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Un rapport de l’académie des sciences propose une refonte de l’Ecole inscrite dans le temps long et annonce un colloque en janvier 2027

30 septembre

Nouveau rapport | L’École à bout de souffle : l’Académie des sciences tire la sonnette d’alarme !

Face aux mutations profondes de la société et aux missions de plus en plus nombreuses qui lui sont confiées, l’École française est à bout de souffle. Dans un rapport publié ce lundi 28 septembre, l’Académie des sciences souligne l’urgence d’engager une transformation systémique du système éducatif, fondée sur trois principes fondamentaux : la promesse républicaine, la mission de service public et la robustesse nécessaire dans un monde en évolution rapide.

Fruit de trois années de travail, ce rapport, élaboré avec le soutien du Centre national d’étude des systèmes scolaires (Cnesco – Cnam), des Écoles normales supérieures de Lyon et Rennes, ainsi que l’ENS-PSL, propose un cap de transformation à horizon 2037.

—> Consulter le rapport
— > Consulter le livret grand public proposant cinq questions pour élaborer une vision commune de l’École, et des pistes de réflexion à partir d’expériences de terrain
— > Consulter, sur ce lien, le questionnaire à l’intention des candidats aux élections présidentielles et législatives de 2027, rédigé avec un collectif d’acteurs de l’éducation.

Pour construire ses propositions, l’Académie s’appuie sur les résultats de la recherche, ainsi que sur plus de 200 auditions d’acteurs issus de l’éducation, du médico-social, du monde associatif, des collectivités territoriales, des organisations syndicales, des administrations publiques, et d’autres secteurs concernés.

Cinq clés pour transformer l’École
Le rapport fait ressortir cinq clés de transformation :

– Prendre en compte la singularité de chaque élève, dans le respect de la diversité des cultures, des appétences, des besoins ;
– Diversifier les compétences pour répondre aux enjeux contemporains ;
– Encourager la coopération et favoriser l’émergence de collectifs ;
– Faire confiance et donner du pouvoir d’agir aux acteurs ;
– Relâcher les contraintes de temps.

Pour chacun de ces axes, le rapport propose des pistes concrètes de mise en œuvre, concernant les élèves, les enseignants et les établissements.

Une transformation qui dépasse le temps politique

La réflexion de l’Académie appelle à considérer la transformation de l’École comme un projet de société inscrit dans le temps long.

Pour le mener à bien, il convient de définir :

Un processus impliquant l’ensemble des acteurs afin de faire émerger une vision stratégique ;
Une organisation capable de porter et de piloter une transformation de 10 à 15 ans, dont l’horizon dépasse largement celui d’un mandat présidentiel ou d’une législature.
Il ne s’agit donc pas de proposer une réforme supplémentaire, mais de doter l’École d’une trajectoire, d’une méthode et d’une continuité.

«  Aujourd’hui, l’Académie des sciences appelle à sortir de la succession de réformes rapides et insuffisamment évaluées. La transformation proposée doit s’inscrire dans la durée, avec une stratégie pluriannuelle, des expérimentations, une évaluation régulière et la possibilité d’ajuster les politiques éducatives à partir des résultats observés »

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Françoise Combes
Présidente de l’Académie des sciences

Une contribution au débat public

L’Académie des sciences souhaite ainsi que l’avenir de l’École soit un enjeu majeur des élections présidentielle et législatives de 2027. Pour y contribuer, elle accompagne la publication de son rapport d’un colloque qui se tiendra en janvier 2027 visant à nourrir le débat sur l’avenir et la transformation de l’École, et de deux outils :

Un livret grand public proposant cinq questions pour élaborer une vision commune de l’École, et des pistes de réflexion à partir de 15 projets éducatifs initiés sur le terrain dans différents territoires français ;
Un questionnaire à l’intention des candidats aux élections présidentielles et législatives de 2027, rédigé avec un collectif d’acteurs de l’éducation.

Repères

• Qui : l’Académie des sciences, avec le soutien du Cnesco – Cnam, des ENS de Lyon et de Rennes et de l’ENS-PSL.
• Quoi : un rapport sur l’École, un livret grand public et un colloque.
• Quand : rapport et outils disponibles à partir du 28 septembre, un questionnaire adressé aux candidats de 2027 et un colloque.
• Pourquoi : inscrire l’École parmi les enjeux centraux du débat présidentiel de 2027 et engager une transformation pensée sur 10 à 15 ans.

