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B* Toulouse. Produire un texte poétique à l’heure de l’IA au collège REP Toulouse-Lautrec

21 janvier

Théodore Carloux : Ecrire en collège à l’heure de l’IA

La machine à générer des textes que constitue l’Intelligence Artificielle nous inviterait-elle à revitaliser la didactique de l’écriture ? Des pistes sont tracées en ce sens par un travail qu’a mené Théodore Carloux en 5e au collège Toulouse-Lautrec à Toulouse. Ses élèves produisent des textes poétiques à partir d’images personnelles, les retravaillent en se nourrissant de poèmes patrimoniaux, en enregistrent une lecture augmentée, confrontent à leurs poèmes devenus prompts des images artificiellement générées. Leçons de l’expérience : plus que jamais à l’ère de l’IA, il nous faut remettre l’écriture au centre du travail de classe, favoriser la posture du « sujet auteur », travailler les gestes de « brouillonnement », articuler l’écrit et l’oral, développer l’esprit critique ?

Dans quel contexte avez-vous mené ce travail  ?

Ce travail a été mené avec des groupes de 5e, dans le contexte des groupes de besoins établis à partir de la rentrée 2024. La séquence sur la poésie arrive en milieu d’année, en lien avec l’objet d’étude « regarder le monde, inventer des mondes ». Je choisis de travailler avec les élèves sur le thème du paysage poétique, de façon à observer avec eux comment le travail poétique reconfigure les paysages, au-delà de la description objective. Les objectifs de la séquence sont de saisir la reconfiguration de la réalité par le langage poétique, d’aborder la poésie comme forme-sens, enfin d’apprivoiser la poésie par l’oral et l’écriture.

Vous avez invité vos élèves à produire un texte poétique à partir d’une image personnelle  : selon quelles modalités de travail  ?

Dans un premier temps, les élèves apportent une image de paysage qui leur procure une émotion. En classe, ils rédigent un premier texte, libre, pour évoquer ce paysage. Les premiers textes sont de facture descriptive, faisant éventuellement le lien avec des souvenirs, des rêves de voyage, des émotions. Ce premier écrit étant amené à être amendé, nous avons utilisé la technique du « Grand Brouillon » : sur un support A3, les élèves ont écrit dans la partie centrale.

Par la suite, nous étudions plusieurs textes poétiques sur le thème du voyage, de Du Bellay, Apollinaire, Hugo, Nerval. Chaque lecture donne lieu à des consignes qui invitent les élèves à amender leur texte. Par exemple, introduire des éléments de personnification du paysage, des verbes de mouvement, des comparatifs et des superlatifs, des jeux sur les sonorités.

A titre d’exemple, nous avons étudié en dernier lieu le fameux « Demain dès l’aube » issu des Contemplations. Ce qui a permis d’aborder le texte sous l’angle du déplacement du personnage et des paysages qu’il traverse. Les consignes d’écriture consécutive à ce texte demandaient aux élèves d’introduire des verbes de mouvement tout en s’intégrant dans leur paysage. Implicitement, c’est alors l’écriture en première personne et l’introduction du lyrisme que je souhaite alors mettre en place.

Les élèves ont podcasté leurs textes  : comment  ? avec quel intérêt selon vous  ?

Les enregistrements ont été effectués grâce au dépôt audio sur l’ENT de l’établissement. L’outil est très utile pour les élèves, qui peuvent prendre le temps de répéter et de stabiliser leur travail oral avant de le soumettre. C’est aussi un bon outil pour garder une trace, notamment dans une perspective d’évaluation formative pour le professeur.

J’ai ensuite déposé les audio dans un espace collaboratif (Tribu) pour qu’ils les téléchargent et les enrichissent à l’aide du logiciel Audacity. Ils ont ainsi pu ajouter, en utilisant des banques de sons libres de droit, des fonds sonores ou des éléments audio supplémentaires dans leur enregistrement. Ce volet du travail a été mené avec le groupe le plus autonome, me permettant d’approfondir avec ces derniers, tandis que les élèves plus fragiles reprenaient leur enregistrement du texte d’après mes retours.

J’ai noté un réel investissement des élèves, et même un plaisir à cheminer avec leur objet poétique en construction. Du point de vue de l’oral, je pense que l’enregistrement a désinhibé certains qui auraient été beaucoup moins à l’aise pour lire ou réciter leur texte, qui plus est devant la classe.

Des images ont été ensuite générées par l’IA à partir des textes d’élèves  : selon quelles procédures  ?

L’IA fut utilisée en bout de chaîne, permettant à la séquence de rebondir après l’écriture et l’enregistrement. J’ai pris les textes d’élèves que j’ai collés dans une fenêtre textuelle du site Vittasciences.fr, qui est une plateforme éducative pensée pour l’apprentissage de l’IA et du codage. Les poèmes ont donc été utilisés comme des prompts, dans l’optique de générer artificiellement des images. Ces images ont ensuite été dévoilées aux élèves.

Comment les élèves ont-ils perçu les images «  artificielles  » ainsi produites  ?

Attachés à leur travail, les élèves ont été très prompts à repérer les manquements supposés des IA. Cela nous a amenés à évoquer le fonctionnement des IA, et partant leur fiabilité relative. En effet, certains aspects importants des textes manquaient dans les images ; d’autres étaient inventés alors que le poème ne les mentionnait guère, « brodant » en rapport avec le thème et le ton du texte. Plus intéressant encore : des erreurs dues à des effets d’homonymie ou de polysémie.

Les élèves ont ainsi pu prendre du recul sur les résultats de l’IA, très visuels mais loin d’être parfaits. Nous avons manqué de temps, mais il aurait été possible d’aller plus loin et d’amener les élèves à prompter leur poème pour en générer l’image la plus fidèle possible. Ainsi, le prompt aurait pu être abordé comme genre de l’écrit à part entière.

Des collègues craignent que l’IAG ne vienne désormais écrire à la place des élèves  : ces craintes vous semblent-elles fondées  ? comment les dépasser  ?

Les craintes sont évidemment fondées : les IAG sont là, largement promues dans l’actualité, et les élèves s’en sont emparés. C’est maintenant un impondérable. Que l’on soit sceptique ou enthousiaste – on peut aussi être les deux -, il s’agit surtout de faire avec.

Néanmoins, l’IAG n’est pas la première ombre de doute qui plane sur le travail personnel des élèves : avant il y a eu Wikipedia, et de nombreux sites proposant des analyses de textes gratuites. Tous les usages de ces technologies, avec l’accès au savoir qui en découle, posent la question de ce qu’est une connaissance authentique et incorporée. Cela conduit évidemment l’enseignant à repenser sa pratique à l’aune de cette évolution. Et à être obsédé par cette question : comment faire réellement penser, comment faire agir nos élèves ?

Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

poes’IA : Revisiter les cartes postales sonores grâce aux ia génératives
Exemples de productions sur le site Lettres de l’académie de Toulouse

Comment l’IA générative d’images arrive-t-elle à accompagner le travail poétique ? Quels défauts ou quels biais la génération d’image permet-elle d’observer ?

https://pedagogie.ac-toulouse.fr/lettres/poesia-revisiter-les-cartes-postales-sonores-grace-aux-ia-generatives

Extrait du cafepedagogique.net du 19.01.26

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