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30.08.07 - Le « Club du XXIème siècle », qui regroupe des élites issues de l’immigration, aide des lycéens de ZEP

30 août 2007 Version imprimable de cet article Version imprimable

Extrait du « Nouvel Observateur » du 30.08.07 : Le très sélect club des minorités

Rama yade en fait partie, rachida dati en a été
Enfants d’immigrés, Français d’outre-mer, ils percent dans le monde des affaires ou celui de la politique et se serrent les coudes au sein du Club du XXIe Siècle. Pour changer les représentations sur les descendants d’immigrés et faire la courte échelle aux plus jeunes

Entre eux, ils disent « le 21 ». Pour aller plus vite. Ce sont des hommes et des femmes très occupés. De grands bosseurs. Tous. Des ambitieux. Ils occupent des postes importants. Ou bien ils ont entamé des ascensions prometteuses. Ils sont quelque 280 ; ministres, banquiers, entrepreneurs, hauts fonctionnaires, médecins, cadres, regroupés au sein du Club du XXIe Siècle. Descendants d’immigrés, d’origine étrangère, Français d’outre-mer, Blacks, Blancs, Beurs, Asiatiques, ils ont réussi et ils en sont fiers. Le sourire d’une de ses membres, la secrétaire d’Etat Rama Yade, a contribué à la renommée du club. La garde des Sceaux Rachida Dati en a été, mais a dû en partir, le gotha des minorités ne souhaitant pas devenir une officine sarkozyste.

Objectif affiché du club : s’imposer. Brandir sans complexes les réussites des personnes issues des minorités pour modifier le regard que l’on porte sur elles. Ouvrir la voie aux plus jeunes. « Qu’on ne nous associe pas qu’à des jobs de serveur, de vigile ou de réparateur d’ascenseurs », disent-ils. Ambitieux donc, mais pour la bonne cause. Acharnement au travail, humiliations, désirs de revanche.

Au club, on a souvent eu des parcours comparables. Ca rapproche. Droite ou gauche, on fait front commun. Entre les deux, le dosage est savant. Jeannette Bougrab, prof de droit à la Sorbonne, Salem Kacet, cardiologue, tous deux ex-candidats UMP, y côtoient Fayçal Douhane, du conseil national du PS, ou Bariza Khiari, sénatrice socialiste de Paris. Celle-ci, quand elle parle de Rachida Dati, dit : « C’est une copine. » Elle, la fabiusienne, a été enchantée de la nomination de la garde des Sceaux.

Depuis l’avènement de ministres issues de la diversité, le club est très couru. « On reçoit dix candidatures par jour », dit Chenva Tieu. C’est un chef d’entreprise de 42 ans, fils d’un armateur chinois du Cambodge rescapé en 1975 de chez les Khmers rouges. Il a fait partie du petit groupe des fondateurs en 2004. Avec Hakim El Karoui, le président, 35 ans, banquier d’affaires. Cet élégant normalien, qui a depuis voté Ségolène, rédigeait alors les discours de Raffarin à Matignon. Le petit groupe se retrouvait au sous-sol d’un restaurant libanais du quartier Latin. L’influent Claude Bébéar cherchait alors à promouvoir le concept de « diversité » dans les entreprises. Et le Premier ministre Raffarin voulait mettre en avant des intégrations réussies. De dîner en dîner, le club, encouragé par le Premier ministre, a pris corps. Mais pour qu’un réseau soit chic, il faut qu’il soit sélect. Ne rentre pas qui veut. Il faut être parrainé par un membre adoubé par deux autres, et avoir fait ses preuves ! « On n’y vient pas chercher un ascenseur social », prévient Hakim El Karoui. Si on y accède, c’est qu’on a déjà percé.

A côté des politiques et des businessmen, on y rencontre donc des cadres supérieurs - Morald Chibout, 45 ans directeur de marketing à EDF -, des hauts fonctionnaires - David Delavoët, sous-préfet de Vendée - ou des jeunes cadres comme Djamila Chekhar, 30 ans, consultante chez Vae Solis, un cabinet de stratégie d’information. On y croise aussi quelques « Français de souche » qui évitent au club l’accusation de communautarisme : Ingrid Bianchi-Lieutaud, consultante RH (Diversity Source Manager) ; Sylvain Brouard, chercheur en sciences politiques, spécialiste de l’immigration. Le club consacre deux sortes de réussite : celle d’enfants bien nés, comme El Karoui, fils d’une brillante universitaire, ou Rama Yade, fille d’un diplomate sénégalais.

