Entretien avec le principal du collège ECLAIR Jean Jaurès à Pantin (93), qui "embarque avec lui professeurs et élèves, associations et collectivités, parents et voisins..."

5 septembre 2013 Version imprimable de cet article Version imprimable

L’école ne peut pas réussir seule

À 38 ans, Pascal Fourestier est partant pour tout. Son collège foisonne de projets. Le principal du collège [ECLAIR] Jean-Jaurès de Pantin a l’enthousiasme communicatif. Il embarque avec lui professeurs et élèves, associations et collectivités, parents et voisins…

« Quand je suis arrivé en septembre 2010, je ne connaissais pas la Seine-Saint-Denis. Je n’avais jamais travaillé dans l’éducation prioritaire et cela faisait des années que je n’avais pas mis les pieds dans un collège. Jean-Jaurès n’avait pas une très bonne réputation, le quartier des Courtillières non plus. Et tout le monde voulait voir le nouveau principal. J’aime bien les rencontres, j’aime bien les gens. Je crois en cette idée force que l’école ne peut pas réussir seule. Il m’a semblé tout de suite fondamental de travailler dans une perspective territoriale. On ne peut pas réussir si on se coupe du territoire. J’ai beaucoup à apprendre des autres, de ceux qui ont l’expérience des quartiers, de ceux qui y interviennent, de ceux qui y enseignent. C’est comme cela que j’ai rencontré des gens qui m’ont parlé de leurs projets. Des associations, les services de la Ville de Pantin et ceux du Conseil général voulaient travailler avec nous. Les équipes ont adhéré à cette démarche, les professeurs ont vu qu’elle marchait notamment auprès des élèves. Nos collégiens peuvent être difficiles mais aussi capables de nous montrer de belles qualités dans les temps de projets. Nous avons ainsi construit une espèce de dynamique. Le succès entraine le succès.

Là où je suis vraiment heureux c’est que la totalité des enseignants est impliquée dans un projet. Les professeurs de mon collège sont motivés, dynamiques, bienveillants, volontaires, cordiaux et se pensent aujourd’hui en communauté éducative avec tous les personnels de l’établissement. Nous sommes un véritable équipage de navire.

Une part importante des projets menés ici est un peu « clé en main » ; proposés par exemple par le Conseil général dans le cadre des CAC (Culture et Art au Collège), Osez l’Ourcq, Odyssée Jeunes. Je dis « clé en main » car ce sont des parcours livrés en intégralité avec les documents pédagogiques. D’autres projets sont construits lors de temps d’échanges avec les partenaires et les équipes.

Mettre en place un projet est extrêmement chronophage. Il y a beaucoup d’appréhension à se lancer parfois dans des démarches qu’on n’a pas l’habitude de faire. Un enseignant n’est pas formé à aller chercher des partenaires et à monter un dossier de subvention. C’est au chef d’établissement de l’accompagner dans la construction du projet. Quand les enseignants l’ont fait une fois, ils sont de plus en plus autonomes. C’est comme pour les élèves, il faut leur dire que c’est possible. Ils ont des fiches-action à remplir et un bilan à me rendre. La formalisation est importante.

Ce que j’aime dans mon collège ?
Nécessairement mes élèves. On ne peut pas travailler dans l’éducation si on n’est pas bienveillant envers les élèves et attaché à les faire progresser. Ce qui ne signifie pas qu’on leur passe tout, que tout est acceptable, qu’il n’y a pas de moments de ras-le-bol. Nous avons des jeunes à accompagner dans leur formation et je crois qu’on le fait mieux si on apprécie de le faire.

Ce que je n’aime pas dans mon métier ?
Lutter contre la société elle-même. Elle invite de plus en plus aux loisirs, à la détente, et fait croire à la réussite facile et rapide via les médias. On est dans l’idée « j’ai droit à », « je n’ai pas à le mériter », « si je le veux pourquoi je ne l’aurais pas ». Cela vaut pour les biens de consommation et pour le reste. « Je n’ai pas travaillé, je n’ai pas les compétences, mes résultats sont extrêmement faibles mais je veux le passage en seconde. » Ce n’est pas possible de réussir avec cet état d’esprit.

