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Compte rendu de la réunion OZP des coordonnateurs du 7 février 2024 : 2. Rapide historique de leur formation

12 février 2024

Réunion OZP des coordonnateurs, 7 février 2024
Rapide historique de la formation des coordonnateurs de réseau d’éducation prioritaire

Michèle Coulon et Marc Bablet
Cette réunion fait suite à la réunion précédente que nous avions eue avec d’autres collègues coordonnatrices, réunion qui avait permis d’évoquer, au travers de leurs expériences, le métier tel qu’il est aujourd’hui. Vous trouvez sur le site de l’OZP tous les comptes rendus du travail conduit avec ces collègues. Percevant qu’il y avait des évolutions dans le métier, nous avions convenu de nous revoir avec l’idée d’approfondir la question de la formation : que serait-il souhaitable de préconiser comme formation des coordonnateurs ?
Le but de la réunion d’aujourd’hui n’est pas de vous transmettre des idées que nous aurions concoctées de notre côté, mais tout au contraire de profiter de vos réflexions et propositions à partir de quelques éléments d’histoire et de quelques éléments de situation que nous allons vous proposer en introduction, pour très vite échanger avec vous sur les besoins de formation des coordonnateurs aujourd’hui. Il faut que cela nous permette de dire aux pouvoirs publics, au niveau des académies, des départements comme au niveau national : Voilà ce qui nous paraît souhaitable pour l’avenir de cette profession, puisque nous assumons, je pense assez clairement maintenant, qu’il s’agit d’un métier qui a été créé dans le cadre de l’éducation prioritaire dans les années 90.
L’Éducation prioritaire existe depuis 1981, mais le métier de coordonnateur n’apparaît qu’à partir de 1990 et l’OZP, créée cette même année, s’y est très vite intéressée. En 1992, paraît un premier ouvrage de référence sur les rôles du responsable et du coordonnateur de ZEP et c’est le fondateur de l’OZP, Alain Bourgarel qui le rédige.

En 1990, la carte des zones établie en 81 à 82 a été revue, créant un lien nouveau avec la politique de la ville qui apparaît cette même année. Auparavant la politique de la ville n’existant pas, il y a certes l’idée de la zone d’éducation prioritaire et du projet de zone d’éducation prioritaire, mais c’est à la faveur du contexte d’un lien fort à concevoir avec la nouvelle politique de la ville, que se crée le métier de coordination. Et évidemment, le coordonnateur travaille sur les questions très souvent décisives de l’articulation entre projets de quartier et projet de ZEP, projet d’école, projet d’établissement, la question du partenariat, la question des circuits de financement, les questions d’évaluation.
L’ouvrage d’Alain Bourgarel (toujours disponible en occasion) « Travailler en ZEP : Les rôles du coordonnateur et du responsable de ZEP » est important car il essaye de rassembler tous les éléments d’information disponibles à l’époque sur la manière de travailler en réseau et la manière de piloter et coordonner un réseau. C’était en effet assez compliqué au départ de définir le rôle du coordonnateur et du responsable. Dans les textes de cette époque on lit qu’il doit exister une mission de coordination interne à l’Education nationale et une autre externe avec les partenaires. On lit aussi que l’interne, c’est plutôt le rôle du coordonnateur et la représentation externe avec les partenaires du réseau, celui du responsable. Ce faisant, il est également indiqué que le coordonnateur fait partie de l’équipe d’animation de la politique de la ville, du quartier, du quartier prioritaire. Tout cela est donc extrêmement flou et se contredit un peu. Il est donc un peu compliqué pour tout le monde de s’y retrouver. Le livre d’Alain Bourgarel arrive au bon moment pour essayer de penser cette complémentarité complexe entre responsable et coordo.

Marc Douaire
Une illustration personnelle. J’étais instituteur à l’époque. En février, j’ai été nommé coordonnateur. En mars, réunion avec le recteur de Versailles. Donc je quitte ma classe et on me dit : « première année, vous faites le projet ; deuxième année, vous faites le projet éducatif local, troisième année vous faites l’évaluation. Mais vous avez carte blanche ». Mais aucune formation, rien.