Et les success stories à la Rachida Dati, avec un début de type Zola version années 1960 ou 1970. Les histoires se suivent et se ressemblent. La douce et timide Jeannette Bougrab est la fille d’un harki et d’une femme de ménage. Djamila Chekhar avait un père conducteur de car en Normandie. Celui de Morald Chibout travaillait comme ouvrier dans une fonderie à Châteauroux, où il a grandi avec ses 11 frères et soeurs. Celui de Bariza Khiari était commerçant. Tous sont fiers de leurs parents et débordent de gratitude à l’égard de la République, ses écoles, ses bourses. Qui ont permis par exemple à Djamila Chekhar d’entrer en prépa littéraire dans le temple de l’élite républicaine, le lycée Henri-IV, à Paris. Certains partagent des souvenirs : les papiers qu’on remplit pour les parents qui ne savent pas lire. Les profs qui veulent vous brancher sur les filières courtes. Ou qui au contraire vous repèrent et vous poussent. Comme l’enseignante qui, devant le désarroi en français du petit Chenva Tieu, lui donna le truc - « apprendre tout par coeur » - pour enfin maîtriser cette langue nouvelle. Aujourd’hui, il dirige deux entreprises installées dans un hôtel particulier rococo de l’avenue Mac-Mahon : Eurotrésorerie Consultants et Online Productions, qui produit des documentaires pour Arte. Emu, il se souvient : « Elle s’appelait Mme Grenelle. »

Pour faire évoluer les mentalités, des dirigeants de la politique, du business, des médias sont dûment convoqués à des dîners très privés. « L’invité n’est pas là pour passer un mauvais moment, mais nous n’avons pas vocation à rester politiquement correct ! », résume Chenva Tieu. Edwy Plenel, alors directeur du « Monde », s’était fait tancer sur l’absence de signatures de la diversité dans le quotidien. Gérard Mestrallet, le patron de Suez, a été convaincu d’élaborer un petit tableau de bord sur la diversité dans son entreprise, transposable dans d’autres groupes.

Le club ne se veut pas qu’un rassemblement d’ambitieux. Il pense aux suivants. « Nous voulons donner un réseau à ceux qui n’en ont pas », résume Hakim El Karoui. Morald Chibout retourne régulièrement dans sa cité pour conseiller les plus jeunes. Des membres coachent les 100 finalistes de l’opération Talents des Cités, organisée par le ministère de l’Emploi. D’autres recueillent des CV dans l’opération Nos quartiers ont du talent avec le Medef. Un accord a également été signé avec PlaNetFinance pour faire venir du capital- risque dans les quartiers. « Nous allons apprendre à des jeunes entrepreneurs à lever des fonds », dit Laurent Tran Van Lieu, un HEC qui a roulé sa bosse, aujourd’hui entrepreneur du web. Enfin, c’est encore « le 21 » qui a monté les Ateliers de l’excellence, dans les locaux de Sciences-Po, où des professionnels de tout secteur donnent des tuyaux à des lycéens de ZEP sur les filières de l’élite : prépas, grandes écoles. « En terminale, j’avais trouvé révoltant, raconte Chenva Tieu, que personne ne m’ait jamais parlé des prépas et des grandes écoles. »

« On est un club politique, mais pas partisan », dit Djamila Chekhar. Sur les questions brûlantes, comme les statistiques ethniques ou la discrimination positive, les positions divergent sérieusement. « Mais on est tous d’accord pour trouver l’Assemblée nationale bien pâlotte. » Chez les uns comme chez les autres, c’est la même exaspération contre ces partis si réticents à « renouveler leurs élites », comme dit Chenva Tieu. Chacun se dit très remonté contre son propre parti : la sénatrice socialiste Bariza Khiari contre le PS, qui n’a présenté des candidats de la diversité que là où ils allaient au casse-pipe (type Malek Boutih en Charente).

Chenva Tieu contre l’UMP, qui lui a refusé l’investiture pour être candidat aux législatives dans le 13e arrondissement, le Chinatown parisien. « C’aurait été un sacré symbole qu’un Chinois d’origine porte les couleurs de l’UMP. » Il avait cru à la promesse de Sarkozy d’organiser des « primaires » au sein de son parti pour désigner les candidats aux législatives. Pour cela, ce fonceur a battu le rappel dans Chinatown et recruté, dit-il, 580 militants dans la section UMP du 13e, qui n’en comptait que 258. Mais de primaires il n’y eut point. (Sauf, bien sûr, pour Sarkozy lui- même.) Et Chenva Tieu a été très déçu. Même quand on a réussi, on trouve donc toujours dans son ascension le fameux « plafond de verre ». Et la rage qui a soutenu ces représentants des nouvelles élites dans leur ascension est toujours intacte, ciment et moteur du très sélect Club du XXIe Siècle.

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Les marchepieds de la diversité pour les jeunes

- talentsdescites.com récompense des créateurs d’entreprise et porteurs de projet des quartiers prioritaires des politiques de la Ville.

- lesentretiens.org réunit des personnalités des minorités issues des filières d’excellence qui donnent le mode d’emploi à des lycées de ZEP.

- nosquartiers-talents.com met en relation de jeunes diplômés des quartiers avec des entreprises.

Jacqueline de Linares, « Le Nouvel Observateur »

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