> LA RUBRIQUE UNIQUE à partir de novembre 2025 > B* La Réunion. Actes du séminaire Éducation prioritaire sur le thème "Faire (…)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

B* La Réunion. Actes du séminaire Éducation prioritaire sur le thème "Faire du plurilinguisme un levier de persévérance scolaire" (21 mai 2026)

4 septembre

Actes du séminaire Éducation prioritaire
Lycée Vue Belle, Saint-Paul — 21 mai 2026

Notre école au défi du plurilinguisme : Faire du plurilinguisme un levier de persévérance scolaire
Ce que le séminaire du 21 mai 2026 change pour nos pratiques de pilotage

Document rédigé par

  • Philippe CHATONNAY, IA-IPR Correspondants académiques pour l’Éducation prioritaire
  • David MEGRET , IEN Référent départemental pour l’Éducation prioritaire
  • Sangari TIROUGNANASAMBANDAME Conseillère éducation prioritaire et politique de la ville

Intervenants du séminaire

  • Directrice du CASNAV de La Réunion Viviane Ben Hamida
  • Personnels d’inspection LVR Nadège Cantalia-Tégali (excusée), Virginie Pfeifer
  • Équipe des Chargés.es de mission et référents LVR Laurence Daleau-Gauvin, Michèle Nebot, Thomas Nalem, Isabelle Testa

Note liminaire
Ces actes ne sont pas un compte rendu chronologique du séminaire. Ils en proposent une lecture orientée vers l’action, depuis le positionnement de la coordination académique EP. Leur destination est explicite : fournir aux pilotes de l’éducation prioritaire — IEN, IA-IPR, personnels de direction et coordonnateurs de l’éducation prioritaire — des éléments de compréhension et des leviers opérationnels pour faire entrer le plurilinguisme au cœur des projets de réseaux REP/REP+ à la rentrée 2026.

Le séminaire a réuni le 21 mai 2026, au Lycée Vue Belle (Saint-Paul), les pilotes et coordonnateurs EP de l’académie. Il a articulé une conférence de Viviane Ben Hamida, directrice du CASNAV, et de deux ateliers pilotés par Nadège Cantalia-Tégali, IEN et Viriginie Pfeifer, IA-IPR conduits par les équipes 1D et 2D de la mission académique LVR. Les documents des intervenants sont disponibles en annexe.

1. Pourquoi ce séminaire : une question de pilotage, pas seulement de pédagogie

La réalité sociolinguistique de La Réunion n’est pas une donnée de contexte parmi d’autres. C’est une condition structurelle de l’activité scolaire dans chacun de nos réseaux. Les élèves de nos REP et REP+ grandissent dans des environnements où coexistent le créole réunionnais, le français, et souvent d’autres langues familiales : shimaoré, malgache, tamoul, gujarati, hindi, mandarin, arabe, pour les populations les plus représentées dans nos établissements.
Cette réalité est bien connue. Ce qui a changé avec ce séminaire, c’est la proposition adressée aux pilotes, formulée sans détour à l’occasion de ce séminaire : il s’agit de passer, dans nos institutions, d’une posture d’acceptation des langues à une posture de valorisation des langues.
En effet, les recherches en didactique et en sociolinguistique nous montrent que le plurilinguisme est un levier puissant pour faire progresser les élèves. Reconnaître et valoriser la langue maternelle ou la langue de socialisation d’un élève, c’est lui offrir un point d’appui pour construire ses apprentissages, notamment en français. C’est aussi un moyen de renforcer son estime de soi, sa confiance, et donc son engagement dans les apprentissages. Ainsi au-delà des progrès académiques, nous sommes convaincus que le plurilinguisme joue un rôle clé dans le climat scolaire.
A travers ce prisme du plurilinguisme conçu comme un levier de persévérance scolaire, ce séminaire nous engage à repenser le projet du réseau d’éducation prioritaire, la relation aux familles, la formation des équipes, les pratiques d’observation et d’inspection.

Le cadre de référence : ce que les textes autorisent et prescrivent

– Article 75-1 de la Constitution française : les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.
– Article L312-10 du Code de l’éducation : l’enseignement des langues et cultures régionales est favorisé dans les régions où elles sont en usage, et peut être proposé tout au long de la scolarité.
– BO n° 47 du 16 décembre 2021 : l’enseignement des langues régionales participe à la construction du citoyen, à la transmission des valeurs de la République et à la réussite des élèves.
– Plan stratégique académique 2025-2029,

  • Priorité 2 : s’emparer de la démarche contrastive comme outil d’amélioration des résultats en français, en mathématiques et en éducation prioritaire.
  • Priorité 4 : Une école ancrée dans la société et rayonnant dans l’océan Indien
  • Action 23 : Poursuivre la valorisation du créole dans les écoles et les établissements pour une meilleure connaissance et prise en compte du contexte territorial dans les apprentissages

