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> Journée OZP 2006. Atelier : "S’adapter aux élèves et maintenir les exigences"
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Journée nationale OZP : 13 mai 2006
Atelier n° 5
Intervenants : Céline Baliki,
professeure de lettres dans un collège de Bobigny (93)
Jean-Michel Zakharthouk,
professeur de lettres dans un collège de Creil (60)
Animateur : Antoine Darnal,
coordonnateur ZEP à Paris.
 
Intervention de Jean-Michel Zakhartchouk
Jean-Michel Zakhartchouk entre dans la thématique de l’atelier en pourfendant les soi-disant défenseurs de la culture : ceux-ci dénigrent les pédagogues qui travaillent avec sérieux et ne se satisfont pas d’une connivence culturelle avec trois ou quatre élèves d’une classe. La vraie question est : comment faire pour impliquer la grande majorité, si ce n’est la totalité, des élèves dans des activités culturelles ? Cela relève d’une véritable ambition et d’un travail pédagogique de fond.
S’adapter aux élèves ce n’est en aucun cas s’abaisser ou abaisser le niveau. L’adaptation à l’interlocuteur est inhérente à tout acte de communication et il s’agit bien d’avoir de véritables exigences intellectuelles et culturelles.
C’est le sens de l’adverbe « vraiment » dans le titre de son dernier livre Transmettre vraiment une culture à tous les élèves (1). La culture n’est pas la "cerise sur le gâteau", c’est le "gâteau" lui même car il y a interaction totale entre la culture, les apprentissages et l’excellence pédagogique.
Il faut penser la culture dans sa polysémie en évitant deux écueils : la dérive élitiste, dans laquelle l’enseignant peut tomber même s’il désire faire autrement, la dérive relativiste qui consiste à penser que tout se vaut et que ce qui compte c’est avant tout la culture et le bien être des élèves.
Le pédagogue est un "passeur culturel" : il doit travailler à établir des ponts entre ce que les élèves connaissent, leur culture familière, et la culture scolaire, la culture savante, c’est ce que décrivent une trentaine d’enseignants dans son dernier ouvrage.
Intervention de Cécile Baliki
Céline Baliki expose son expérience d’enseignement des lettres dans le cadre de projets culturels (2) dans un collège de Bobigny classé en ZEP. Le chef d’établissement est engagé dans tous les projets pédagogiques qui tendent à dépasser les difficultés croissantes à enseigner. Les projets reposent sur un principe : faire vivre les disciplines comme des expériences. Ces expériences ont plusieurs points d’ancrage :
. l’écriture (de fictions, de poésies),
. le travail sur le corps (théâtre, danse) où interviennent des professionnels,
. le voyage à travers les mots, le corps, mais aussi un voyage réel puisque les élèves se rendent dans les lieux sur lesquels ils ont travaillé en classe,
. et enfin un spectacle qui crée un espace collectif à partir des imaginaires individuels.
L’écriture
En ce qui concerne l’écriture, nous mettons à profit tous les dispositifs disponibles : itinéraires de découverte, classes APAC, projets interétablissements, ateliers artistiques, et nous essayons d’associer le plus possible d’intervenants extérieurs. Nous travaillons autour de textes qui font lien avec l’Histoire.
L’an dernier nous avons travaillé sur l’Atlantide, avec des recherches sur le mythe. Cette année, nous travaillons l’Odyssée avec une classe de 4ème, bien que ce soit au programme de 6ème. Ce projet est intégré dans les heures de classe, dans le cadre d’un itinéraire de découverte. Les élèves ont relu des passages de l’Odyssée dans des traductions différentes puis nous nous sommes interrogés sur la manière dont l’Odyssée résonnait dans le monde d’aujourd’hui, jusque et y compris dans les têtes et les corps des élèves. Nous avons remplacé les obstacles rencontrés par Ulysse par des obstacles du monde actuel. Ainsi nous évoquons les difficultés du monde du travail, du chômage, les lois sur l’immigration, les jeux télévisés, les médias...
Nous reprenons par exemple l’épisode des Lotophages où le peuple vit dans l’oubli total de sa mémoire, de ses racines. Nous nous sommes interrogés sur ce qui peut nous faire aujourd’hui oublier notre histoire, nos racines, notre passé. De nombreuses idées ont surgi à partir desquelles les élèves ont écrit des fictions. Ainsi Ulysse est poète, directeur d’une école d’art qui a été fermée, cela se passe en Grèce sous la dictature des colonels, alors que Circé est une femme qui instaure la dictature en détruisant les écoles et les œuvres d’art.