Moi, je leur dis qu’ils ont le même cerveau qu’ailleurs. Nous avons des élèves qui sont intelligents. Nous en avons même qui sont brillants et qui sont capables d’aller le plus loin possible. On n’est plus dans l’autocensure aujourd’hui. Nos élèves s’autorisent à penser, à rêver…. les 3e ont fait des stages au Monde, chez Unilever, chez Alcatel-Lucent, chez BNP-Paribas, dans de nombreuses entreprises ou structures stimulantes. Encore un partenariat avec le Conseil général qui avait pensé à nous pour lancer une expérimentation avec l’association « Un stage et après » afin de permettre aux élèves de connaître le monde de l’entreprise, d’accéder aux grandes entreprises et de faire de beaux stages.

On a gagné une certaine idée de l’ambition. Le taux de passage en seconde générale dépasse les 61% depuis trois ans dans notre établissement et 29,5% en seconde pro. Pour le brevet à la rentrée 2011 on avait 84% de réussite. L’année dernière il était autour de 65% mais avec beaucoup plus de mentions : 2 mentions très bien, 12 mentions bien, 10 mentions assez bien.

Il ne m’importe pas qu’un élève de 4e passe en 3e ; ce qui m’intéresse, ce sont les citoyens, les adultes que nos élèves vont devenir. Vont-ils être à l’aise dans leur vie, est-ce qu’à 25 ans ils seront là où ils avaient envie d’être ? Et cela suppose qu’ils se soient vraiment donné les moyens et que nous devons les accompagner au mieux dans leur formation.

Moi je dis aux parents qu’ils sont toujours les bienvenus…
On voudrait tous faire des parents des partenaires. Pourquoi est-ce si difficile de les toucher ?
La communication écrite ne marche pas, seul le contact direct fonctionne. Quand on les appelle peu de temps avant une action pour leur dire que c’est important qu’ils soient là, ils viennent. Les réunions liées à l’orientation ou à l’organisation des voyages scolaires rencontrent plus de succès. Les parents ont un intérêt immédiat à avoir la bonne information.

Quand les enfants sont récompensés, lors de la cérémonie de remise du brevet ou lors des élèves méritants, la quasi totalité des parents accompagnent leurs enfants.

Quand les parents ne viennent pas à une réunion ce n’est pas par désintérêt pour l’enfant ou pour l’école. Nombreux sont les parents qui confient l’enfant à l’école et qui estiment que l’école est alors souveraine. Certains me disent : « ici, c’est ton fils, tu fais ce que tu veux… Moi je dis aux parents qu’ils sont toujours les bienvenus. Pour poser une question, demander une explication, nous n’avons pas à les refuser. Le parent est légitime dans sa demande. Même s’il n’a pas pris rendez-vous. Pour les conseillères principales d’éducation, pour le principal adjoint et pour moi-même, nos bureaux sont toujours porte ouverte – sauf lorsque nous sommes déjà en entretien.

Comment les délégués de classe sont-ils insérés dans la communauté éducative ?
Ces élèves un peu particuliers sont-ils pour vous des interlocuteurs privilégiés ?

C ‘est un peu compliqué. En collège, on essaie de faire vivre les instances. Les délégués de classe nous aident sur des questions relatives au règlement intérieur. En 2010-2011, nous avons mis en place des groupes de travail impliquant des élèves sur le projet d’établissement et le règlement intérieur. Lors des réunions avec les CPE, ils sont force de proposition. Nous avons encore du mal. La difficulté ne vient pas que des élèves. Mettons-nous en place les conditions pour qu’ils aient véritablement un rôle ? C’est beaucoup plus compliqué. Les élèves ont une formation à la santé et à la citoyenneté tout au long de l’année lorsqu’ils sont délégués de classe. Nous avons trop peu de temps pour écouter ce que les élèves ont à dire et pour débattre avec eux. La fête du collège cette année est une proposition des élèves, à la suite de la cérémonie des élèves méritants. Tous les collégiens en rêvaient et là j’ai dit oui à une grosse boum avec DJ’s. Il y a moyen de les impliquer plus, à leur confier des responsabilités et à développer leur autonomie ; il nous faut y travailler.