Michèle Coulon et Marc Bablet
En 2000, un séminaire national à Metz, séminaire national des coordonnateurs a été organisé par le ministère de l’Education nationale. Le ministère s’intéresse enfin aux coordonnateurs, ce que, jusqu’alors, seule une association comme l’OZP avait fait. Et les associations, ce n’est pas l’institution.
Durant ce séminaire, il y a des ateliers sur la question de la formation.
Ce séminaire arrive en 2000, après la première relance de Ségolène Royal, au moment où commence à se créer les centres de ressources pour l’éducation prioritaire (CAREP). Une relance qui a également donné lieu à des assises nationales de l’éducation prioritaire auxquelles des coordonnateurs ont pu participer. Donc, il existe une certaine effervescence autour des coordonnateurs, de leur rôle qu’il faut accompagner, des personnes qui doivent bénéficier de ressources qui peuvent être apportées par des comités académiques. Mais on ne parle peu de formation, plutôt d’accompagnement qui revient aux responsables académiques ou départementaux. Le national ne s’implique pas vraiment sur cette question, mis à part au moment de ce séminaire à Metz, qui ne rassemble pas l’ensemble des coordos. Mais au cours duquel on voit apparaître la demande et les besoins en formation des coordonnateurs.
Il est intéressant de noter que cela correspond assez souvent à ce qu’on pourrait appeler des compétences d’encadrement : instaurer la confiance, communiquer, fédérer, impulser, informer, constituer une mémoire, relancer, élaborer, préparer, co-animer.
On est là sur un champ qui est partagé avec les responsables. Les coordonnateurs étant particulièrement demandeurs de formation dans une optique de professionnalisation. C’est un élément important car au départ, on voyait dans le coordonnateur quelqu’un de dynamique, de militant particulièrement intéressé par les questions dont il doit s’occuper. Mais on parlait assez peu des compétences nécessaires, comptant sur son militantisme, son intérêt pour les questions d’égalité sociale, mais assez peu sur le fait qu’il soit un professionnel formée pour des compétences qui seraient particulières. Dans cette demande de formation, on commence à voir émerger une optique de professionnalisation.
Evidemment, l’OZP a continué historiquement de développer des réflexions sur la formation des coordonnateurs, notamment en 2008 puis en 2009. A ce moment, on fait suite à une relance qui avait eu lieu en 2006, celle qui a créé les réseaux Ambition réussite (RAR) qui ont précédé les actuels REP+ et qui étaient des réseaux en plus petit nombre concentrant le plus de difficultés : 254 Réseaux Ambition Réussite. Ces réseaux avaient vocation à développer de nouvelles formes de travail, notamment pédagogiques. Le rapport Armand Gilles de 2006 est en effet un rapport qui recentre beaucoup les réseaux sur la question pédagogique, ce sur quoi insistait déjà le rapport Moisan Simon en 97.
En fait si l’OZP va s’intéresser de près à la formation des coordonnateurs, aux compétences que requiert cette mission, c’est parce que 2006, c’est aussi la date funeste où les coordonnateurs vont se transformer en « secrétaires de comité exécutif » (Circulaire n°2006-058 DU 30-3-2006 « Principes et modalités de la politique de l’éducation prioritaire ») qui entraîne un gros flou sur ce que devient cette mission. Est ce dorénavant une mission administrative, de secrétariat ? Est-ce toujours la mission initiale de coordination avec toutes les compétences qu’il faut essayer de définir ? Tâche éminemment complexe… En conséquence, le travail, les journées de réflexion de l’OZP ont été assez riches pour réfléchir à cette question des compétences liées à la mission pensée comme une vraie mission de coordination.

Marc Douaire
Ce référentiel de compétences du coordonnateur issu de ces journées de travail à l’OZP a été présenté à la DGESCO dans un bureau du ministère compétent. C’était vraiment une reconnaissance du métier, au delà même du seul champ de l’éducation nationale. C’est à dire qu’on pensait qu’il y avait des missions de coordination dans l’Education nationale, mais aussi dans l’ensemble de la fonction publique et le coordonnateur, c’était aussi celui qui travaillait déjà avec les directions des villes. Comme coordonnateur on pouvait avoir des possibilités de mutation de l’éducation nationale vers politique de la ville ou vers les communes à partir des compétences développées par ces missions de coordination Pour cela, il fallait qu’elle soit reconnue comme un métier. Donc la notion de compétence était vraiment nécessaire.

Jean-Paul Tauvel
Tous ces documents sont disponibles sur le site de l’OZP avec deux accès complémentaires :
 en bas de la page d’accueil figure une liste des mots clés : dans le groupe « Acteurs », on trouve le mot-clé Coordonnateurs qui indexe plus de 800 articles dont certains remontent au début des années 80 et qui, tous, à un degré divers, concernent les coordonnateurs, en particulier leur participation à des actions locales. On peut d’ailleurs croiser ce mot-clé (groupe 4) avec un mot-clé de département (groupe 1)
 à gauche de la page d’accueil, dans la colonne du site par rubrique figure la rubrique Acteurs et au-dessous la sous-rubrique « coordonnateurs ». Comme toutes les sous-rubriques, elle est beaucoup plus sélective que le mot-clé, mais offre l’avantage de se diviser en types de documents : Textes et Déclarations officielles, Rapports officiels, Etudes, Formation(s) et colloques, Rencontres/Journées et productions OZP, Guides, Profils de poste et Lettres de mission, Témoignages.

