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Continuité éducative : d’importants décrochages scolaires dans des familles en difficulté. Témoignages en éducation prioritaire en Seine-Saint-Denis (presse)

30 mars Version imprimable de cet article Version imprimable

Ecole à distance, semaine 2 : « On prend le risque de laisser des gamins au bord du chemin »
Dans les territoires difficiles, le maintien de la continuité pédagogique « coûte que coûte » fait craindre à la communauté éducative la prise de risques sanitaires et l’exacerbation des inégalités sociales et scolaires. Témoignages.

l y a les familles pour lesquelles la « continuité pédagogique », après deux semaines d’école à distance, est déjà sur des rails : on s’y lève « comme pour un jour d’école », on découvre « ensemble » le mail de la maîtresse, on établit un « plan de travail » quotidien… Et puis il y a toutes celles dont les enseignants disent ne pas trop savoir ce qui s’y passe et comment on s’y organise scolairement. Parce que le lien « avec le système » était déjà difficile à maintenir avant le confinement ; parce que l’équipement informatique et les possibilités d’accompagnement manquent ; parce que la barrière de la langue et la précarité jouent.

« Chez nous, on n’a pas d’ordinateurs, pas de mails… En quinze jours, je suis allée chercher les devoirs deux fois à l’école », raconte une mère de cinq enfants qui a requis l’anonymat. Dans cette famille serbe − la maman est au foyer, le père au chômage −, installée en Rhône-Alpes, on met sur le même plan les obstacles matériels et linguistiques. « Je ne parle pas très bien le français, parfois je ne comprends pas les exercices, alors j’appelle la maîtresse, explique la mère. On fait comme on peut, mais c’est très difficile. »

Les parents de Léandro, 8 ans, scolarisé dans la banlieue grenobloise, peuvent, eux, s’appuyer sur leur aînée, Claudia, 18 ans. Nés au Portugal, « ils n’ont pas fait d’études et ne sont pas à l’aise avec Internet, confie leur fille. Moi, j’ai eu mon bac ; les choses que j’ai déjà faites, je peux les montrer à mon petit frère. Pour l’instant, le plus dur c’est de le motiver »…

A quatre sur un smartphone
Chez les Kerras, à Vaulx-en-Velin (Rhône), on essaie de se « débrouiller avec les moyens du bord », explique la maman, Ibtissem, 33 ans. Des moyens qui se résument à un smartphone − le sien − sur lequel travaillent « par roulement » ses quatre enfants déjà scolarisés de 5, 9, 10 et 12 ans. Un casse-tête à gérer, dit-elle, avec un bébé de 11 mois dans les bras.

« On était sur le point d’acheter un ordinateur quand le confinement a démarré. On n’a pas eu le temps… » Pas d’imprimante à la maison (« on en a une au salon de coiffure de mon mari, mais il a fermé »). Alors il faut « s’abîmer les yeux » sur l’écran du téléphone, raconte-t-elle. Accepter de ne « pas tout faire », même si « ça stresse tout le monde ». Et se résoudre à sortir : Ibtissem l’a encore fait, ce vendredi, pour aller récupérer un sac de photocopies mis à sa disposition, devant le portail de l’école, pour son fils de 9 ans en CE2.

[...] A Bobigny, dans le collège relevant de l’éducation prioritaire dont il est le référent, Alain Pothet a comptabilisé, au dixième jour du confinement, un tiers des élèves de 3e qui ne s’étaient pas encore connectés. Toutes classes confondues, ils étaient entre "170 et 200 aux abonnés absents", estime l’inspecteur pédagogique.

Extrait de lemonde.fr du 28.03.20

 

Paris (AFP) - Dix jours après la fermeture des écoles pour freiner l’épidémie de coronavirus, des enseignants, de la maternelle au lycée, s’inquiètent pour les élèves en difficulté scolaire, dont ils ont parfois "zéro nouvelle" depuis la mise en place de l’enseignement à distance.

"Au total, je suis 120 élèves sur cinq classes, et à ce stade, il y a environ 40 d’entre eux pour lesquels j’ai zéro nouvelle", regrette Coline, professeure d’histoire-géographie en Seine-Saint-Denis.

Selon cette enseignante dans un collège en REP+, "cela ne signifie pas forcément qu’ils ont complètement décroché car ils n’ont peut-être juste pas de matériel informatique", ajoute-elle, donnant en exemple des devoirs qu’elle a reçus "via le téléphone d’un cousin de l’élève".

Mais elle insiste : "Seuls les meilleurs élèves - en tout cas ceux qui sont bons à l’écrit - vont comprendre les consignes, les attendus du prof. Donc on va avoir un fossé entre ceux qui peuvent travailler toute la journée uniquement avec de l’écrit, et ceux qui ne peuvent rien faire", s’inquiète Coline.

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Extrait de nouvelobservateur.com du 25.03.20

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