des élèves scolarisés en EP, profil des enseignants qui y exercent, impact de l’éducation prioritaire sur le parcours scolaire des élèves, etc.
En synthèse
Un collégien et un écolier sur cinq sont scolarisés en EP. Ces élèves cumulent des difficultés sociales et scolaires. Dès leur entrée en CP, les écoliers en EP rencontrent plus souvent des difficultés scolaires que les élèves scolarisés hors EP. Les résultats aux évaluations exhaustives nationales de début de sixième et les résultats au diplôme national du brevet montrent que ces difficultés persistent au collège. Après la troisième, les élèves scolarisés en EP poursuivent moins souvent leur scolarité en seconde générale et technologique.
Les moyens supplémentaires alloués aux collèges situés en EP permettent de réduire la taille des classes. Dans le premier degré, la taille des classes en EP a fortement diminué à partir de 2017, à la suite du dédoublement des classes de grande section de maternelle, CP et CE1. L’évaluation de ce dédoublement en réseaux d’éducation prioritaire renforcés (REP+) a montré un impact positif, particulièrement visible sur l’apprentissage des élèves de CP. Les enseignants témoignent par ailleurs des effets bénéfiques sur le climat scolaire en classe.
Dans le premier degré, 25 % des enseignants du secteur public sont affectés dans une école située en EP. Au collège, cette proportion est de 24 % des enseignants. Les établissements en EP accueillent relativement plus de jeunes enseignants.
Les collégiens scolarisés en EP ont une perception positive mais plus nuancée du climat scolaire de leur établissement que ceux hors EP. Les enseignants des collèges en EP ont quant à eux une perception du climat scolaire de leur établissement globalement moins favorable que les enseignants hors EP. Ils estiment que les classes en EP ont un climat moins favorable aux apprentissages et que le maintien de la discipline est une source de stress importante.
Extrait de education.gouv.fr du 26.059.25
Education prioritaire : Que fait-elle ? Où va-t-elle ? Le ministère publie un bilan, l’OZP affirme sa singularité.
"A la rentrée 2024, 22 % des collégiens du secteur public sont scolarisés en éducation prioritaire, dont 7 % en REP+ et 14 % en REP" alors qu’ils n’étaient que 10 % en 1982, à la création des ZEP, calcule la DEPP. Le service statistique de l’Education nationale actualise la synthèse qu’elle avait présentée en 2022 des études produites sur "l’impact de l’éducation prioritaire sur le parcours scolaire des élèves".
On y lit notamment que, à la rentrée 2024, "83 % des collèges en REP+ scolarisent plus de 60 % d’élèves de milieu social défavorisé", alors que ce n’est le cas que de 32 % des collèges "REP", de 2 % des collèges hors EP et d’aucun collège privé. Les collèges REP+ concentrent d’autant plus souvent la difficulté scolaire que, à la rentrée 2018, "la part d’élèves qui choisissent un autre collège public que celui du voisinage est de 22 % pour les élèves dont l’établissement environnant relève d’un REP+, une proportion deux fois plus élevée que dans les zones situées hors éducation prioritaire (11 %)". Cette donnée n’a pas été actualisée.
Une large part du document est consacrée au niveau des élèves dans diverses disciplines. L’anglais est la seule pour laquelle "les performances des élèves augmentent significativement en EP" et "l’écart de niveau entre les élèves des écoles les plus favorisées socialement et ceux des écoles les moins favorisées se réduit". Il augmente en revanche en histoire - géographie - enseignement moral et civique", le niveau baisse d’un point hors EP, de 7 points dans le privé et de 12 points en éducation prioritaire.
La question est encore plus sensible en français et mathématiques. "En début de sixième, les élèves accueillis dans les collèges en éducation prioritaire ont des difficultés particulièrement marquées. En effet, la proportion d’élèves dans les groupes les plus faibles (...) est supérieure de 16 points en français et de 18 points en mathématiques, chez les collégiens scolarisés dans des établissements en REP", par rapport à ceux qui sont scolarisés hors éducation prioritaire. Les écarts sont encore plus importants "entre les résultats des élèves en REP+ et ceux dans le public hors EP montre des écarts encore plus importants".
Le dédoublement en grande section, CP et CE1 "semble avoir eu un effet sur la progression des élèves", un effet "un peu faible en français", mais en mathématiques, "cet effet paraît plus fort pour les élèves les plus en difficultés : leur part passe de 21 % au début du CP à 16 % en fin de CE1". Mais l’impact de la réduction de la taille des classes en REP+ "est surtout visible en CP. En CE1, il ne semble pas y avoir d’effet supplémentaire (...) tant en français qu’en mathématiques." A noter que l’étude de la comparaison entre classes dédoublées et non dédoublées est signée par quatre chercheurs dont deux au moins, Marc Gurgand et Pascal Bressoux, avaient incité E. Macron et J-M Blanquer à prendre cette mesure (selon des informations recueillies par ToutEduc).
La publication apporte d’autres informations sur les écoles et collèges en éducation prioritaire.
Les enseignants y sont un peu plus jeunes, leur âge médian est de 41 ans contre 45 ou 46 hors EP.
Les 25 % des établissements avec un IPS le plus faible "enregistrent 11 % d’heures d’enseignement non assurées contre 9 % dans les autres établissements".
25 % des collèges en REP+, 14 % des collèges en REP, 4 % des collèges hors EP et moins de 1 % des collèges privés ont à la fois une Segpa, une ULIS et une UPE2A. Ils ont aussi plus souvent des classes à horaires aménagés, des sections sportives ou des sections linguistiques, mais le latin et le grec y sont moins enseignés.