Vos ateliers culturels, scientifiques, sont-ils ouverts aux élèves en décrochage scolaire ?
Pour prévenir le décrochage scolaire, nous avons construit un GAIN (Groupe d’Aide à l’INsertion) au collège dans lequel sont impliqués 7 professeurs, l’assistante sociale, l’infirmière scolaire, les CPE, la conseillère d’orientation psychologue, l’adulte-relais médiatrice. A partir d’une analyse des besoins des élèves, les membres du GAIN proposent des parcours personnalisés à des élèves en risque de décrochage ou déjà en décrochage scolaire. Les ateliers qui ont été mis en place proposent aux élèves de prendre part à une activité stimulante qui change de la structure cours classique, qui leur permet de montrer ce qu’on ne sollicite pas forcément en classe dans l’habitude du cours.

En l’invitant à rentrer dans l’atelier artistique, le club théâtre, le club journal, le projet équitation, l’élève va pouvoir se montrer autrement. Dans ces clubs ils ne sont plus dans la représentation dans laquelle ils s’enferment, dans laquelle les autres – leurs copains de classe – les enferment quand ils sont en classe. Cela leur permet d’exister positivement quand quelquefois ils n’y arrivent plus. Certains peuvent avoir de très mauvaises notes mais être très créatifs, capables de responsabilité, d’initiative. Le GAIN permet de développer l’autonomie chez les élèves. Il permet également de construire avec les élèves une projection d’orientation et de remédier à des difficultés scolaires ; il reconstruit des repères.

Racontez-moi votre projet « Voyage à vélo ». Un projet un peu fou…
Le projet « Voyager à vélo » est fondé sur le volontariat. Il a été proposé à tous les élèves de 4e. Ils se sont entrainés tous les mercredis de midi à 13 heures. Ils ont fait un week-end d’entrainement. C’est un gros investissement en sollicitant les partenaires, les lieux de villégiature, les structures pour les activités. Il fallait répondre à des conditions liées à l’assiduité aux séances de préparation, mais aussi au respect de consignes. C’est un projet d’importance par la qualité de sa préparation, par la diversité que les élèves vont approcher. Ce projet associe cinq professeurs : deux d’EPS, SVT, techno, histoire, de manière à faire découvrir les enjeux sportifs, sociaux, relationnels mais aussi à aborder le développement durable, les écosystèmes différents, l’histoire avec des sites remarquables. Ce projet est singulier par la qualité des partenariats. Outre le soutien important du Conseil général et de la ville de Pantin, de la préfecture, nous avons bénéficié d’un soutien très important de JC Decaux, du Crédit mutuel enseignant, du comité sportif de Pantin, et j’en oublie certainement. Les élèves prennent le train jusqu’à Cherbourg et ils rejoignent le Mont-Saint-Michel en vélo.

Vous menez des partenariats avec les écoles élémentaires de votre quartier…
Des moyens supplémentaires en termes de dotation horaire et de postes supplémentaires nous sont accordés en tant que Collège Éclair ; ils sont conséquents. Nous sommes en réseau avec six écoles de notre secteur (trois maternelles, trois élémentaires), avec lesquelles nous avons défini un contrat d’objectifs communs qui nous permet de travailler ensemble, avec des objectifs communs comme la maîtrise de la langue française, la culture, l’implication des parents. Cela nous oblige à une cohérence, à un suivi. Un professeur de physique-chimie du collège a mis en place par exemple dans les écoles des ateliers scientifiques. Un professeur d’histoire-géographie a mis en place un groupe parcours muséographique en histoire des arts qui se continue au collège. L’idée est de créer des pratiques pédagogiques communes, un langage commun et des passerelles.
Notre atout c’est d’avoir dans ce réseau une excellente qualité relationnelle. Les gens se connaissent, s’apprécient, travaillent ensemble. Et de plus en plus, ils émettent le désir de travailler ensemble.

Propos recueillis par Isabelle Lopez

Extrait du site de la Seine-Saint-Denis du 02.09.2013 : L’école ne peut pas réussir seule

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