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Réinventer l’école sous le regard des enfants pauvres, par Jean-Michel Wavelet, L’Harmattan, septembre 2025 [Les parcours exceptionnels de Bachelard, Camus et Péguy nous invitent à repenser l’école]

5 septembre 2025

Additif du 13.09.25

« Réinventer l’école sous le regard des enfants pauvres »
Pour cela, Jean-Michel Wavelet scrute le parcours de trois enfants pauvres qu’il connaît bien puisqu’il leur a déjà consacré un livre à chacun : Bachelard, Camus et Péguy. En n’oubliant pas de prendre en compte ce qui peut différencier notre époque de la leur afin de pouvoir faire un diagnostic adéquat.

omme le précise lui-même Jean-Michel Wavelet : « Il va sans dire qu’il ne s’agira pas de renouer avec le passé, mais d’en tirer parti pour le présent […]. Trois auteurs ont retenu notre attention. Il s’agit du philosophe Gaston Bachelard, fils d’ouvrier cordonnier, de l’écrivain Albert Camus, fils de ménagère et d’ouvrier agricole, et de Charles Péguy, fils de rempailleuse de chaises et de menuisier. » (p. 31)

On voit bien le renversement de perspective. Le plus souvent, c’est l’explication des échecs des enfants pauvres ou de leurs limites qui est recherchée et/ou mise en avant. Ici c’est l’inverse, avec en prime la façon dont ces trois enfants pauvres qui ont réussi disent eux-mêmes comment on devrait faire avec les enfants pauvres (car ils se sont tous les trois exprimés sur leurs expériences d’éducateurs ou de pédagogues).

Finalement, ce qui permettrait de comprendre ces trois exceptions ‘’consolantes’’ (selon l’expression de Ferdinand Buisson) serait avant tout que ces trois enfants de pauvres ont eu l’opportunité d’une rencontre décisive avec un enseignant. « Théophile Naudy, directeur de l’école normale d’Orléans, qui va jouer un rôle déterminant dans l’émancipation sociale du jeune Charles Péguy : il ‘’est l’homme à qui je dois le plus’’, confie Péguy sans détour. » (p. 149). « Comme Péguy, Albert Camus a eu son Théophile Naudy. Comme lui, son maître d’école Louis Germain ne se contente pas d’un regard magistral ; il y met de l’affectif, de l’amour, de la générosité. Il ‘’a pesé de tout son poids d’homme pour modifier le destin de cet enfant’’, souligne Camus. (p. 151). « Quant à Bachelard, son Louis Germain fut Arthur Bureau. Il était son maître et son directeur d’école […]. Ces maîtres ont été particulièrement attentifs à l’orientation de leurs élèves. Ils ont joué un rôle décisif dans l’échec du fatalisme social et l’ouverture d’un parcours inattendu » (p. 152).

Mais il ne saurait être question d’en rester là, et Jean-Michel Wavelet prend soin de revisiter à sa façon le contexte historique et le nôtre. Cinq chapitres aux intitulés peu fréquents : « Un équilibre précaire : le lien école/familles » ; « L’école fragilisée et tourmentée, les ingrédients d’un malaise » ; « La force des pédagogues » ; « Un regard attentif et vigilant » ; « La culture pour tous ».

Sa bonne connaissance de l’œuvre et des parcours des trois enfants de pauvres Bachelard, Camus et Péguy permet à Jean-Michel Wavelet de faire un sort à part à ce qu’ils ont pu rencontrer, préconiser ou mettre en œuvre eux-mêmes. D’où en particulier deux sous-chapitres tout à fait instructifs et significatifs en l’occurrence : « Bachelard, Camus et Péguy, ou les manières d’enseigner des fils de pauvres (pages 45 à 56) ; « La pédagogie émancipatrice des enseignants de Bachelard, Péguy et Camus (pages 137 à 141).

Jean-Michel Wavelet, « Réinventer l’école sous le regard des enfants pauvres », L’Harmattan, juillet 2025, 315 pages, 32 euros.

[Extrait de blogs.mediapart.fr du 12.09.25

 

Réinventer l’école sous le regard des enfants pauvres
de Jean-Michel Wavelet

Trois fils d’ouvriers, trois fils de pauvres, trois enfants de l’ignorance et de l’analphabétisme ont pu, voulu et su briser tous les déterminismes sociaux. Sous l’effet de la massification scolaire, ils ont bousculé leur médiocre destin pour de plus grands desseins. L’école les a accueillis, instruits et transformés. Peut-elle encore le faire de nos jours ?
Les parcours exceptionnels de Bachelard, Camus et Péguy, nous invitent à repenser l’école. Ces hommes n’ont pas réduit des élèves à des produits, des enfants à des nombres, des habits à des uniformes, des professeurs à des coûts et des résultats à des plus-values. Loin d’imaginer une intelligence artificielle dépourvue de sujet pensant et sentant, des machines enseignantes et des enseignants-machines, des maîtres automatiques, ils ont conçu une formation vivante et construit les liens entre les générations qui forgent notre culture. Ne faudrait-il pas emprunter leur chemin pour réinventer une école plus humaine ?

Date de publication : 04/09/2025

Collection : Enfance éducation et société

Extrait de editions-harmattan.fr du

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