La réflexion collective a porté sur la démocratie, la liberté, le destin et cela a conduit tout le monde à écrire parce que ces thèmes concernent tous les élèves sans exception. Ils y réfléchissent tous et ont tous quelque chose à dire. L’écriture est investie par ces préoccupations : on est toujours étonné de la connaissance des élèves en matière d’actualité. Ce travail met vraiment en regard le texte de l’Odyssée et notre époque. Tous les élèves font des liens entre le passé et le présent et ces échos se font de façon naturelle. Ainsi un autre éclairage est donné à l’Odyssée, et son interprétation au regard des réalités contemporaines permet de donner du sens à ce qui se passe aujourd’hui.
Le travail du corps
Le travail d’écriture est nourri de textes lus, contemporains ou plus anciens ; ainsi intègre-t-on un extrait de Racine ou d’Alessandro Barrico sur l’IIliade. La compréhension des textes passe par le corps. Des textes difficiles d’accès deviennent évidents grâce à leur « mise en corps ». Appliquée aux textes des élèves, la « mise en corps » montre les difficultés de ceux ci : là où l’écriture s’arrête, là où elle est asphyxiée...Ce travail nécessite une interdisciplinarité ; nous essayons d’ouvrir et de lier au maximum nos disciplines respectives.
Les premiers textes produits par les élèves ont la forme de récits. Nous les retravaillons pour leur donner la forme théâtrale. Nous commençons dès septembre cette écriture en classe ou à la maison, de manière individuelle et collective. Ces textes seront joués et filmés au cours de l’année ainsi que des textes d’auteurs qui seront intégrés. Nous travaillons le théâtre comme clé d’accès au sens des textes. Le corps est aussi source d’expression en lui-même : c’est pourquoi les élèves travaillent la danse avec un chorégraphe et le professeur d’EPS.
Dans cette approche, le corps, de même que la langue, ne sont pas pensés comme outils mais comme de véritables lieux et moyen de recherche et d’expression de soi. C’est à travers les mots et à travers leurs corps que les élèves trouvent leur place, le texte s’incarne dans le corps et le corps peut dire ce que les mots parfois ne parviennent pas à dire. C’est leur écriture, leur corps.
La classe constitue les compagnons d’Ulysse, chacun est un compagnon, a un rôle en fonction de ses talents qui ne sont pas forcément ceux reconnus par l’école. Ils sont tous ensemble et solidaires ; si l’un manque, le bateau coule. L’implication de la classe est vraiment extraordinaire.
Le voyage
Dans l’écriture, on voyage bien sûr dans sa tête, dans son corps, mais nous voyageons aussi réellement vers les lieux dont nous avons parlé. Toute la classe part : l’organisation matérielle qui implique les élèves et leurs parents le permet. Ainsi sommes-nous allés en Grèce, non pas avec un objectif linguistique mais parce que nous sommes dans un projet culturel.
Lors du voyage, nous travaillons beaucoup, nous jouons les textes sur les lieux où ils ont été écrits, dans les décors naturels. Les élèves ont joué devant le Parthénon, où ils ont été filmés. Et là, la qualité du travail fourni par chacun d’entre eux étonne.
C’est une classe de 4ème, tout à fait hétérogène. Ils sont à un âge difficile, ce sont des adolescents en train de se chercher dans tous les sens du terme. Néanmoins, ces élèves font preuve de beaucoup de patience et de courage, ils mettent en œuvre des capacités qui ne se révèlent pas d’habitude à l’école. Je les connais depuis trois ans, et je constate qu’ils apprennent des textes qui font quatre pages, qu’ils les jouent - on peut leur fait répéter cinq fois la même scène sans problème -, qu’ils les vivent, bien qu’il s’agisse de textes difficiles . On se rend compte dans ce travail qu’il n’y a chez eux aucun refus d’apprendre mais au contraire un véritable plaisir. Le travail a un sens, il y a une vie ... Le voyage est un lieu de recherche et toutes ces images qui sont dans les livres d’histoire prennent vie d’un seul coup. C’est somme si l’école devenait vivante, devenait une expérience. Un véritable sens se crée dans une histoire qui vient de loin et se poursuit jusqu’à aujourd’hui.
