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Les utopies pédagogiques ont un prix (ouvrage)
En 2042, sans doute parce que Céline Cael et Laurent Reynaud, deux enseignants "dans un lycée de Seine-Saint-Denis" ont écrit leur livre en 2024, l’école n’est plus celle que nous connaissons. Elle a connu de "grandes refontes" après qu’une ministre visionnaire eut renoncé à réformer le système scolaire et en a confié la charge à un CNEP, un "Conseil national de l’éducation permanente" composé pour moitié de parlementaires, pour l’autre d’enseignants tirés au sort... Résultat, une obligation scolaire de deux à 18 ans et une organisation en "complexes", un pour chaque niveau, de la maternelle au lycée. Dans chacun, les élèves ne sont plus organisés en classes, mais par "îlots" regroupant une centaine de jeunes, de 14 à 20 ans s’il sont au niveau lycée (le 5ème "complexe").
A partir de là, les deux auteurs ont manifestement pris beaucoup de plaisir, qu’ils font partager au lecteur, à imaginer des solutions à tous les problèmes qui se posent dans ce nouveau cadre... Ils partent du principe qu’un changement de structure produit des modifications très profondes des comportements et des représentations. C’est ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, que les enseignants assument aussi les tâches qui incombent actuellement aux CPE... Ils se demandent aussi à chaque fois comment les pratiques que promeuvent aujourd’hui les mouvements pédagogiques pourraient trouver à s’incarner dans un contexte nouveau, qu’il s’agisse de coopération entre élèves et entre enseignants, de gestion des "paliers" que doivent valider, chacun à leur rythme, les élèves, l’importance accordée au travail manuel, un programme commun à tous les élèves jusqu’à la fin du 5ème complexe, la trans et l’interdisciplinarité, les classes multi-niveaux, l’intégration des activités extrascolaires dans le travail scolaire...
Mais le plus intéressant se situe dans les fissures. Les deux auteurs savent bien ce qui se dit dans une "salle des profs" et ils imaginent sans peine les réticences, les freins, à la mise en oeuvre d’un tel programme. Un de leurs collègues, agacé par la place prise par les manipulations, s’exclame : "On forme désormais des petits débrouillards, adieu les grands esprits ! Le niveau a clairement baissé." Un autre s’inquiète de voir les disciplines se dissoudre sous de nouvelles appellations, clairement empruntées aux compétences du socle commun d’avant sa récente réécriture... Et ces réticences, jusqu’à un certain point, les auteurs les partagent. Les élèves ne cesseront pas de travaller pour avoir de bonnes notes plutôt que pour le plaisir d’apprendre. La dimension utilitaire de l’école ne va pas disparaître. Laisser la liberté aux élèves, n’est-ce pas prendre le risque qu’ "aucun ne cherche à élargir ses horizons" ? Aucune réforme ne résoudra les tensions qui sont inhérentes à toute éducation. Il n’y a pas de miracles à attendre, juste des progrès.
Et si on imaginait l’école de demain ? ("docufiction"), Céline Cael et Laurent Reynaud, Retz et Cahiers pédagogiques, 128 p., 14,50€
Extrait de touteduc.fr du 24.08.25
Et si l’in imaginait l’école de demain
Céline Cael Laurent Reynaud
Editions Retz, 28.08.25
Et si l’école de demain devenait le terreau d’une société plus juste, durable et épanouissante ou progressiste, humaniste et écologique ? En imaginant ce que pourrait être l’école dans un futur proche, ce docu-fiction ouvre des pistes concrètes pour transformer en profondeur notre système éducatif et se projeter dans un lendemain désirable.
« Face à l’incompréhension générée par les multiples réformes de l’Éducation nationale, tant parmi les enseignants que les parents et les élèves, nous avons nourri l’espoir d’une école différente. Cet espoir prend la forme d’un récit d’anticipation. Convaincus que de nouveaux imaginaires peuvent façonner des futurs souhaitables, nous avons choisi le docu-fiction, pour imaginer l’école dans une vingtaine d’années. Nous pensons que la fiction peut contribuer à inspirer les politiques éducatives et les pratiques pédagogiques de demain. »
Résumé : Dans un futur proche, autour de 2050, où de grands changements ont eu lieu dans le système éducatif, Camille, journaliste d’investigation, est chargée d’enquêter sur le quotidien d’un « complexe scolaire ». À travers une série de chroniques, entrecoupées de moments d’introspection, elle découvre et relate les bouleversements apparus à la suite des « Grandes Refontes » : suppression des classes, mise en place d’îlots multi-âges, d’un apprentissage coopératif et pratique, démocratisation des processus de décision impliquant les élèves, formation continue tout au long de la vie, etc. Son immersion la confronte à ses propres souvenirs scolaires difficiles et l’amène à interroger le sens de l’école.