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Guyane : de la maternelle à la terminale, l’art de l’éloquence en éducation prioritaire à Kourou ("Notre École Guyane" n° 15)

26 août 2025

Les mots pour le dire, les nerfs pour le faire : quand l’art de l’éloquence fait monter la jeunesse au créneau

De la petite section de maternelle à la terminale, devant un jury et le public, les candidats déclament leur texte pour les uns, défendent leur point de vue pour les autres, dans le cadre du concours Calliopé. Quand les mots prennent le pouvoir, les jeunes voix bousculent les silences et les idées pour changer les règles du jeu.

“J’ai voulu apprendre à bien m’exprimer parce qu’en public j’étais tétanisée, je n’arrivais pas à parler. J’avais cette envie de surmonter cela”, explique Naïs, élève de 6e au collège [REP+] Joseph Hoen You de Kourou. Il y a quelques mois, alors que ses enseignants lui présentent le concours d’éloquence, la jeune fille décide de s’inscrire pour y participer. Elle ne s’était auparavant jamais attelée à un tel exercice, mais c’était pour elle comme un défi qui allait lui permettre de mieux avancer

Derrière chaque mot, un morceau de soi. Pour son camarade Maël, c’était également une démarche personnelle, un élan vers plus de confiance en soi “dans mes phrases du quotidien parfois je bégaye, et je me suis dit que ce concoursallait justement m’aider à corriger ce problème. Travailler l’éloquence ça m’aide aussi à structurer ma pensée, parce que j’ai tendance à aller dans tous les sens quand je parle”.

“Lis, lisons, lisez…un plaidoyer pour la lecture”, c’est le sujet que les élèves de CM1, CM2 et 6eont à préparer pour ce concours. 3 minutes pour défendre ses idées, 3 minutes pour convaincre. Encadrés par deux enseignants, les candidats effectuent un important travail de recherche pour étoffer leur argumentation et s’enrichir de références culturelles. Puis, à chaque séance, ils bénéficient de conseils, de corrections et d’un suivi personnalisé jusqu’au jour J.

"On leur demande leur avis, on exige d’eux qu’ils se positionnent sur un sujet et c’est ça qu’ils aiment”, souligne Mme Waser, enseignante de français qui co-anime les ateliers de préparation au concours au sein de l’établissement. Au fil des mois, elle a pu constater les importants progrès réalisés par les élèves qu’elle accompagne, tant dans le cadre du concours qu’en dehors.
Des adolescents qui osent davantage s’exprimer et qui le font mieux, des collégiens timides qui peu à peu s’ouvrent aux autres, et une motivation qui s’accroît. L’éloquence ce n’est pas seulement apprendre à bien parler, c’est aussi apprendre à se découvrir et à trouver sa place.
“Chaque plaidoyer reflète la personnalité de chacun. On leur demande de s’appuyer sur leur vécu, sur leurs expériences personnelles et je trouve que venir au concours quand on est renfermé, c’est une preuve de maturité”, souligne Mme Osmont, enseignante en ULIS et co-animatrice des ateliers.

Le pouvoir de dire malgré les doutes

Depuis sa première édition en 2019, le concours rassemble chaque année de plus en plus de candidats. Si pour certains l’éloquence est comme une thérapie, un moyen de trouver le déclic pour débloquer certains obstacles ressentis à l’oral et en public, pour d’autres au contraire, c’est une manière de se confronter aux autres et d’évaluer son niveau.
Au collège [REP+] Omeba Tobo de Kourou, les candidats encadrés par M. Langlois et qui se sont présentés au concours avaient déjà des aptitudes pour l’exercice : “Ce sont 3 grandes bouches qui se sont portées volontaires !”, s’amuse l’enseignant.
Tous les participants sont récompensés à la fin du concours. Peu importe leur performance, il est important de reconnaître le travail effectué, et les encourager à aller toujours plus loin.

Le jour du concours, les candidats tirent au sort la thèse qu’ils doivent défendre :po ur ou contre. Après avoir exposé chacun à leur tour leur argumentaire, le duel
commence. Il faut savoir vite réagir, improviser, et surtout puiser dans ses références culturelles et historiques pour contrer son adversaire.
À raison d’une heure trente par semaine, il propose à ses élèves des séances d’entraînment assez originales : “On travaille le texte pendant une demi-heure environ, on apporte les modifications et chacun donne son opinion. Puis on fait des jeux ludiques, des mises en scène théâtrales…je leur apprends à jouer, pour qu’ensuite ils se sentent complètement à l’aise devant un public” explique l’enseignant.