Le spectacle
Puisque nous travaillons les arts vivants, nous présentons notre travail. Ces spectacles constituent l’aboutissement par la création d’un espace collectif que les élèves mettent en place à travers la somme de leurs imaginaires. Chacun a donné de soi à travers l’écriture et ce qu’il savait faire. La scène est vraiment la représentation, l’image d’un espace collectif où chacun a sa place. Chaque élève est mis en valeur dans ses propres talents et capacités. Ils savent que chacun a besoin de l’autre. C’est aussi un espace social qui permet la création du groupe, ce qui n’est pas toujours aisé à mettre en œuvre.
En donnant vie aux mots, les mots dansent, le corps donne une autre dimension à cette écriture. L’expression est également beaucoup travaillée. La création n’est pas une activité ludique : c’est une activité qui fait appel à l’imaginaire et à l’intime de chacun.
Le travail d’écriture en relation avec la danse mené avec une classe de 6ème illustre cette dimension. Les élèves de 6ème ont moins peur des mots que les plus grands, ils peuvent dire plus facilement leurs peurs, leurs angoisses. Le travail des 4ème est plus lié à une prise de position face au monde, cela correspond aussi au travail sur l’argumentation, alors que les élèves de 6ème travaillent l’écriture et la danse dans un lien qui se situe davantage dans l’intime, dans le dire et dans l’être. Ils sont dans la révélation de l’imaginaire.
En conclusion, il est important de préciser que nous sommes plusieurs enseignants - mais pas la majorité - à souhaiter mettre en projet les élèves dans une approche interdisciplinaire qui donne sens à cette culture que l’on transmet.
Je pense à une phrase du linguiste Odorov : : « Le but ultime de notre enseignement n’est ni la docile transmission des savoirs ni l’abstraite acquisition des compétences. Dans les deux cas on passe à côté de l’essentiel. Le but est d’aider les élèves à mieux construire le présent et l’un des moyens pour atteindre ce but est de s’approprier le passé. Le but de toutes les disciplines est de nous faire mieux connaître l’être humain et ses sociétés. »
Débat
Ce témoignage suscite un grand intérêt de la part des participants à l’atelier qui interrogent Céline Baliki sur d’autres aspects non évoqués de son expérience. Les échanges portent essentiellement sur les tensions entre projet et programme, entre apprentissages et socialisation, sur les dispositifs pédagogiques ainsi que sur le travail d’équipe où on souligne le rôle du chef d’établissement et l’impact de l’interdisciplinarité. La relation aux parents est, elle aussi, évoquée.
Etre en projet et "faire" le programme
Cette approche pédagogique permet-elle aux élèves d’être "au niveau" des autres lycéens ? interroge un chef d’établissement qui reconnaît bien le "profil" des élèves de ZEP à travers le récit de Céline Baliki, élèves performants à l’oral mais en difficulté à l’écrit, ce qui, souvent les empêche d’accéder à des études supérieures.
Céline Baliki explique qu’elle garde les mêmes élèves de la 6ème à la 3ème. Sur cette classe très hétérogène de vingt-quatre élèves dont certains avaient d’importantes difficultés à l’écrit, seulement deux élèves n’ont pas obtenu leur brevet. Dix-huit élèves sont allés en seconde générale et treize d’entre eux ont du plaisir à travailler en français tout en reconnaissant que "c’est difficile !".
En faisant appel à l’ imaginaire de chacun, en n’émettant aucun jugement ni notation sur les productions des ateliers d’écriture, on ouvre des portes. L’écriture des élèves n’est pas formelle, les règles grammaticales ne sont pas forcément intégrées. On reprend ces aspects-là en cours de français mais on sait aussi que les écritures contemporaines reposent sur des conceptions moins classiques de la langue.
Etant en projet, les élèves sont dans une véritable démarche d’écriture, ils ont une réflexion sur ce qu’ils font. Travaillant ainsi, ils ne sont pas dans un exercice scolaire mais au carrefour des cultures, en lien avec des questionnements réels.
Jean-Michel Zakhartcouk évoque une enquête menée dans l’académie de Rouen sur les pratiques d’écriture des collégiens dont on pense qu’ils n’écrivent pas et ne peuvent pas écrire puisqu’ils ne savent pas ! Dans l’ouvrage L’écriture extrascolaire des collégiens (3) leurs pratiques d’écriture hors de toute contraintes institutionnelles sont recensées. Elles sont multiples : chansons, journaux intimes, histoires drôles, poésies...Valoriser l’existant donne un sens à l’écrit, il s’agit de créer des ponts. Enseigner à écrire c’est aussi enseigner à verbaliser l’écrit et à penser l’écriture.