Michèle Coulon et Marc Bablet
On enchaîne avec 2014, la refondation de l’éducation prioritaire avec des formations nationales, puisqu’à ce moment là, le ministère a décidé de donner une véritable priorité à l’éducation prioritaire. Nous avons été mandatés pour monter au niveau national des formations de coordonnateurs, comme nous avions monté d’abord des formations de formateurs. C’est vrai que la priorité des priorités était à la formation compte tenu du recentrage sur les questions pédagogiques. Il fallait d’abord avoir des formateurs d’enseignants. Mais on n’a pas oublié les coordonnateurs, ni d’ailleurs les responsables, puisqu’il y a aussi eu quelques formations de responsables de l’éducation prioritaire. Des formations nationales ont été organisées selon les principes que vous voyez indiqués sur le powerpoint avec à la fois l’idée :
• de la nécessité d’apports théoriques, il y a eu notamment des apports théoriques par Anne Barrère, sociologue de l’éducation ; par Jean Yves Rochex et Philippe Bongrand, qui sont des spécialistes de l’éducation prioritaire, par Claire Hébert-Suffrin qui donnait des éléments sur ce que pouvait être un « réseau apprenant »,
• de développer des éléments de réflexion, de travail en atelier pour penser la fonction de coordination. Les collègues coordonnateurs présents se constituaient en ateliers à partir des domaines du référentiel, avec des animateurs dont certains venaient de l’OZP ou étaient des représentants des DASEN pour élaborer des éléments de formation relatifs à leur métier.
• d’outiller la fonction par des apports liés à ce qu’un coordonnateur a à faire concrètement : produire le tableau de bord, évaluer le projet, conduire une réunion, appréhender son environnement, définir des objets de travail, assurer la liaison inter degré, comprendre, analyser les indicateurs. Et surtout donner du sens aux axes du référentiel : Coopérer utilement avec les parents, accompagner la mise en œuvre des CP dédoublés puisque c’était le début des CP dédoublés au moment où ces formations ont eu lieu, développer une collaboration coordonnateur/ formateur / CPC, etc. Aider à concevoir le dispositif « devoirs faits » en relation avec les partenaires...
Il y avait dans ces formations là l’idée qu’il était nécessaire que le coordonnateur dispose des éléments lui permettant de se situer dans l’histoire de l’éducation prioritaire ; ce qu’est cette politique, son histoire, son évolution. Il devait savoir comment se situer dans le système éducatif, parce que la place du coordo est très originale, une mission horizontale dans un système vertical : cela implique un certain nombre de défis. Bien comprendre cette place particulière, c’est aussi se donner des moyens de mieux la dominer. C’est ce qui a été fait avec Anne Barrère et par des exemples éclairés par des coordonnateurs. Et puis, dans le même temps, il fallait donner des éléments très concrets : tenir un tableau de bord, mener une évaluation de projet, conduire une réunion... Il fallait aussi aider à repenser le lien avec la politique de la ville, deux politiques toujours très liées.

On doit rappeler que l’OZP est une association de veille de tout ce qui se passe en éducation prioritaire ou qui concerne l’éducation prioritaire. On vous a, par exemple, informés d’une formation récente de coordonnateurs au niveau académique à Aix-Marseille dont il a été rendu compte sur le site. Il y a des choses qui peuvent un peu étonner, notamment la première conférence « apprendre aux élèves à réguler leurs stratégies cognitives et leurs émotions, un enjeu pour réduire les inégalités éducatives ». Il y a là un choix très orienté par l’Académie d’Aix-Marseille et qui ne vise pas très précisément les coordonnateurs. C’est tout de même intéressant que les coordonnateurs bénéficient de temps de formation notamment avec un travail réalisé également pendant un an, dans un réseau. A la suite de ces deux interventions, un forum des connaissances s’est tenu avec des stands où les uns et les autres ont apporté aux autres des éléments de leur production de manière à permettre des échanges sur différents sujets. Vous voyez sur le powerpoint « renforcer le cycle trois », « devoirs faits », « la nouvelle sixième », « la mise en œuvre du cycle trois au travers du pacte », « l’engagement de l’élève dans son travail personnel et la métacognition ». « L’EAC au service de la continuité du parcours de l’élève (inter-degrés et inter-cycles) », « Renforcer les liens entre le terrain et la recherche », « L’entrée dans les apprentissages scolaires et ses inégalités : Lectures sociologiques de la construction des savoirs à l’école maternelle », « un projet de recherche collaborative, ateliers de persévérance scolaire ».A chaque fois les intervenants sont soit des intervenants de l’institution, soit des chercheurs par exemple sur l’école maternelle, c’est une chercheuse qui a travaillé. Il y a donc sur le terrain, dans certaines académies des formations de coordonnateurs qui existent. Dans certaines académies plus que dans d’autres. Créteil sûrement, Marseille et Paris également.

