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"La construction de la décision en éducation", par Frédérique Weixler et Bertrand Sécher, Berger-Levrault, mai 2024 (ToutEduc)

14 juin 2024

Education nationale : comment se prennent (et ne se prennent pas) les décisions (ouvrage)

Même quand les politiques publiques d’éducation "se fondent sur des intentions louables", leurs modalités de déploiement sont perçues avec un effet "tapis de bombes" constatent Frédérique Weixler (IGESR) et Bertrand Sécher (expert) dans un ouvrage consacré à "la construction de la décision en éducation". Ils ajoutent que l’organisation du système éducatif transforme "le discours politique et médiatique en prescriptions unitaires plutôt que dans une vision cohérente d’actions. Résultat, une administration (...) qui produit des directives pour une multitude d’objets, qu’il devient difficile ensuite de concevoir en cohérence pour les acteurs locaux comme peut-être parfois pour les prescripteurs eux-mêmes."

Le réquisitoire est en même temps implacable et nuancé dans la mesure où les auteurs distinguent sans cesse ce qui est de la responsabilité du politique, à divers niveaux, ce qui tient à la structure du système scolaire et ce que les acteurs ressentent. Si les reproches sont légions, les responsabilités ne sont-elles pas partagées ? "La récurrence de la controverse sur le collège unique illustre notre incapacité collective à appuyer nos arbitrages sur des études prenant en compte toutes les variables de cette équation complexe."

Et quelles sont les marges d’autonomie des divers niveaux du système, des rectorats, des enseignants, des élèves ? Que signifient des mots comme "management", "leadership" qui sont si souvent utilisés ? Les "instances participatives de concertation" jouent-elles leur rôle ? "Pour beaucoup de Français, le CNR (Conseil national de la refondation), aussi bien au niveau national que territorial, demeure un objet difficile à cerner." Si l’on en croit un rapport sénatorial, "les équipes éducatives auraient le sentiment que l’échelon national conserve le pouvoir de décision au travers des recteurs et que les avancées se dérouleraient à marche forcée, sans réelle réflexion autour de la notion d’innovation".

Reprenant un terme apparu récemment pour caractériser la société française, les auteurs parlent de "l’archipellisation structurelle" du système éducatif liée à sa gouvernance verticale : "Les temps d’échange et de construction se réduisent trop souvent à des évènements ponctuels de transmission verticale d’informations, de recommandations, voire de commandes" tandis que les partenaires de l’Ecole (collectivités, associations, etc..) apparaissent comme "un archipel qui conteste le continent".

La construction de la décision, pour reprendre le titre de l’ouvrage, supposerait pour être efficace, de "donner du temps aux acteurs pour que la concertation collective soutienne la décision", ce qui suppose "le courage d’un lâcher prise". D’ailleurs, "dans les établissements qui font réussir les élèves, beaucoup de temps est consacré aux relations (...). Chercher inlassablement à construire des décisions qui dépassent les intérêts divergents ne relève d’aucune naïveté, c’est le chemin des démocraties heureuses."

"La construction de la décision en éducation, Enjeux, mythes et défis", F. Weixler et B. Sécher, Berger-Levrault, 192 p., 19€

Extrait de touteduc.fr du 12.06.24

 

Présentation éditeur

Pour que chacun se sente partie prenante de la décision
Le sentiment des citoyens d’être peu associés aux décisions s’avère particulièrement vif au sein de la communauté éducative. Parmi les reproches formulés vis-à-vis du niveau national figurent la verticalité du pilotage, l’absence de concertation et une forme d’indifférence à la recherche d’adhésion du terrain qui expliqueraient le rejet de nombreuses réformes.

Les auteurs de cet ouvrage se penchent sur les enjeux et les mythes structurants qui entourent la décision au sein de l’éducation : mythe de l’État-stratège, du leader héroïque ou d’un âge d’or de l’autorité ; enjeux de l’articulation entre autonomie, évaluation et responsabilité ; défis de la construction collective des décisions et de la capacité à lâcher prise.

Ils observent la multiplication, au sein du système éducatif, des termes et définitions pour désigner à la fois la construction de la décision, son appropriation et sa mise en œuvre : pilotage, gouvernance, leadership partagé ou distribué, management collaboratif ou bienveillant.

À partir de ce tour d’horizon, les auteurs échafaudent des pistes pour l’action. La crise du recrutement dans l’Éducation nationale comme la persistance des inégalités de destin scolaire obligent l’institution et les décideurs à tenir compte des nouvelles attentes des personnels, des parents et des élèves en les associant à la construction de la décision.

En articulant l’action individuelle avec celle des collectifs professionnels, ils esquissent les conditions d’une construction démocratique de la décision, de nature à renforcer le contrat social et la confiance des membres de la communauté éducative en leur capacité d’agir.

À propos des auteurs
Frédérique Weixler est haute fonctionnaire, actuellement inspectrice générale de l’éducation, du sport et de la recherche. Elle a piloté une évaluation de politique publique et travaillé comme conseillère en cabinet ministériel. Elle intervient en tant qu’experte en politiques éducatives aux niveaux national et international.

Bertrand Sécher est expert de haut niveau placé auprès du président du Conseil d’évaluation de l’École (CEE) du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse.

Sommaire
Avant-propos

Décider en éducation, tentatives de définition

Vertige de la décision
Un halo sémantique pour un impensé
L’autonomie, condition de la prise de décision ?
L’autonomie, une tâche à réaliser
Conduire le changement : les mots pour le dire (et le faire) : pilotage, management, gouvernance, leadership, etc.
Qui décide quoi ?

Une question démocratique
Méthode(s)
L’autorité comme mythe rassembleur ?
Un « manque de maturation des processus de réforme »
La décentralisation et la déconcentration, promesses de décisions plus démocratiques ?
L’archipélisation de l’École : un défi pour la fabrique démocratique de la décision ?

La matrice décisionnelle : un modèle pour la dimension collective dans la décision au sein de l’archipel École
L’École, un archipel de cultures professionnelles qui s’ignorent ?
Une archipélisation accélérée par la verticalité du pilotage
Et renforcée par le morcellement des réponses éducatives
Parier sur le premier kilomètre ?
Individualisme, et conflit : des opportunités pour l’archipel ?
Le mythe de la confiance dans la décision : un pari à relever pour l’archipel
Qualité de vie au travail : mythe ou pierre angulaire de la décision ?

Liens entre capacité de décision et QVT
Le bien-être : nouveau mythe ou opportunité pour l’éthique décisionnelle ?
Le temps et l’espace dans la fabrique de la décision
La contraction du temps, blessure du sens dans la décision
La transformation numérique à l’école : un accélérateur de la décision ?
Les cadres territoriaux maîtres des horloges ?
Quels espaces pour la construction de la décision ?
Comment intégrer la dimension spatio-temporelle dans la construction de la décision ?
L’école d’après : renouveler un monde commun

Dépasser le mythe du leader : faut-il un chef pour décider ?
Évaluation et décision : une relation nécessaire ?
Citoyenneté et décision : re-concilier ?
Conclusion – Distinguer désir et objet du désir

Extrait de berger-levrault.com du 24.05.24

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