L’absentéisme y est plus fréquent, 13 % en REP+ contre 4 % hors EP.
Les poursuites d’études en seconde générale et technologique y sont moins fréquentes, 52 % des élèves issus d’un collège en REP+ contre 64 % hors EP, ils vont également moins souvent en apprentissage (2 % contre 4 % hors EP) et plus souvent en LP...
La publication ici
Extrait de touteduc.fr du 25.09.25
Éducation prioritaire : un miroir des inégalités et de la ségrégation
Après un rapport de la Cour des comptes publié en mai, la DEPP publie un dossier sur l’éducation prioritaire. Quoi de nouveau ? Près d’un élève sur cinq en France est aujourd’hui scolarisé en éducation prioritaire. Majoritairement issus de milieux défavorisés, ces élèves cumulent souvent les difficultés scolaires et sociales. Ainsi, 70 % des collégiens en REP+ proviennent de familles ouvrières ou inactives, contre 35 % dans les établissements publics hors éducation prioritaire. Entre public et privé, entre quartiers défavorisés et zones plus favorisées, la mixité sociale semble reculer, au profit d’une concentration des difficultés dans un nombre restreint d’établissements.
Une concentration des inégalités
En 2024, l’éducation prioritaire regroupe une population scolaire fortement défavorisée. Il y a deux fois plus de collégiens issus de familles défavorisées en REP+ : 70 % des collégiens en REP+ sont issus de familles ouvrières ou inactives, contre 35 % dans les collèges publics hors éducation prioritaire. Dans le privé sous contrat, cette concentration sociale est absente : aucun collège n’y scolarise une majorité d’élèves défavorisés.
La dernière synthèse de la DEPP confirme cette ségrégation sociale. 83 % des collèges REP+ accueillent une majorité d’élèves de milieu défavorisé, contre 32 % en REP, 2 % hors Education prioritaire, et aucun dans le secteur privé. Ces écarts se traduisent aussi par des stratégies d’évitement : dès 2018, 22 % des élèves résidant en zone REP+ optaient pour un autre collège public que celui de leur secteur, soit deux fois plus que hors éducation prioritaire (11 %). A noter que ce chiffre n’a pas été mis à jour depuis.
Des écarts de performance dès le primaire
Les inégalités apparaissent dès l’entrée en CP, notamment en compréhension orale. En mathématiques, l’écart de niveau entre les élèves hors éducation prioritaire et ceux en REP+ est particulièrement marqué en résolution de problèmes : 24,5 points d’écart. De leur côté, les élèves du secteur privé présentent de meilleurs résultats que ceux du public dans toutes les disciplines évaluées. Des résultats à relativiser, soulignent les auteurs, en raison d’une structure sociale plus favorisée dans le privé.
Cependant, certains progrès sont observés. En anglais, les élèves scolarisés dans les écoles les plus défavorisées enregistrent une nette amélioration par rapport à 2016 : +15 points en compréhension orale et +13 points en compréhension écrite.
Des parcours scolaires marqués par l’origine sociale
Les difficultés scolaires persistantes pèsent lourdement sur l’orientation. En 2024, seuls 52 % des élèves de 3e en REP+ et 58 % en REP rejoignent une seconde générale ou technologique, contre 64 % hors éducation prioritaire. De plus, 25 % des collèges REP+ disposent simultanément d’une Segpa, d’une ULIS et d’une UPE2A, contre 14 % en REP, 4 % hors EP, et moins de 1 % dans le privé.
Si ces établissements offrent parfois des classes à horaires aménagés, des sections sportives ou linguistiques, l’enseignement du latin et du grec y est beaucoup moins fréquent. L’absentéisme y est également plus élevé : 13 % en REP+, contre 4 % hors EP.
Des enseignants jeunes, souvent sous pression
Environ un quart des enseignants exercent en éducation prioritaire. Ce sont souvent des débuts de carrière. L’âge médian est de 41 ans, contre 45 ou 46 ans dans les autres collèges publics. Leur ressenti est également plus négatif. Selon la DEPP, « les enseignants des collèges en EP ont une perception du climat scolaire globalement moins favorable que leurs collègues hors EP ».
Ils évoquent un climat moins propice aux apprentissages et un stress important lié à la discipline. Par ailleurs, 65 % des personnels en REP+ déclarent avoir subi au moins une atteinte depuis la rentrée, contre 62 % hors éducation prioritaire, et 46 % dans le privé sous contrat.
Une concentration des difficultés et un manque de mixité sociale
Plus de 40 ans après la création des ZEP, l’ambition initiale de réduire les inégalités scolaires se heurte à un constat de ghettoïsation scolaire croissante. Les collèges REP+, malgré les moyens supplémentaires, concentrent de plus en plus les élèves en difficulté, dans des environnements où la mixité sociale est quasi absente.
L’écart entre public et privé, la surreprésentation des élèves défavorisés dans certains établissements, et les performances scolaires inégales dès le primaire, soulignent une réalité préoccupante : l’éducation prioritaire ne parvient pas à compenser les effets de l’origine sociale sur la réussite. En l’absence d’une politique plus ambitieuse de mixité scolaire, le risque est grand de voir les inégalités continuer à se renforcer, génération après génération.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique :
La Cour des comptes veut-elle enterrer l’éducation prioritaire ?
Stefanou, A., 2022 (mise à jour septembre 2025), « L’éducation prioritaire », Synthèse de la DEPP, n° 6, DEPP. https://www.education.gouv.fr/l-education-prioritaire-414237.