Pouvez-vous donner un exemple de la manière de « créer des ponts" ? Comment l’Odyssée "raisonne dans leur tête " ?
Les mythes passionnent les enfants et les adolescents, ils suscitent leur curiosité. Nous choisissons les épisodes qui font écho pour eux. A travers l’Odyssée ils se questionnent sur le héros, celui qu’ils admirent, sur l’infidélité. Les travaux d’Ulysse renvoient au travail sur soi, au rapport au monde. Ils s’interrogent sur l’identité, les valeurs, le rapport à la mort.
Ces questionnements existentiels préoccupent les adolescents. Dans le texte écrit, des artistes sont exilés et vont d’île en île, sur l’une d’elles sont parqués des étrangers. La classe, très métissée, produit des récits incroyables à partir des histoires familiales que ce travail d’écriture permet de faire entrer dans une histoire collective. C’est aussi une réflexion sur les nouvelles lois sur l’immigration.
Nous mesurons l’importance et la pertinence du projet de classe dans l’investissement des élèves dans les autres disciplines, sur lesquelles il y a des répercussions notables.
Etre en projet et évaluer
Comment ce travail peut-il être compatible avec le carcan de la notation si prégnant à l’école ? Quelle évaluation des travaux des élèves faut-il mettre en place pour ne pas nuire à cette dynamique ? interroge une responsable d’équipe de réussite éducative.
Le cadre dans lequel nous travaillons contraint mais il permet aussi de faire beaucoup de choses. Quand on regarde les programmes de français, on voit qu’ils sont d’une incroyable richesse. On peut penser qu’ils sont trop chargés, mais on fait des choix : celui d’approfondir plutôt que de survoler les programmes. On enseigne autrement, on ne sépare plus la discipline et le projet. Si l’imaginaire, lui, n’est pas évaluable, des productions le sont : les élèves écrivent dans un cadre donné, en fonction de consignes. Nous avons conçu avec les élèves des grilles d’évaluation qui leur permettent de savoir où ils en sont, les critères sont précis.
Des dispositifs pédagogiques pour travailler en projet
Il est vrai que ces élèves sont plus à l’aise à l’oral ; en travaillant de cette façon, on leur permet de dépasser leur peur de l’écriture. Ces projets conviennent à ceux qui ont des difficultés mais aussi aux autres. Certains élèves ont du mal à écrire en faisant appel à leur imagination, à leur intériorité, ils sont plus habitués et plus à l’aise avec les travaux scolaires. Il faut se donner du temps pour leur permettre de retrouver confiance en eux et nous les soutenons dans ce cheminement.
J’ai cessé de travailler en séance d’une heure, c’est trop court. Deux ou trois heures sont nécessaires pour permettre un travail de fond, c’est plus exigeant mais plus riche.
Comment articulez-vous les temps de productions individuels et collectifs ? demande un participant.
Chaque élève est face à sa feuille avec un enseignant qui passe et s’arrête pour réfléchir avec lui. Trois ou quatre enseignants travaillent ensemble avec le groupe classe, et la réécriture des textes lus est travaillée avec cinq des élèves du groupe. On peut passer beaucoup de temps sur une consigne.
Travailler en atelier d’écriture avec des écrivains, cela ouvre des portes, ouvre le champ du possible de la création de chacun. L’écriture collective se fait en présence d’un écrivain, après un travail oral où les échanges enrichissent le propos. Chaque élève dit au moins une phrase et le texte collectif se construit ainsi. Une fois écrit, on le retravaille. De nombreuses techniques existent pour la recherche d’idées : l’écriture à quatre après avoir mis des idées en commun, ou bien un élève lance une idée, un autre la prolonge, pendant que d’autres écrivent ce qui se dit...
Les projets d’écriture varient avec l’âge des élèves.
Apprendre la langue et apprendre à vivre ensemble
Il est très important de favoriser les projets de classe car ils développent une puissante dynamique. On peut mesurer le véritable épanouissement que produit cette démarche chez certains élèves. Les adolescents ne se retrouvent pas dans le fonctionnement techniciste de l’école. Les projets font du lien dans les apprentissages mais aussi entre les personnes ; il est très difficile de se séparer après ces expériences partagées.
La cohérence que permet le travail d’équipe des professeurs, l’interdisciplinarité et la conduite d’un projet favorisent la vie de la classe, la cohésion du groupe d’élèves.