À ses côtés, Mme Renard, professeure de lettres, propose également des préparations au concours. Cette année, ses élèves de 4 ème et 3 ème ont dû plancher sur le sujet “Partir, est-ce grandir ou trahir ?”. “Je suis fière d’elles, elles se sont bien battues et ont réalisé de belles productions. Je regrette seulement qu’il n’y ait pas plus d’élèves qui se présentent, qui osent parce que c’est surtout ça le problème”, déplore l’enseignante. À un âge où le regard des autres pèse davantage sur l’estime de soi, à un âge où l’on se construit mentalement et où le sentiment de honte peut rapidement envahir les pensées, il devient plus difficile de recruter des candidats. Mais une fois inscrits, la motivation ne faiblit pas : “J’avais envie de relever un défi, de voir ce que mon argumentaire valait devant un jury et je sais que ça va m’aider pour l’oral du brevet, mais aussi dans la vie de tous les jours”, sourit Carla, en classe de 4e.

L’éloquence en partage, l’intelligence en mouvement

Mémorisation, gestion du stress, improvisation…autant de capacités qui leur serviront bien au-delà du concours et des murs du collège. Quand les adolescents mènent le discours, l’éloquence devient un redoutable outil d’émancipation capable de donner du poids à leurs voix

À l’école aussi les jeunes voix s’élèvent, et bousculent les certitudes avec intelligence et audace. Chez les CM1 de Valérie Sarras à l’école [REP+] Olive Palmot de Kourou, c’est toute la classe qui y participe. “J’explique le sujet à tous les élèves et chacun écrit un texte. On fait une mise en commun, on choisit une mise en scène, puis on s’entraîne. C’est un travail de groupe et j’inclus tout le monde dans le processus. Ce n’est qu’à la fin que j’en sélectionne 3 ou 4 pour participer au concours”, détaille l’enseignante.

Ce qui motive une majorité d’élèves ici, c’est l’aspect concours, la compétition avec l’autre qu’ils voient comme un challenge. Et ce, peu importe le niveau scolaire de l’élève, ou ses capacités innées à s’exprimer devant un public. “Je voulais participer car j’aime la compétition, et j’aime l’idée de convaincre les gens. C’est important de savoir bien parler, on apprend plein de nouveaux mots, on fait de meilleures phrases, et on découvre aussi plein de choses”, confie Angelina, écolière de l’établissement
Même si au final seuls quelques élèves pourront présenter leur texte face au jury, tous ont contribué, tous ont pu faire valoir leurs arguments et comprendre que leur voix était importante.

“Travailler l’éloquence ça permet d’avoir beaucoup de retombées positives en classe parce qu’ils apprennent à mémoriser tout en jouant le texte, ce n’est pas une simple poésie. Ils s’impliquent et rentrent dans les apprentissages avec entrain, c’est un jeu pour eux et en quelques mois j’ai vu beaucoup d’améliorations en classe” se réjouit Valérie Sarras.

La finale du concours d’éloquence Calliopé aura lieu le mercredi 28 mai à l’Encre à Cayenne, où les mots couleront avec force et finesse. De la maternelle au lycée, les jeunes orateurs feront vibrer les silences, joueront avec les virgules et toucheront les cœurs avec leurs points. Car ici, ce ne seront pas les notes finales du jury qui comptent, mais l’écho des idées.
Et si Calliopé est la muse de l’éloquence, alors ce jour-là, elle prêtera sa plume à une jeunesse qui a décidément beaucoup à dire… et encore plus à faire entendre

Notre Ecole n° 15, 20 mai 2025

Extrait de ac-guyane.fr de juin 25

 

6ème concours d’éloquence : édition 2025

Les REP+ et les circonscriptions « Kourou-Macouria-Montsinéry-Tonnegrande » organisent le 6ème Concours d’Éloquence dont la finale aura lieu le mercredi 28 mai 2025, au Pôle Culturel de Kourou. Tous les niveaux sont concernés de la Petite Section à la Terminale, en solo ou en battle.

Selon leur cycle d’appartenance, les candidats s’exprimeront en solo ou en joute oratoire (Battle), sur des sujets arrêtés à l’avance, et selon les formes d’expression définies. Cycle 1 : Poésie ; Cycle 2 : Slam ; Cycle 3 : Discours ou Plaidoirie en solo ; Cycle 4 : Discours ou Plaidoirie en Battle ; Lycée : Grand oral

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[Extrait de ac-guyane.fr du https://www.ac-guyane.fr/6eme-concours-d-eloquence-edition-2025-124120

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