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Construire des projets innovants interdisciplinaires en intégrant la réforme du collège : entretien avec la principale du collège REP Les Padule d’Ajaccio

30 janvier 2017 Version imprimable de cet article Version imprimable

Construire des projets innovants en intégrant la réforme du collège

Valérie Lombardo est la principale du collège Padule d’Ajaccio depuis 2 ans. Un établissement classé réseau d’éducation prioritaire (REP) qui accueille 590 élèves et 45 professeurs. À l’heure de la réforme du collège, Mme Lombardo nous livre son expérience sur la mise en place des enseignements pratiques interdisciplinaires, l’entrée de la sixième dans le cycle 3 et comment elle maintient une dynamique de projet dans son établissement.

Comment avez-vous abordé l’entrée de la 6e dans le cycle 3 ?

L’équipe pédagogique et moi souhaitions réellement renforcer le lien entre les écoles primaires et notre collège dans la création des projets. Jusqu’à maintenant dans notre conseil école-collège, bien souvent, les projets émanent du collège. Nous aimerions qu’ils viennent de l’école et trouvent un écho au collège. Une organisation que nous souhaiterions mettre en place cette année est le partage de moyens. Nous voudrions réellement accueillir les CM2 avec leur professeur des écoles pendant des cours. L’informatique semble être un bon point de départ pour faire un mélange de niveaux car je crois que cette compétence n’a pas forcément d’âge. Nous avons la chance d’avoir toutes les écoles, proches physiquement et accessibles à pied, c’est le matériel informatique qui nous a bloqués dans la réalisation de ce projet mais nous allons trouver une solution !

Nous avons d’autres pistes de collaboration, comme les Enseignements Intégrés des Sciences et Technologie (EIST) : depuis quelques années, dans notre collège, les élèves en 6e ne font pas de Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) ni de technologie de manière cloisonnée avec un enseignant différent. C’est un seul enseignant qui s’occupe des sciences. Il y a au maximum 20 élèves par classe. Nous souhaiterions que dans cet enseignement EIST qui est de 4h50 par semaine, il y ait au moins 1h où les CM2 intègrent le cours sur la partie compétence numérique. Nous y arriverons !

Comment choisissez-vous les projets ? Comment avez-vous mis en place les enseignements pratiques interdisciplinaires dans votre établissement ?

Le collège Padule est très dynamique. Les idées foisonnent, il faut savoir les contrôler, les piloter et mettre du temps et des espaces entre les projets pour ménager le personnel.

Pour choisir les projets, nous nous réunissons souvent avec l’équipe pédagogique. J’ai un très grand bureau avec une table ronde et même si nous ne disposons que de 45 min- 1h, nous nous posons et échangeons. Nous faisons beaucoup de points d’étape. Il nous arrive de dire bien souvent, non ce projet n’est pas pour cette année, on verra l’année prochaine. On fait d’abord celui-ci pour ce niveau et nous visons tel objectif.

Pour la mise en place des enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI), nous avons choisi les thématiques ensemble avec l’équipe pédagogique puis au conseil pédagogique. Le choix a été fait en fonction des attentes des élèves par niveau. A l’intérieur des thématiques, les enseignants ont pris petit à petit leur place par binôme ou trinôme. Et c’est ainsi que se construisent les projets à travers les EPI. Chaque fois, la volonté est d’amener l’enfant en apprentissage à une fabrication qu’elle soit numérique ou physique. Une réalisation qui est propre au petit groupe avec lequel il aura travaillé.

Nous avons expliqué la démarche aux élèves (et aux parents), cela été assez compliqué ! Ils ont maintenant très bien compris qu’à travers les EPI, nous allions continuer à les évaluer par compétences et à évaluer justement leur entrée dans la production, la manière dont ils vont produire, ce qui a été réalisé, ce qui n’a pas été réalisé et pourquoi.

Par exemple, le collège compte une classe de troisième préprofessionnelle. Pour cette classe-là, il y a un projet EPI et un projet fil-rouge qui sont déjà construits, l’équipe pédagogique est déjà formée.

Le projet fil rouge est décontextualisé par rapport au projet EPI. Nous sommes sur une démarche de créer une mini-entreprise et de créer un lien entre l’entreprise et l’extérieur. Le concept est établi, les séquences sont faites, la manière dont les disciplines vont entrer dans les compétences, les attentes des enseignants : tout est déjà construit. Ce qu’il nous manque, c’est quel sera l’objet de leur entreprise et ce sont les élèves qui nous le diront.

