> LA RUBRIQUE UNIQUE à partir de novembre 2025
> Le projet de décret sur le caractère facultatif des groupes de besoin (Le (…)
Voir à gauche les mots-clés liés à cet article
Clap de fin des groupes de niveau : un décret dans les tuyaux
Quand le ministre Edouard Geffray neutralise la mesure phare qu’il a lui-même mise en place en tant que DGESCO auprès du ministre Gabriel Attal… Clap de fin officiel pour la mesure décriée de la réforme Attal du Choc des savoirs. Lors du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) de jeudi 15 janvier, le ministère a entériné la fin des groupes obligatoires de niveau – besoin au collège. Seul un collège sur cinq avait mis en place cette réforme, appliquée pendant deux années marquées par une forte contestation au sein de la communauté éducative. Les enseignant.es qui ont perdu de nombreuses heures d’options apprécieront ce revirement.
Un décret actant la fin de l’obligation
Rejetée par les personnels, les syndicats, les parents d’élèves, critiquée par la Cour des comptes, la mesure phare de la réforme du Choc des savoirs n’est – officiellement – plus obligatoire. Au cours du CSE du jeudi 15 janvier, le ministère a présenté un décret mettant fin au caractère obligatoire des groupes de besoin. Cette évolution a été actée lors d’une réunion pilotée par la Dgesco Caroline Pascal. Le texte réduit désormais ces groupes à de simples possibilités pédagogiques et non plus à une organisation imposée. « Les groupes de niveau ne sont plus qu’un élément parmi d’autres dans l’organisation des enseignements » se réjouit Gwenaël Le Paih, secrétaire adjoint du Snes-FSU.
Un amendement introduisant explicitement la possibilité de groupes à effectifs réduits a été intégré au décret, ce qui constitue une première dans un texte ministériel. Fait rare : le ministre a validé la nouvelle rédaction en début d’après-midi, répondant ainsi directement aux débats et aux échanges intervenus lors du CSE.
Une disparition de fait des groupes dès la rentrée 2026
La reforme, appliquée seulement dans un collège sur cinq selon une enquête du Snes-Fsu, constituait de fait un échec, des dires mêmes d’un rapport de l’inspection générale : « Les effets s’avèrent contrastés en ce qui concerne les élèves « à faibles besoins » ou « à besoins modérés », en revanche les élèves les plus fragiles, « à forts besoins », n’ont clairement pas bénéficié des avancées attendues de la mesure. » L’Inspection générale alertait sur le risque d’une « dérive des continents », conduisant à la création d’inégalités entre élèves, alors même que l’objectif affiché était de les réduire.
Même si les groupes de niveaux deviennent officiellement facultatifs, ils sont appelés à disparaître dans les faits à partir de la rentrée 2026. Il s’agit d’un véritable « enterrement de première classe », glisse le représentant du Snes-FSU. Après les quatre ministres successifs de Gabriel Attal (Oudea Castéra, Genetet, Belloubet, Borne), c’est le ministre Geffray – alors Dgesco – pourtant porteur de la mesure du ministre Attal, qui la neutralise deux ans plus tard.
Décret amendé en séance et réactions syndicales
Le décret a été amendé en séance par Caroline Pascal, avec l’accord du ministre. Il prévoit que : « En classes de sixième et de cinquième, en vue notamment de prévenir la difficulté scolaire, un accompagnement pédagogique renforcé est mis en œuvre pour les enseignements de français et de mathématiques, adapté aux besoins des élèves. Il peut donner lieu à des organisations pédagogiques diversifiées, notamment, pour tout ou partie de l’horaire, à des groupes à effectifs réduits et/ou constitués en fonction des besoins des élèves identifiés par les professeurs. »
Lors du vote final, le décret a recueilli 17 voix pour, 25 voix contre, dont celles de la FSU, et 20 abstentions. La FSU a voté contre, estimant que les groupes de besoin figurent toujours dans le texte. Le SNES-FSU se félicite néanmoins de cette évolution, qui rend ces groupes facultatifs et permet la mise en place de groupes hétérogènes à effectifs réduits sur l’année. Le SE-Unsa parle d’une nouvelle victoire syndicale. Après l’abandon des groupes de niveau, le ministère supprime désormais l’obligation d’organiser des groupes de besoin en français et en mathématiques en sixième et cinquième. Deux ans après son annonce, le « Choc des savoirs » apparaît ainsi largement détricoté. « Cette décision confirme qu’aucune réforme ne peut durablement s’imposer sans les personnels, experts de leur métier, ni contre l’intérêt des élèves » déclare Jérôme Fournier.