« En réalité, la compétition ne réussit pas à grand monde. Et que permet-elle de construire comme société ? L’École républicaine doit à la fois accueillir chacun dans sa singularité, et promouvoir le fait de vivre et apprendre ensemble. C’est une tension intrinsèque, un défi majeur, et aujourd’hui on ne sait pas bien faire »

Laure Saint-Raymond
Membre de l’Académie des sciences, pilote du projet et professeure des universités à l’ENS de Lyon
Fil d’Ariane
Nouveau rapport | L’École à bout de souffle : l’Académie des sciences tire la sonnette d’alarme !

Extrait de academie-sciences.fr du 24.09.26

 

L’Académie des sciences décrit l’école telle qu’elle devrait être

L’académie des sciences considère qu’il est "de son devoir de contribuer à la réflexion démocratique (sur l’Ecole) à l’approche de l’élection présidentielle" et elle publie un rapport, titré "l’École, un héritage à transformer", réalisé après "de très nombreuses consultations" (dont celle de votre serviteur) dans le cadre d’un partenariat avec le CNESCO, les ENS de Lyon et Rennes et avec "le soutien" de l’ENS de Paris.

En une soixantaine de pages, les académicien.nes ont l’ambition de "dessiner le cap d’une possible transformation du système éducatif" en se fondant sur des constats "largement partagés" pour émettre des propositions dont ils/elles sont conscients quoiqu’ils ne l’écrivent pas qu’elles peuvent heurter la culture d’une partie du monde enseignant.

Ils/elles constatent en effet que sa massification s’est opérée "sans transformation profonde" d’un système "fortement normatif", "marqué par une longue tradition d’élitisme et de sélection", ce qui explique que "l’ambition d’un socle commun de connaissances, de compétences et de culture partagé par tous peine à trouver une traduction effective". Une conception univoque de la réussite et du mérite "valorise un nombre très limité de parcours" tandis que certains élèves progressent "d’une classe à l’autre, presque indépendamment de (leurs) acquis".

Eloge de la diversité

Les auteurs/autricess estiment d’ailleurs que "le parcours scolaire des élèves en situation de handicap demeure trop fréquemment insatisfaisant", ce qui "a des effets importants sur la construction personnelle des élèves ainsi que sur la communauté scolaire et la société dans son ensemble". La diversité est en effet "un facteur de richesse (...). Elle s’exprime dans la classe, à travers l’hétérogénéité des élèves (...), mais aussi au sein des équipes enseignantes, dont la pluralité des profils et des expériences, comme la diversité sociale et culturelle, constitue une ressource à part entière."

Dans un "encadré", donc sans que la proposition soit totalement intégrée au rapport, les auteurs/autrices évoquent la "conception universelle de l’apprentissage (qui) vise à permettre à l’ensemble des élèves de grandir et apprendre ensemble dans la même classe", ce qui suppose "la disparition progressive et programmée des établissements spécialisés", tels que les IME, les IMPRO, les SEGPA, et les ULIS. "Au fur et à mesure de cette évolution, les enseignants concernés rejoignent les équipes éducatives des établissements scolaires" comme en Italie ou en Espagne où, "dans l’esprit des RASED, des enseignants spécialisés viennent en appui de leurs collègues". D’ores et déjà, les moyens actuellement consacrés aux AESH pourraient être progressivement réorientés pour financer "des enseignants de soutien".

La dégradation de la santé mentale des jeunes "constitue un autre obstacle inquiétant à la réussite scolaire" et le rapport plaide pour une formation des équipes éducatives "incluant le repérage de signaux faibles, écoute bienveillante, ressources permettant d’orienter les jeunes vers les dispositifs d’urgence (...) La mobilisation des équipes éducatives doit être soutenue par la présence au sein des établissements d’équipes médico-sociales, et en particulier de psychologues en nombre suffisant."

Pour un changement de culture

Le contexte dans lequel intervient ce rapport est pris en compte, "des réformes trop fréquentes et peu cohérentes" et pour les personnels, "la multiplication des missions, l’évolution rapide des pratiques professionnelles et l’insuffisance de l’accompagnement (qui) contribuent à alimenter la fatigue professionnelle, le sentiment d’usure et, parfois même, la perte de sens" tandis que "la taille de l’institution, son organisation centralisée et hiérarchique ainsi que le cadre prescriptif qui structure son fonctionnement limitent ses capacités d’adaptation et d’innovation locale".

