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> Sébastien Goudeau et les inégalités sociales à l’école (La Nouvelle République)
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L’origine sociale pèse dans les inégalités scolaires
Selon Sébastien Goudeau, « la réponse doit dépasser l’école ».
Sébastien Goudeau, chercheur spécialiste des inégalités sociales à l’université de Poitiers, analyse les mécanismes qui influencent la réussite des élèves. Un phénomène qui, selon lui, apparaît très tôt et se retrouve tout au long de la scolarité.
Les inégalités sociales à l’école existent-elles réellement ?
Sébastien Goudeau : « Oui, c’est un constat établi depuis des décennies par les enquêtes nationales et internationales. Il existe un lien statistique entre le milieu social dans lequel grandit un enfant et ses chances de réussite scolaire, de la maternelle jusqu’à l’université. Cela ne signifie pas que tous les enfants de milieux populaires sont en difficulté ou que tous ceux issus de familles favorisées réussissent. Mais les probabilités ne sont pas les mêmes. Les élèves en difficulté sont davantage issus de milieux défavorisés et, parmi les élèves en grande réussite, les enfants de milieux favorisés sont surreprésentés. La France fait d’ailleurs partie des pays où le poids de l’origine sociale sur la réussite scolaire est particulièrement important. »
« Il faut éviter une idée reçue : les familles populaires ne se désintéressent pas de l’éducation »
Ces écarts apparaissent-ils dès le début de la scolarité ?
« Absolument. Des suivis d’élèves montrent que, dès 3 ans, à l’entrée en maternelle, il existe des différences dans certaines compétences, notamment en langage oral et en mathématiques. Il ne s’agit pas d’une question d’intelligence. Les enfants arrivent à l’école avec des expériences et des connaissances différentes. Certains ont déjà été familiarisés avec les livres, les jeux éducatifs, les discussions ou des activités qui correspondent aux attentes de l’institution scolaire. »
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Pourquoi le milieu familial joue-t-il autant ?
« Les raisons sont multiples. Les conditions matérielles de vie influencent les pratiques éducatives. Quand une famille bénéficie d’une stabilité économique, professionnelle et résidentielle, elle dispose de davantage de possibilités pour organiser des activités autour des apprentissages. Dans certaines familles, lire une histoire, compter les couverts à table, discuter pendant une promenade ou visiter un musée deviennent autant d’occasions d’apprendre. Les voyages et les sorties culturelles offrent des expériences que les enfants peuvent ensuite mobiliser à l’école. C’est ce que la sociologue Sandrine Garcia appelle la “pédagogisation” de la vie quotidienne : dans les familles favorisées, tous les moments de la vie quotidienne peuvent devenir une occasion d’apprendre. Mais il faut éviter une idée reçue : les familles populaires ne se désintéressent pas de l’éducation. Elles sont souvent très mobilisées pour la réussite de leurs enfants. Simplement, des horaires de travail difficiles ou décalés, des contraintes financières ou une moindre disponibilité peuvent limiter le temps et les possibilités consacrés à certaines activités. »
Ces différences peuvent-elles influencer la perception des enfants ?
« Oui. Les élèves qui réussissent davantage et participent plus souvent peuvent être perçus comme plus intelligents, plus travailleurs ou même plus sympathiques. Inversement, ceux qui prennent moins la parole peuvent progressivement se considérer comme moins compétents. Ces mécanismes ont des conséquences sur le sentiment d’être à sa place à l’école. Les élèves issus de milieux favorisés déclarent en moyenne un sentiment d’appartenance scolaire plus élevé. Les écarts se retrouvent ensuite dans les trajectoires : les élèves de milieux populaires sont davantage représentés dans certaines filières spécialisées et professionnelles, tandis que leur présence diminue dans plusieurs formations de l’enseignement supérieur. »
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Que peut faire l’école pour réduire ces écarts ?
« L’école peut agir en formant les enseignants et en développant des pratiques pédagogiques capables de mieux accompagner les élèves les plus éloignés des attentes scolaires. Mais elle ne peut pas tout résoudre seule. La réponse doit dépasser l’école : agir sur les conditions de vie des familles, favoriser la mixité sociale et donner davantage de moyens au système éducatif sont autant de leviers. On peut changer beaucoup de choses dans une classe, mais il sera très difficile de réduire les inégalités scolaires si l’on n’agit pas aussi sur les inégalités qui existent en dehors de l’école. »
Les inégalités scolaires et sociales à la loupe
Professeur de psychologie sociale à Niort (Deux-Sèvres), Sébastien Goudeau est également chercheur au Centre de recherches sur la cognition et l’apprentissage (CeRCA), un laboratoire rattaché au CNRS et à l’université de Poitiers. Spécialiste des inégalités scolaires et sociales, il étudie notamment les mécanismes qui influencent la réussite des élèves.
Auteur de plusieurs ouvrages sur ces questions, il a notamment publié « Comment l’école reproduit les inégalités » (réédité en 2024), « L’intelligence, ça s’apprend ? », avec la sociologue Marie Duru-Bellat, ainsi que « Les inégalités scolaires. Comprendre et agir », coécrit avec Céline Darnon et paru en 2025. Ce dernier ouvrage, publié aux éditions De Boeck, a reçu le prix de l’Académie des sciences morales et politiques.