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Inviter tous les parents, même ceux éloignés de la culture scolaire : témoignage de Clothilde Jouzeau Kraeutler, professeure en maternelle REP+ à Perpignan et chercheuse (Vers Le Haut)

10 septembre 2025

Faire de la place aux familles à l’École, un enjeu de société

Forte de trente ans d’expérience, Clothilde Jouzeau Kraeutler, professeure des écoles et chercheuse, montre combien l’implication des parents en classe peut transformer la vie scolaire : des savoir-faire partagés, une confiance retrouvée, et une communauté éducative qui se construit au bénéfice de tous les enfants. Un retour d’expérience qui donne corps à l’idée même de coéducation.

Quelle place pour les parents à l’école ?
Enseignante dans le premier degré, j’ai développé une pratique de la coéducation participative[1]au fil des années, pour un faire un dispositif institutionnalisé.

Tout commence lors de la réunion de rentrée. Je présente la classe comme un microcosme de la société. Un espace à co-construire dans lequel chacun a une place à trouver, à prendre. J’invite alors les parents à parler de leurs passions, de ce qu’ils font et aiment, afin qu’ensemble nous imaginions des ateliers qu’ils pourront mener. Tous les domaines donnent lieu à de potentiels moments de partage. Il n’en est pas de plus utiles, ni de plus « nobles » que d’autres. Tous ont la même importance. Toutes les activités conduites par les parents en classe donnent lieu à de nouveaux savoirs scolaires. En effet, j’intègre aux progressions les notions abordées et les capacités et compétences travaillées et acquises par les élèves.

Quelques exemples concrets : [...]

Inviter tous les parents, même ceux éloignés de la culture scolaire
Certains parents se rapprochent naturellement des enseignants, mais il en est d’autres que l’on voit peu. Il est essentiel de se rapprocher de ces familles et de les inviter à franchir la porte de l’école en confiance. C’est dans ce but que je propose aux parents de parler de ce qu’ « ils aiment » et pas de ce qu’ « ils savent » lors de la réunion de rentrée. Comprendre la mise en retrait est utile, elle peut avoir différentes origines : confiance totale dans l’enseignant, peur de déranger et/ou de ne pas savoir, ce qui pourrait avoir pour effet de desservir son enfant[2], impossibilité de venir[3], expérience douloureuse avec l’école par le passé[4]…

Parmi les parents que l’on voit peu, il y a la mère qui brode et ne pense pas que cette qualité est une compétence utile pour la maitrise de l’outil scripteur. Elle n’imagine pas que cette tradition familiale est une habilité qui trouve sa place dans les savoirs scolaires.

Quelle satisfaction aussi de découvrir que cette maman au verbe haut, qui prend souvent partie à des échanges virulents entre parents devant la grille de l’école, est arbitre. Lors d’une sortie scolaire elle a organisé un match sur le temps de la pause déjeuner entre les élèves, et a ainsi gagné la reconnaissance de ses compétences jusqu’alors méconnue. Le changement des regards d’enfants, des enseignants, des autres parents, lui a permis de s’investir à l’école. Participant chaque fois que possible, amenant même les enfants à l’occasion d’un « débat philo » à se questionner sur la nécessité de poser des règles et portant d’ailleurs elle-même un autre regard sur elle et l’institution scolaire.

Plaisir aussi d’accueillir cette maman, dont le mari m’avait dit qu’elle ne pouvait pas venir parce qu’elle-même n’avait pas fréquenté l’école lorsqu’elle était enfant. « Qu’est-ce qu’elle pourrait apprendre ? Elle est même pas allée à l’école, et puis elle parle pas bien [français]. » Nous avons parlé de son rôle de mère, de tout ce qu’elle apportait/apprenait à ses enfants. Cet échange avec son mari, les a « libérés » d’un poids ; son désir d’intervenir était légitime : sa « place » d’éducatrice était reconnue. Elle est venue donner la collation du matin une première fois, puis raconter des histoires dans sa langue maternelle régulièrement sur les temps d’accueil. Son enfant était fier, et s’est davantage investi dans les différentes activités proposées.

Pour accueillir le plus grand nombre de parents, il est profitable de faire preuve de souplesse et de ne pas hésiter à modifier l’emploi du temps hebdomadaire afin de l’adapter à leurs disponibilités. Ainsi, chaque parent peut venir faire une intervention, lors d’une récupération du temps de travail. La visite d’un proche peut aussi être l’occasion d’une animation… C’est avec fierté qu’un vendredi une élève nous a présenté sa tante qui est venue jouer à des jeux de société.