Une volonté politique de « tourner la page », mais…
Cette évolution traduit la volonté du ministre de tourner la page des groupes de niveau et de mettre en avant une nouvelle orientation politique centrée sur les « 800 collèges ». Celle-ci suscite néanmoins de fortes inquiétudes, insiste le Snes-FSU, et ouvre un nouveau combat syndical. Quand une réforme en chasse une autre !
Djéhanne Gani
Extrait de cafepedagogique.net du 15.01.26
Les « groupes de niveaux » : une fausse bonne idée à l’épreuve des faits
« Que retenir de ce qui s’apparente bel et bien à un fiasco ? Tout d’abord qu’une réforme imposée aux personnels, sans concertation ni consultation, est irrémédiablement vouée à l’échec » écrit dans cette tribune Yannick Trigance, secrétaire national du Parti socialiste. « Gérer l’hétérogénéité par des logiques de séparation selon les niveaux ne fonctionne pas mais à l’inverse creuse les inégalités, stigmatise les élèves en difficultés qui alors perdent toute motivation et estime de soi ».
Quand Gabriel Attal a lancé son « choc des savoirs » le 5 octobre 2023 lors de son discours de la Bibliothèque nationale de France, l’un des pivots de ce dispositif reposait sur la mise en place et la généralisation de « groupes de niveaux » – renommés ultérieurement « groupes de besoins » par la ministre Nicole Belloubet organisés en petite fraction des heures de français et de mathématiques, groupes présentés comme le remède miracle pour « élever le niveau ».
A l’instar du dédoublement des CP de Jean-Michel Blanquer, la dialectique de Gabriel Attal déversée sur l’opinion publique pour justifier ces groupes de niveaux mis en place en mathématiques et en français à la rentrée 2024 pour les élèves de 6e et les 5e semblait alors irréfutable : petits groupes, enseignement ciblé, progression plus rapide pour les élèves en difficulté.
Sur le terrain, la réalité fut tout autre, tant du point de vue de son organisation que de son utilité pédagogique.
Dès les premières mises en place, la mesure a en effet généré une cascade de problèmes pratiques (manque d’enseignants, emplois du temps impossibles, organisation hâtive). Et au-delà de la question strictement organisationnelle et matérielle, l’idéologie ministérielle a buté – n’en déplaise au ministre Attal – sur une réalité implacable : celle des synthèses de la recherche internationale et des analyses françaises qui toutes convergent pour dire que si les classes de niveau peuvent être légèrement positives pour les « meilleurs » élèves, le système y perd car c’est sans commune mesure avec les effets délétères qu’elles ont sur les plus faibles.
Pire encore : gérer l’hétérogénéité par des logiques de séparation selon les niveaux ne fonctionne pas mais à l’inverse creuse les inégalités, stigmatise les élèves en difficultés qui alors perdent toute motivation et estime de soi.
En déclarant « Quand vous avez des élèves qui ont un niveau tellement différent dans une classe, vous finissez par tirer tout le monde vers le bas » , le ministre Attal non seulement s’inscrivait en totale contradiction avec les enquêtes et recherches menées sur le sujet mais de surcroît assumait politiquement un modèle de collège fondé sur une élite sans permettre à ceux qui sont en difficultés de s’en sortir.
Rappelons également un élément concret rarement mis en avant dans la communication ministérielle : la promesse d’effets rapides s’est appuyée sur des moyens importants – création ou redéploiement de postes évalué à 19 000 ETP, suppression d’une heure de cours de technologie en 6e à la rentrée 2024 – pour rendre possible le fractionnement des classes.
Loin d’être négligeables, ces coûts auraient pu être investis dans des politiques alternatives (formation continue massive, baisse durable des effectifs en classe entière), mais pour Gabriel Attal prévalait d’abord et avant tout une idéologie d’une école du passé, d’une République méritocratique qui considère que dès 13-14 ans le sort des individus dans la hiérarchie sociale est scellé…
Résultat : une enquête publiée par le SNES-FSU au mois de novembre dernier indiquait qu’environ 20% des collèges n’organisaient pas leurs cours de mathématiques et de français en groupes à la rentrée de septembre, contre moins de 10% à la rentrée 2024.