"Un changement de culture est nécessaire au profit d’une autonomie encadrée et évaluée et de plus de responsabilité individuelle et collective. La réflexion portée par ce rapport s’appuie sur le principe de subsidiarité ainsi que sur une confiance renouvelée dans les acteurs de terrain (...). Le projet d’école, pour le premier degré, ou d’établissement, pour le second degré, constitue un outil essentiel pour passer d’une culture de la prescription à une culture de la responsabilité", il s’agit de "promouvoir des formats d’apprentissage et d’évaluation qui favorisent la coopération plutôt que les comparaisons et la compétition."

Une évolution des pratiques

Au-delà du constat et des principes, le rapport prévoit un certain nombre de dispositions concrètes.

"L’enseignement doit poursuivre deux valeurs : l’apprentissage (savoir) et le vivre ensemble (citoyenneté)", les connaissances et compétences cognitives qu’acquièrent les élèves doivent "leur permettre de devenir des citoyens libres et éclairés, capables de vivre ensemble, et d’acquérir une culture commune riche de leur diversité". Il convient donc de redéfinir un socle, ce qui constitue "un défi important dans un monde en mutation rapide, marqué par l’essor de l’IA et l’émergence de nouveaux métiers".

Mais déjà, "une évolution des pratiques apparaît nécessaire afin de passer d’un enseignement centré sur les contenus à un enseignement davantage centré sur les situations d’apprentissage et l’activité des élèves."

Les enseignants "bénéficieraient d’une revalorisation salariale, à la hauteur de leurs responsabilités (...). Ni simples exécutants, ni précepteurs isolés, les professeurs exercent une responsabilité professionnelle dans l’ingénierie pédagogique et didactique. Cette responsabilité s’exerce collectivement au niveau de l’établissement ou du bassin d’établissements, dans un cadre fixé au niveau national."

Concrètement

"Le temps de l’enfant (...) doit être repensé de façon globale et concertée (...), il doit inclure, pour tous les élèves, les temps dédiés aux devoirs et aux activités sportives, culturelles et citoyennes. Cette évolution implique une redéfinition des services des enseignants. Ceux-ci doivent intégrer explicitement l’accompagnement individuel des élèves, la supervision de projets, le travail collectif au sein de l’établissement, en contrepartie d’une réduction du temps consacré aux enseignements en classe".

L’année comprendrait "36 semaines devant élèves, un séminaire d’établissement d’une semaine et une semaine de développement professionnel individuel". Dans le 1er degré, "un dispositif du type ’plus de maîtres que de classes’ permet de libérer du temps de travail collectif et de formation hebdomadaire". Dans le 2nd degré, les enseignants auraient chaque semaine 12h de cours, 12h de préparation et corrections, 2h de projets pédagogiques, 4h d’encadrement des devoirs et d’accompagnement personnalisé, 5h "pour des missions hors enseignement".

Une gouvernance plus "horizontale et participative"

Les programmes doivent "donner davantage de place au raisonnement et au sens des apprentissages", il faudrait également donner plus de place aux apprentissages techniques et manuels. "Il pourrait être proposé aux enseignants volontaires de développer une compétence dans une discipline complémentaire, dans le cadre d’un parcours de formation adapté et reconnu (...). La gestion des carrières des enseignants doit être plus souple, permettant davantage de mobilités, de changements de missions, voire de passerelles avec d’autres professions." Parallèlement, "la création de fonctions de coordination reconnues et rémunérées (...) permettrait d’installer une gouvernance de proximité plus horizontale et participative".

La gouvernance du bassin éducatif serait "exercée de façon collégiale avec l’ensemble de la communauté éducative, en partenariat avec collectivité locale, acteurs de santé, tissu associatif (...)".

Un coût

"La réussite de ces transformations dépendra autant de la capacité à financer les mesures envisagées que de celle à attirer, former et maintenir les professionnels nécessaires à leur déploiement. L’investissement supplémentaire (est) estimé à environ 11 Md€ par an (...). Une transformation profonde de l’École ne pourra s’accomplir que dans la continuité (...). Il appartient aux responsables politiques d’inscrire la transformation dans la durée, au-delà des échéances et des alternances politiques."

Le rapport (53 pages sans les annexes) ici (PDF)

Extrait de touteduc.fr du 28.09.26

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