Nous arrivons à mettre en place les quatre parcours interdépendants : le parcours avenir, le parcours culturel et artistique car selon le produit, ils devront faire des rencontres, le parcours citoyen car ils deviennent maîtres de leur vie, le parcours santé car toutes les classes de 3e ont une formation au premier secours.

A mon niveau, pour apporter plus de clarté aux les enseignants, aux parents et aux élèves, je revois les fiches que les enseignants me déposent quand ils veulent faire une action ou une sortie. Quand l’enseignant remplit le formulaire de sortie classique, je fais ajouter dans quel cadre et dans quel parcours la sortie et le projet s’inscrivent.

Nous n’avons pas de frein à l’innovation, nous devons juste être patients et produire des retours d’expérience, des bilans.

Comment mobilisez-vous vos équipes ? Comment les encouragez-vous à intégrer votre dynamique pédagogique ?

La politique pédagogique tournée vers l’innovation est ancrée dans la culture du collège Padule. Quand je suis arrivée à la direction de ce collège en septembre 2014, ma volonté a été d’insuffler cet état d’esprit d’innovation à l’extérieur de l’établissement avec deux objectifs : le partage de l’expérience et l’enrichissement liés au renouvellement des projets. Une des pistes d’ouverture de l’établissement s’est illustrée au travers d’eTwinning.

Les projets pédagogiques innovants font régulièrement l’objet de réunions de concertation des équipes pédagogiques. Les collègues qui n’ont pas la ou les classes concernées sont invités à participer. Nous avons systématiquement des bilans finaux en plus des points d’étape.
Quand les projets naissent, je les présente très officiellement au conseil d’administration, cela permet d’informer les parents élus et les autorités. En fin d’année nous faisons un bilan de ce qui a été réalisé ou non. Le bilan est aussi bien quantitatif que pédagogique. Nous publions les projets et leurs avancées sur le site internet du collège.

L’établissement a la chance d’avoir le soutien et un investissement important de l’Académie. L’inspecteur académique, le DASEN, et les recteurs sont à l’écoute de nos propositions, qu’elles relèvent de l’innovation (classe sans note) ou de projets pédagogiques (création d’une ruche). Nous n’avons pas de frein à l’innovation, nous devons juste être patients et produire des retours d’expérience, des bilans.

Votre établissement développe de nombreux projets originaux dont certains avec l’aide d’eTwinning. Pourriez-vous nous en présenter quelques-uns et expliquer ce qu’ils apportent aux enseignants et aux élèves ?

Des projets existants ont vu une prolongation et une ouverture à travers eTwinning.

Par exemple dans le cadre de la « Classe sans note », une enseignante d’anglais a mis en place des échanges avec une enseignante en Allemagne grâce à eTwinning. Les élèves ont été évalués sur les échanges avec leurs camarades allemands en anglais, ils ont présenté leur environnement proche, leur ville, se sont décrits, ont inventé un quizz, etc.
L’avantage pour l’enseignante est une évaluation par compétence basée sur les échanges entre les élèves, il y a une plus forte motivation des élèves, elle peut échanger avec son homologue allemand sur l’évaluation. Pour les élèves, c’est une originalité des apprentissages, une curiosité qui amène à connaître l’autre et une capacité à se présenter dans une langue étrangère.

Il y a des projets d’ouverture culturelle. Depuis 2015, nous travaillons avec le collège [REP+] Henry-Wallon à Marseille sur l’ouverture culturelle de nos élèves à l’art à travers l’action « Méditerr’arts ». Elle se décline autour de la mise en place du parcours culturel et artistique. Les élèves de Corse font découvrir le musée Fesch à leurs camarades et à leur tour ils découvriront le musée d’Art Contemporain de Marseille. eTwinning a permis un tchat élèves pour qu’ils puissent échanger avant leur rencontre. En 2016, ce projet entre dans le cadre des EPI sous la thématique choisie « culture et créations artistiques » impliquant les disciplines italien, technologie et arts plastiques.

Le séminaire bilatéral Corse/Sardaigne organisé par eTwinning, Réseau Canopé et l’Académie de Corse a permis aux 40 enseignants réunis d’échanger sur la problématique du développement durable. Ce séminaire a impulsé la création d’une quinzaine de projets dont la plupart ont démarré en septembre 2016.

Le séminaire bilatéral Corse/Sardaigne

N’hésitez pas à découvrir les nombreux projets du collège Padule sur leur site Internet

Extrait de reseau-canope.fr : Construire des projets innovants en intégrant la réforme du collège

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