Face à ces contradictions – terrain, enquêtes et recherches, coûts mais aussi rapport de l’Inspection générale d’avril 2025 livrant une évaluation intermédiaire particulièrement sévère de la première année d’application de ces groupes de niveaux – la reculade politique a commencé à poindre : c’est ainsi que le nouveau ministre Édouard Geffray a annoncé juste avant les congés scolaires de fin d’année que les « groupes de besoins-groupes de niveaux » pourraient devenir facultatifs dès la rentrée 2026, marquant un retrait implicite du caractère prescriptif et national de ce dispositif … qu’il avait lui-même contribué à élaborer et à mettre en œuvre en tant que Directeur général de l’enseignement scolaire.
Que retenir de ce qui s’apparente bel et bien à un fiasco ?
Tout d’abord qu’une réforme imposée aux personnels, sans concertation ni consultation, est irrémédiablement vouée à l’échec. Malheureusement, force est de constater que le dialogue social, la reconnaissance, le respect et l’écoute des enseignants ont totalement disparu depuis 2017, donnant aux personnels le seul rôle d’exécutants. L’adaptation de notre École aux évolutions de la société ne peut s’opérer que dans une stratégie de co-construction éducative et non sur des oukases ministériels.
En second lieu, les opérations de communication ministérielles coûteuses et qui laissent sur le bord du chemin les élèves les plus fragiles doivent cesser : totalement déconnectées de la vie quotidienne des établissements, elles contribuent au discrédit de notre école publique et alimentent pour une grande part la fuite vers l’enseignement privé.
Enfin, si l’on veut vraiment améliorer durablement la démocratisation de la réussite scolaire, il convient alors de s’attaquer aux leviers qui permettent de garantir une école publique de qualité pour tous et partout sur le territoire : formation initiale et continue des enseignants, réduction pérenne des effectifs, mixité sociale, plan pluri-annuel de recrutements…
La République éducative mérite mieux que des effets d’annonce qui déstabilisent, déstructurent notre École et l’entrainent dans une dérive ultra-libérale porteuse de tri social et de séparatisme.
Yannick Trigance
Extrait de cafepedagogique.net du 16.01.26
Collège : les projets de textes qui donnent la liberté aux établissements d’organiser des "groupes de besoins"
ToutEduc a pu se procurer le projet de décret qui donne aux collèges la faculté d’organiser comme ils le souhaitent "un accompagnement pédagogique renforcé en français et en mathématiques pour les classes de sixième et de cinquième". Selon la note de présentation, "cet accompagnement peut donner lieu à des organisations pédagogiques diversifiées, notamment, pour tout ou partie de l’horaire, à des groupes constitués en fonction des besoins des élèves".
L’article 1er supprime "la deuxième phrase du deuxième alinéa du I de l’article D. 332-4 du code de l’éducation" qui prévoyait la possibilité pour le ministre "de prévoir par arrêté qu’en classes de sixième et de cinquième, les enseignements obligatoires sont dispensés en classe ou en groupes d’élèves constitués selon des règles qu’il détermine". Il ajoute à l’article D. 332-5 (ici) un alinéa : "En classes de sixième et de cinquième, en vue notamment de prévenir la difficulté scolaire, un accompagnement pédagogique renforcé est mis en œuvre pour les enseignements de français et de mathématiques, adapté aux besoins des élèves. Il peut donner lieu à des organisations pédagogiques diversifiées, notamment, pour tout ou partie de l’horaire, à des groupes constitués en fonction des besoins des élèves identifiés par les professeurs." Le projet de décret supprimé le terme "adapté" dans la phrase "La mise en œuvre des modalités de différenciation et de l’accompagnement pédagogique adapté relève de l’autonomie des établissements."
Un projet d’arrêté prévoit que l’accompagnement pédagogique "peut donner lieu en classes de sixième et de cinquième, pour les enseignements de français et de mathématiques, à des organisations pédagogiques diversifiées, notamment, pour tout ou partie de l’horaire, à des groupes constitués en fonction des besoins des élèves identifiés par les professeurs". Il prévoit également qu’ "une heure supplémentaire de soutien ou d’approfondissement en français ou en mathématiques peut être proposée aux élèves de sixième dont les besoins ont été identifiés".