Un pilotage pédagogique
Quelle place occupe le chef d’établissement dans ce projet ? Laisse-t-il faire les enseignants ou bien est-il partie prenante ?
Ce chef d’établissement n’est pas du tout dans le laisser faire, il impulse les projets, le travail d’équipe. Il propose chaque année la réécriture du projet d’établissement qui s’enrichit de l’expérience de l’année passée. Ainsi, il permet la formalisation de ces expériences. Il a d’ailleurs écrit un livre : Une école pour les enfants de Seine St Denis (4).
Les professeurs n’ont pas d’obstacle à dépasser pour la mise en œuvre des projets, le principal incite à l’ouverture de l’établissement aux intervenants extérieurs, il recherche les financements. Il est totalement partie prenante et engagé dans ce travail.
L’organisation des emplois du temps prend en compte les ateliers de création, du temps est libéré pour permettre aux élèves volontaires de participer aux ateliers théâtre, cinéma... Dans l’emploi du temps des professeurs, une matinée est mobile pour travailler selon les besoins, les projets, pour favoriser l’interdisciplinarité.
Jean-Michel Zakhartchouk insiste sur la responsabilité de ceux qui, faisant les choix financiers, peuvent ou non favoriser le développement des projets qui impliquent un grand nombre d’élèves. C’est une autre politique que de choisir le financement d’ateliers ou clubs qui regroupent de petits nombres d’élèves déjà motivés.
Le travail d’équipe
Comment fait-on pour parvenir à un tel travail d’équipe ? demande un coordonnateur de REP.
Nous sommes dix enseignants sur quarante-huit à travailler sur projets. Nous avons commencé il y a sept ans, à deux, à prendre conscience de l’étroitesse de nos disciplines, à échanger et à nous enrichir mutuellement. Nous nous sentions en contradiction avec le message d’ouverture que nous délivrions à nos élèves.
Quand j’ai commencé à travailler sur des tranches de deux ou trois heures, certains collègues m’ont reproché de faire de l’animation culturelle. En voyant ce que je faisais, ils ont été intéressés, ils ont adhéré à la démarche, la confiance s’est installée, aucun jugement n’a été porté sur telle ou telle façon de faire, et le travail collectif a pu démarrer.
Nous travaillons beaucoup avec les professeurs d’EPS, d’arts plastiques, de musique, d’anglais, de SVT et de maths. Mais cela peut changer d’une année scolaire à l’autre : cette année, il n’y a pas de collègue d’histoire géographie, alors nous faisons de l’histoire nous-mêmes... Cette façon de travailler décuple l’intérêt des élèves pour chaque discipline parce qu’il y a du lien entre elles.
La relation avec les parents
Lorsque les élèves demandent à leurs familles de raconter leur histoire, elles sont en général très participantes. Nous n’avons pas de difficulté à intégrer les parents dans les projets. Nous avons créé une association de parents et d’enseignants. Deux jours par mois, les parents sont reçus dans le collège par le chef d’établissement. Des tables rondes thématiques sont organisées avec eux, ils sont invités à partager leur singularité et leurs talents. Ils peuvent venir parler des métiers pour préparer l’orientation. Ils participent à des soirées théâtre, contes, musique...
Cela enrichit notre travail et nous permet de toujours être dans l’ouverture.
En conclusion
Il y a toujours des possibilités à exploiter dans les établissements pour travailler en projet avec les élèves en partant de ce qu’ils savent. Souvent, ils pensent que ce qu’ils savent n’est pas intéressant, mais on peut partir de là, sans démagogie, en organisant le travail, pour faire des liens entre ce que les élèves savent et la "grande culture" inscrite dans l’histoire.
Compte rendu rédigé par Michèle Théodor,
chargée d’étude au Centre Alain Savary-INRP
NOTES
1) Céline BALIKI, Un corps et une langue incarnés in Les Cahiers Pédagogiques n° 441, mars 2006.
2) Jean-Michel ZAKHARTCHOUK, Transmettre vraiment la culture à tous les élèves Réflexion et exemples de pratiques, Paris, Scérén-CNDP, 2006, coll. Repères pour agir. Second degré.
3) Marie-Claude PENLOUP, L’écriture scolaire des collégiens : des constats aux perspectives didactiques, Paris, ESF, 1999.
4) Joseph ROSSETTO, Une école pour les enfants de Seine-Saint-Denis, Paris, L’Harmattan, 2004.
 
Ci-dessous une version PDF à la mise en page plus élaborée.