Les violences des jeunes. A qui la faute ? CNV, Séminaire interne, 19 juin 2024, 24 p.

21 février 2025

Les violences des jeunes À qui la faute ?
Conseil national des villes
Séminaire interne, juin 2024, 24 p.

INTRODUCTION

l y a un an des violences urbaines, inédites par leur ampleur et leur intensité, explosaient dans l’ensemble du territoire suite au décès d’un jeune homme à Nanterre (92) lors d’un contrôle routier. Les dégâts ont été importants, les bâtiments, les équipements et services publics gravement touchés.

Le profil des auteurs – majoritairement des jeunes voire des mineurs, a été pointé ainsi que le rôle des réseaux sociaux dans les mouvements collectifs spontanés ou organisés. Le traitement médiatique des événements a rapidement stigmatisé les populations des quartiers prioritaires -particulièrement les familles monoparentales – et dénoncé les politiques publiques en direction des quartiers telles que le renouvellement urbain et la politique de la ville.

Le rapport du Sénat « Comprendre, évaluer, réagir », paru le 9 avril 2024, rédigé par une mission d’information transpartisane, dotée de prérogatives de commission d’enquête, a recherché des éléments d’explication. Ce rapport souligne que des éléments de réponse ont été apportés mais se sont révélés « en partie inadaptée à ces émeutes et à leurs enjeux. (…) Pour autant, les événements de l’été 2023 appellent des réponses de long terme dans d’autres champs de l’action publique1 ».

Le rapport pose en préambule trois observations :
Les émeutes répondent à un sentiment d’injustice et de colère contre les services publics et les institutions ;
Les auteurs sont des jeunes voire des mineurs. Selon le ministère de l’Intérieur, la moyenne d’âge globale se situant entre 17 et 18 ans. Un tiers des personnes interpellées au 4 juillet 2023 étaient des mineurs ;
Les réseaux sociaux ont « facilité la diffusion d’appels à détruire les symboles de l’autorité et à aller au contact des forces de sécurité d’abord et, assez rapidement ensuite, d’appels à dégrader les biens publics comme privés dans une logique de prédation »2.
Durant le mois d’avril 2024, des faits dramatiques impliquant des jeunes – auteurs ou victimes- ont à nouveau choqué l’opinion publique et la classe politique. L’inquiétude est réelle et légitime. Nombreux sont ceux qui réclament plus de sanctions et de justice. Le Gouvernement de Gabriel Attal a demandé dès le mois d’avril des rapports parlementaires et des récentes mesures ont été annoncées3

. A quels maux ces propositions vont-elles répondre ? Des réponses devront être apportées sur le court et long terme.

Les vice-présidents et les membres du Conseil national des villes ont souhaité poursuivre les réflexions et les échanges du séminaire interne de juin 2021
« Les violences des jeunes »4, - dans le cadre d’un nouveau séminaire interne qui s’est
tenu le mercredi 19 juin - en s’interrogeant sur la place de l’adulte auprès des jeunes et
des modèles d’identification aujourd’hui proposés.

1 www.senat.fr/salle-de-presse/communiques-de-presse/presse/10-04-2024/emeutes-de-juin-2023-comprend

[...]
CONCLUSION
Aujourd’hui, les phénomènes de violence des jeunes ne peuvent être appréhendés séparément de la violence qu’ils subissent - qu’elle soit institutionnelle, familiale, physique, symbolique ou mentale - et de la violence sociale dans laquelle ils grandissent et se construisent39.
Les violences des jeunes sont fortement médiatisées ce qui contribue à alimenter un climat anxiogène. La société instrumentalise cette violence jusqu’à en faire l’alpha et l’oméga du mal-vivre et du mal-être des populations et de tous les maux de notre société. Cette visibilité croissante des violences ne permet pourtant pas de répondre ni de s’interroger aux questions sociales qu’elles soulèvent.
Les jeunes font face à une double insécurité dans leur rapport à leur propre parent doublée de leur propre incertitude sur l’avenir. Edgar Morin évoquait dans ses travaux une société complexe, contradictoire et incertaine, avec ce que cela peut signifier pour la jeunesse de faire face à des aspects contradictoires entre espoir et frustration, entre acquis et recul de la société.
Les différents témoignages et échanges tendent à démontrer l’importance de pouvoir revaloriser humainement et symboliquement les jeunes pour réaffirmer la place que nous souhaitons donner à toute la jeunesse. Nous sommes au cœur d’une question de société fondamentale d’autant que les inégalités se creusent au sein d’une même tranche d’âge et que la reproduction sociale des trajectoires se renforce40 avec l’origine sociale qui pèse le plus dans le parcours des jeunes.
Dans ce contexte, c’est tout l’écosystème du jeune et la diversité des acteurs qui le composent, qui devront être mobilisés afin d’apporter une réponse adaptée à la hauteur des phénomènes de violence. Il faut cesser d’individualiser à l’extrême la violence en la pensant comme le seul attribut d’une personne. En réalité la violence est toujours relationnelle, elle se construit au niveau de la relation entre un jeune et son environnement, entre lui et sa famille. La violence, de ce point de vue, est un mal mais elle est également dans le même temps un mal - être engendré par la dégradation des relations familiales, sociales, environnementales : la soigner c’est vouloir soigner en
même temps ces relations.

Extrait de agence-cohesion-territoires.gouv.fr du19.06.24

EXTRAIT

Le « mythe des natifs du numérique »
La part des personnes éloignées reste élevée même pour les plus jeunes avec 15% des personnes âgées de 25 à 39 ans qui sont éloignées du numérique et parmi les moins de 25 ans cette part s’élève à 19%. Pourtant on constate dans les pratiques une représentation fortement ancrée selon laquelle ils seraient nés à l’ère du numérique et seraient de fait plus à l’aise avec ses usages. Il faut porter une attention particulière à cette représentation qui induit plusieurs effets pervers :
• un manque d’accompagnement de leurs pratiques ;
• une tendance à la disqualification des parents ;
• une ignorance des pratiques numériques des jeunes alors qu’elles sont différenciées, hétérogènes et surtout inégalitaires.