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Les applications numériques de liaison école-familles et les inégalités (The Conversation)

19 septembre 2024

« L’école du like » : le numérique change-t-il la place des parents d’élèves ?

Auteurs :
Aksel Kilic
Maîtresse de conférences en sociologie, Université Paris-Est Créteil Val de Marne (UPEC)
Jean-Paul Payet
Professeur de sociologie de l’éducation, Université de Genève

Si les enfants ne racontent pas toujours à leurs parents leurs journées d’école, des applications leur donnent aujourd’hui un aperçu de la vie de classe. Elles remplacent de plus en plus les carnets de correspondance ou cahiers de liaison classiques, les enseignants y postent des photos et des informations pratiques. Mais cela révolutionne-t-il le dialogue entre l’école et les familles ?

C’en est fini des cahiers de liaison ou des carnets de correspondance. Lorsque des parents d’élèves veulent vérifier une information sur l’emploi du temps de leur enfant, contrôler une absence ou demander un rendez-vous à un professeur, ce sont désormais à des applications qu’ils doivent se connecter.

Dans le primaire, il s’agit d’un phénomène relativement récent. Dénommées Klassly, Toutemonannée, ClassDojo, Beneylu School, Edumoov, One, ou encore Scolnet, ces applications sont apparues dans les années 2010. Au-delà de leur fonction pratique, elles permettent aussi de partager quelques images de la journée d’école avec les familles. Font-elles pour autant entrer les parents dans la classe ? Révolutionnent-elles le dialogue entre l’école et les familles ?

Si ces outils ont pour objectif de faciliter la communication au sein de la communauté éducative, ils peuvent aussi créer une nouvelle charge mentale du côté des pères et des mères, sans enrayer les inégalités sociales face à l’école. C’est ce que montrent les résultats de notre enquête L’école du like. Les nouvelles relations école-famille à l’ère du virtuel, publiée en septembre 2024 aux Presses universitaires de France. Explications.

[...] Des inégalités dans l’aisance à communiquer

Les applications ne changent pas non plus la donne sur le plan des inégalités sociales face à l’école. Les parents qui déjà se débrouillaient bien dans la relation avec l’école, dans les réunions, qui étaient participants dans la vie de l’école, sont à l’aise avec ces applications. Ils peuvent encore mieux, encore plus participer. Et les parents qui étaient plus en retrait, qui rencontraient des difficultés dans cette relation par rapport à leur origine sociale, à la maîtrise des codes sociaux, sont encore en difficulté.

En même temps, on peut citer l’exemple d’une application qui propose la fonctionnalité de traduction instantanée des messages pour les familles allophones, ce qui facilite beaucoup le contact pour elles et pour l’enseignant. S’il y a des choses positives, globalement on reste sur les mêmes processus, les mêmes schémas relationnels entre des familles avec qui il y a une connivence et des familles qui sont un peu laissées sur le côté.

La petite révolution, c’est que les applications sont sur le téléphone portable, qui est de fait plus démocratique qu’un ordinateur, car tout le monde aujourd’hui en possède un. Et les applications s’utilisent comme les réseaux sociaux, ce qui est également inclusif. Tout le monde sait envoyer des photos de vacances à sa famille, et donc tout le monde sait utiliser une application avec l’école.

Dans notre enquête, on a vu que, le plus souvent, ce sont les enseignants eux-mêmes qui sont à l’initiative de l’utilisation d’une application. Ils le font parce que ça correspond à un besoin professionnel : il y a des attentes institutionnelles et des attentes parentales d’information et de communication aux familles. L’outil numérique, c’est une manière de répondre à tous ces besoins.

Là où ces applications apportent une réelle plus-value, au-delà d’un aspect pratique, c’est qu’elles suscitent une forme de reconnaissance de la part des parents, à qui on montre que, non seulement on travaille, mais qu’on est attentif et actif dans l’épanouissement de leurs enfants, en proposant des activités qui sortent de l’ordinaire de la classe. [...]

Extrait de theconversation.fr du 17.09.24

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