Les parents qui participent et animent des temps de classe se familiarisent avec les codes de l’institution scolaire et recouvrent une confiance dans leurs capacités à accompagner leurs enfants qu’ils peuvent transposer aux autres enfants de la fratrie. Ainsi, une jeune maman m’avait demandé à co-animer des ateliers de graphisme afin de savoir aider son ainée qui peinait au cours préparatoire.

Il est aussi important de prendre en compte les normes et habitudes culturelles des familles et d’éviter le recours systématique à l’écrit, en fixant et rappelant les rendez-vous oralement. Il est pareillement judicieux de prendre en considération les contraintes temporelles familiales, à savoir l’heure de la préparation du déjeuner, celle de la sieste… L’École qui s’ouvre aux parents est une École accueillante, bienveillante, qui ne juge pas. Elle fait de la place aux familles, en leur permettant de partager leurs passions et elle profite de cette occasion pour les amener à découvrir ses codes, ses implicites, ses attendus. Une année, des mamans, qui initialement ne se connaissaient pas, se sont organisées entre-elles, afin de garder leurs jeunes enfants non scolarisés. Le temps ainsi libéré leur permettait de participer à tour de rôle à l’animation d’ateliers en classe.

Ce fonctionnement de la classe qui invite les parents à animer des ateliers qu’ils conçoivent, permet à tous les parents de partager des savoir-faire personnels et/ou familiaux, légitime leurs singularités et donne lieu à la construction d’une culture commune de classe. Il valorise les compétences manuelles, négligées dans les programmes et reléguées, faute de temps, au profit des « fondamentaux », alors qu’elles sont nécessaires à la construction de l’enfant et souvent fort utiles à l’adulte. Les interventions des familles permettent d’aborder des compétences et notions différemment, de façon informelle, et ainsi de dépasser des angoisses d’échec souvent présentes dès le plus jeune âge. L’élève qui essaie sous le regard d’un parent qui n’est pas le sien, est un enfant qui tâtonne sans crainte de décevoir, ni d’être jugé. Il en est plus libre et donc souvent plus performant.

Ce dispositif d’accueil des familles en classe s’inscrit dans la logique des programmes de 2015[5] qui postule que l’école maternelle est « [u]ne école qui accueille les enfants et leurs parents dans le respect mutuel de chacun ». Il propose des modalités d’application de celles trop souvent relayées par les médias et une partie du corps enseignant, qui associe la coéducation à une nécessité de pallier des carences éducatives familiales. La place et le rôle des parents à l’École sont souvent questionnés. Il serait probablement opportun de se demander : Pourquoi ne fait-on pas plus souvent de la place aux parents à l’École ? Pourquoi sont-ils pressentis comme devant être guidés ? Une étude des origines historiques de l’institutionnalisation de l’École telle que nous la connaissons en France aujourd’hui, nous apporterait assurément des éléments de réponse.

Clothilde Jouzeau Kraeutler

Extrait de verslehaut.org. du 01.09.25

 

Site OZP : rechercher plein texte sur le mot kraeutler

 

Note : M-C Missir quitte le Réseau Canopé et rejoint "Vers le Haut"

Le "think tank" Vers Le Haut annonce la nomination de Marie-Caroline Missir comme déléguée générale. Elle succèdera le 1er novembre à Guillaume Prévost, nommé secrétaire général de l’enseignement catholique et quitte donc Réseau Canopé, dont elle était la directrice générale depuis mars 2020

Marie-Caroline Missir, ancienne élève de Sciences-po, a été journaliste, à l’AEF, à l’Express et à l’Etudiant avant d’être nommée par J-M Blanquer à la direction de Réseau Canopé pour en faire l’outil de formation continue à distance des enseignants.

Le think tank indique qu’ "elle sera chargée d’accompagner (sa) montée en puissance" et "d’en développer le caractère de média engagé, d’espace de rencontres incontournable et de plateforme de projets sur l’ensemble des thèmes relatifs à l’éducation et à la jeunesse".

A noter que M-C Missir arrivait au bout de son second mandat, non renouvelable, au mois de décembre.

Extrait de touteduc.fr du 02.09.25

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