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> A Vénissieux, le nouveau collège Katia Krafft et la mixité sociale
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À Vénissieux, le nouveau collège Katia-Krafft ne va pas favoriser la mixité sociale
Ce lundi 1ᵉʳ septembre, le collège Katia-Krafft de Vénissieux va voir arriver ses premiers élèves. L’ouverture de l’établissement aurait pu être l’occasion de renouveler la carte scolaire et d’encourager la mixité sociale. Une occasion manquée, pour beaucoup.
L’image paraît, à première vue, idyllique. Avec sa structure en bois, sa cantine bio et son amphithéâtre dans la cour, le collège Katia Krafft – du nom de la vulcanologue ayant parcouru le monde pour documenter des éruptions – a été inauguré vendredi 29 août. « Les enfants seront fiers d’y entrer et les habitants du quartier seront fiers d’avoir un bâtiment d’une telle qualité », promet Véronique Moreira, vice-présidente de la Métropole de Lyon en charge de l’éducation.
Ce nouvel établissement, situé au nord de Vénissieux, près de Saint-Fons, accueillera des élèves venus des écoles élémentaires des environs (Salvador-Allende, Parmentier, Gabriel-Péri et du Centre). Une bonne nouvelle pour la population vénissiane ? Pas si sûr. Car cette ouverture intervient dans un contexte géographique bien particulier.
Extrait de rue89lyon.fr du 01.09.25
Après des années de polémiques, le collège Katia Krafft ouvre enfin ses portes à Vénissieux/Saint-Fons
Trop beau pour être un outil d’égalité des chances ?
C’était vendredi après-midi, l’inauguration officielle du collège Katia Krafft.
Ce lundi 1er septembre le nouveau collège de Vénissieux accueille des élèves de 6e et de 5e , habitants de la ville, en plus de ceux de la ville voisine de Saint-Fons. Il y a un an exactement c’était justement à Saint-Fons que Bruno Bernard de la Métropole (qui a payé les travaux), et le rectorat de Lyon (qui fournit les profs), inauguraient le nouveau collège Alain avec le maire de Saint Fons, Christian Duchêne.
Mais cette année, ni la rectrice ni la cheffe des constructions de collèges de la Métropole, Véronique Moreira, n’étaient présentes pour encadrer la petite classe politique, si bien que très vite l’ambiance fin de 4e s’installe pendant que l’on traverse au pas de charge les somptueux bâtiments imaginés par Yan Beretta (bbc & associés) réalisé par les équipes d’OMB (construction bois).
Ici il n’y a que des meilleurs. Dans la salle commune en format paysage, gigantesque, baignée de lumière pourvue de tables individuelles la remarque fuse : "Pas moyen de copier". Bruno Bernard se vante : "Moi j’étais celui qui aidait les autres".
Puis dans la salle de musique, à peine plus petite, carrée, sans table et des panneaux acoustiques au mur pour réguler le bruit, le vice-président de la Métropole Pierre Athanaze, impressionné par le rendu, à Christian Duchêne : "Alors : il en dit quoi le vieil instit quand il voit ça ?". "D’abord je suis pas vieux", gémit le maire de Saint Fons dans les rires de l’assistance.
Bien sûr il faudra voir à l’usage – et personne n’a visité les 22 salles de classes "normales" du deuxième étage. Mais les parents d’élèves qui participent à l’inauguration pourraient se réjouir du cadre offert à leurs enfants. Une fois franchis les abords du collège dévastés par l’éternel chantier du tramway T10 qui décore de ses affreuses barrières rouge/blanche les trottoirs défoncés de l’avenue de la République obligeant à chercher son chemin pour le rebrousser, on peut entrer dans Katia Krafft.
Idir Boumertit, le député LFI du coin n’est pas venu à l’inauguration non plus. Plus tôt dans l’année il avait fait part de son scepticisme face au projet Katia Krafft à propos duquel il estimait sur X que "le risque est grand de voir se reproduire les mêmes mécanismes d’échec scolaire".
L’association No Ghetto semble renchérir : "Les écoles maternelles qui vont alimenter ce nouveau collège sont plutôt plus mixtes que les autres à Vénissieux. Mais les parents d’élèves les plus investis ne vont jamais scolariser leurs enfants dans un collège construit dans un quartier aussi stigmatisé. Exactement en face du bâtiment de France Travail, à quelques dizaines de mètres du café où un homme a été tué il y a quelques années, sans doute en lien avec les points de deal. Ils vont tous envoyer leurs enfants dans le privé."
Difficile de savoir qui aura raison des institutions qui offrent un superbe outil ou de ceux et celles qui prédisent un accroissement de la ghettoïsation du quartier.
D’un côté, le collège offre une classe à horaires aménagés dans le numérique permettant à ses élèves des partenariats avec des entreprises du secteur. Mais de l’autre, quand Michèle Picard, maire PCF de Vénissieux, évoque "le fab lab de l’établissement", le doute nait. Si les architectes de bbc & associés ont bien prévu un emplacement pour des imprimantes 3D dans certaines salles, les outils ne sont pas là. Alors le "fab lab" n’est pas pour demain.
Marion Boudehane, la dynamique principale du collège Katia Krafft, ancienne professeure de français, et principale à Décines jusqu’ici l’assume parfaitement : "Tout ce qui n’est pas absolument indispensable à la rentrée, ce sera à l’équipe de décider qu’on va l’acheter. Nous allons tous co-construire ce collège".
Pour l’instant, l’heure est aux derniers réglages. "J’ai hésité à les actionner, et évidemment ça ne marche pas", reconnait un brin dépité Yan Beretta de bbc & associés le doigt sur l’interrupteur des volets coulissant de la salle des profs baignés de lumière, un peu trop peut-être. Pierre Athanaze (VP à la Verdure) ne s’en inquiète pas. Il est en extase devant le petit potager du collège donnant directement sur les cuisines de l’établissement qui disposera d’un chef en propre pour des repas plus bio et courts que possible : "Oh ! du basilic ! De la ciboulette".
Une piste de course à pieds est attenante au jardinet, dans un environnement verdoyant, espace auquel les élèves auront accès avec l’accord des enseignants, au bout d’une cour dont on ne devinerait jamais, sans explication, les miracles technologiques qu’elle abrite. Une gigantesque citerne enterrée recueille les eaux pluviales pour alimenter les sanitaires qui grâce à cela ne fonctionneront pas à l’eau potable.
En dessous, une cuve supplémentaire permet que l’excès d’eau en cas de pluie ne ruisselle pas dans les égouts mais diffuse dans le sol. Tout cela est réglementaire et explique sans doute que le coût total du collège soit monté à 37 millions d’euros contre 21 au moment des premières études, en 2018. Sur le toit du collège, pas moins de 1300 m² de panneaux solaires avec une puissance de 250 kilowatt crête (quand il fait beau) devraient permettre de produire entre mars et octobre assez de courant pour alimenter toute l’année les 9 logements, les salles de classes et l’immense salle polyvalente du collège, soit pas loin de 250.000 kw/h.
On le sent bien : techniquement tout semble prêt pour qu’une aventure éducative se passe au mieux. Mais rien ne sera possible sans la volonté de tous les parents des écoles maternelles d’adhérer au projet.
@lemediapol