Il y a aussi d’autres acteurs qui apportent quelque chose à votre formation.
Nous ne savons pas si vous avez eu l’occasion d’aller au centre Alain Savary, qui a des propositions de formation pour les coordonnateurs. Le Centre Alain Savary a cette mission d’accompagner les politiques de lutte contre les inégalités, notamment en ce qui concerne l’éducation prioritaire. Il a été particulièrement actif du temps de la refondation, puisqu’il était plus clairement missionné sur l’éducation prioritaire à ce moment là. Mais il continue encore aujourd’hui.
Il faut préciser que le Centre Alain Savary à l’origine devait fédérer les CAREP dans les différentes académies. Les CAREP qui eux mêmes étaient missionnés pour accompagner les coordos. En fait, au centre Alain Savary, il y a assez peu finalement de formation qui sont spécifiques aux coordonnateurs. Les formations du centre Alain Savary s’adressent aux équipes de pilotage, coordonnateurs, y compris mais pas uniquement. Ce centre est plus axé sur une approche « inter métier », c’est à dire « comment les différents acteurs de l’équipe de pilotage d’un réseau collaborent et s’emparent chacun des thématiques qui sont à travailler ensemble ».
L’angle de réflexion privilégie le travail en inter métiers et il rassemble dans les formations, sur des thématiques transversales, les différents acteurs afin de confronter les différents points de vue et les différentes manières de travailler.
Et puis, évidemment, il y a l’OZP qui met à disposition de nombreuses ressources et qui est à votre disposition pour réfléchir sur ces questions là.
Pour terminer cette présentation voici juste un petit rappel des deux textes de référence où il est question des coordonnateurs, des circulaires qui s’appliquent encore aujourd’hui, qui n’ont pas disparu du paysage réglementaire. C’est la circulaire du 4 juin 2014 et la circulaire du 3 mai 2017 qui rappellent qu’il existe des coordonnateurs qui reçoivent une lettre de mission et qui ont pour rôle de coordonner le réseau. La mise en œuvre du projet de réseau entre le collège et les écoles du réseau et qui ont vocation à intervenir dans les deux degrés d’enseignement avec les pilotes. « Le coordonnateur et les formateurs veillent à la mise en œuvre des orientations nationales appuyées sur le référentiel. » La circulaire de 2017 avait été écrite pour rappeler la nécessité de respecter un certain nombre de points qui n’étaient pas parfaitement mis en œuvre :
La lettre de mission pour coordonner la mise en œuvre du projet de réseau en travaillant avec les deux degrés et les partenaires. La question des conditions de la mission car on s’était aperçu qu’il y avait quelques manques. « Les coordonnateurs sont déchargés d’au moins 50 % entre 50 et 100 % en fonction de la taille, des spécificités et de la difficulté du réseau ». Parce qu’on avait repéré des réseaux dans lesquels certains coordonnateurs avaient une journée de décharge en tout et pour tout. Ça ne nous semblait pas très raisonnable. La circulaire rappelle aussi qu’ils doivent pouvoir bénéficier d’une implantation claire pour tous les acteurs du réseau, soit à la circonscription, soit au collège, soit dans une école, et donc disposer de matériel adapté à leur mission. Et, dans le cas de réseau éclaté territorialement, de frais de déplacement selon les règles habituelles. Tout ça avait été rappelé parce que ça n’allait pas de soi.
En fait, ces deux circulaires clarifient la situation du coordonnateur puisqu’il n’y avait eu aucun texte depuis 2006 où il était devenu « secrétaire du comité exécutif ». Il fallait donc remettre l’église au milieu du village pour dire ce qu’était le coordinateur. D’autant qu’ entre temps, il y avait aussi eu les professeurs référents dans les RAR puis les préfets des études dans les ECLAIR, des nouveaux acteurs tout à fait intéressants mais dont l’apparition dans le paysage des réseaux a pu nécessiter que soit éclairci ce qu’était devenu le coordonnateur. Il fallait donc redire les choses et c’est ce qui a été fait à ce moment là, avec ces deux textes là qui depuis n’ont pas été complétés. Donc ils sont toujours valables, on peut toujours s’y référer.

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