2. Plurilinguisme et persévérance : les fondements pour piloter autrement

2.1 Multilingue / plurilingue : une distinction qui change le regard
Le séminaire a posé d’emblée une distinction conceptuelle utile aux pilotes, car elle conditionne la manière d’analyser un réseau, une école, une classe.
Un espace est multilingue quand plusieurs langues y coexistent. La Réunion est multilingue — et nos réseaux EP sont parmi les plus multilingues de l’île, avec des concentrations de familles mahoraises (shimaoré), malgaches, tamoules, gujaraties dans certains secteurs.
Un individu est plurilingue quand il dispose, à des degrés divers, de plusieurs langues dans son répertoire. C’est le cas de la très grande majorité de nos élèves. Ce plurilinguisme n’est pas un handicap : c’est un capital langagier et culturel, au sens du CECRL, que l’École peut choisir d’ignorer ou de mobiliser.
Piloter en comprenant cette distinction, c’est regarder différemment les données de réseau : un taux élevé d’élèves allophones ou créolophones ne peut être considéré comme un facteur de difficulté, c’est d’abord une ressource pédagogique si les équipes sont outillées pour la mobiliser.

2.2 Le consensus scientifique : trois chaînes causales que le pilotage doit activer
Le CASNAV a présenté les résultats consolidés de la recherche en sociolinguistique éducative, formulés en trois propositions enchaînées qui témoignent du lien entre plurilinguisme et persévérance scolaire :
– Quand les langues de l’enfant sont reconnues à l’école, l’enfant s’engage plus volontiers dans les langues enseignées. La reconnaissance est une condition d’entrée dans les apprentissages.
– Quand les langues de l’enfant sont valorisées et que les liens entre les langues sont travaillés avec lui, le bi/plurilinguisme se développe mieux. La valorisation n’est pas un supplément culturel — c’est un levier cognitif.
– Quand les parents maintiennent leur(s) langue(s) dans leurs échanges avec leurs enfants et quand les enseignants valorisent ces langues familiales, le développement plurilingue est optimal. Cela implique une coéducation qui intègre la dimension linguistique.
Ces trois chaînes causales définissent trois niveaux d’action : la posture enseignante en classe, le projet pédagogique de l’école / de l’établissement ou du réseau, et la relation aux familles. Le pilote intervient sur les trois niveaux.

2.3 Portrait de l’élève créolophone réunionnais : un élève plurilingue, capacitaire
Le document LVR présenté en séminaire propose une formulation qui doit devenir un repère de pilotage : pour de nombreux élèves de nos réseaux, le français scolaire fonctionne comme une langue seconde, avec des écarts réels entre la langue de la maison et la langue de l’École.
Ces écarts ne sont pas des manques. Ils sont les effets normaux et prévisibles d’une situation de contact de langues. Les interférences entre créole et français (lexicales, syntaxiques, phonologiques) ne signalent pas un déficit cognitif — elles signalent une compétence plurilingue en construction qui, mal accompagnée, produit des erreurs récurrentes, et bien accompagnée, produit des compétences métalinguistiques supérieures.
C’est précisément ce que l’EFMC — Enseignement du Français en Milieu Créolophone — vise à outiller : enseigner le français en travaillant explicitement les zones de friction entre les deux systèmes linguistiques

3. Les dispositifs : ce que chaque pilote doit savoir de leur articulation

Le séminaire a présenté l’offre institutionnelle dans sa diversité. Pour les pilotes, ce qui importe n’est pas la description exhaustive de chaque dispositif, mais la compréhension de leur complémentarité — et la conscience que leur articulation ne se fait pas automatiquement : elle se construit au niveau du réseau.

Dispositif
– UPE2A / CASNAV
Élèves allophones nouvellement arrivés (dont élèves mahorais avec dispositifspécifique). Test de positionnement, prise en charge 1-2 ans. 30 bases UPE2A, 20 au 1er degré.
30 bases à La Réunion. Vérifier la couverture de son réseau. L’UPE2A n’est pas un sas — c’est une passerelle. L’inclusion en classe ordinaire est l’horizon dès le premier jour.
– LVR 1D (Langue Vivante Régionale)
Le créole réunionnais comme objet d’enseignement et vecteur culturel à l’école primaire. 579 enseignants habilités, +8 000 élèves bénéficiaires, 231 écoles engagées, 56 classes bilingues.
Connaître le taux de couverture LVR dans ses écoles. Identifier les enseignants habilités. Encourager
l’extension de l’habilitation. Les classes bilingues (19 parcours) méritent d’être valorisées dans les projets de réseau. Des ressources (projets et séquences) pédagogiques disponibles en ligne sur le site de l’académie.
– LVR 2D (Collège /Lycée)
LVB, LVC, spécialité LLCR au lycée. 32 collèges avec LVR, DNB valorisant la langue régionale (5 min. sur l’oral). 227 élèves au DNB, 358 au BTS.
Assurer la continuité LVR 1D → 2D dans les parcours bilingues. La LVR au DNB est un levier de valorisation concret pour les élèves de REP.
Des ressources (projets et séquences) pédagogiques disponibles en ligne sur le site de l’académie.
– EFMC
Enseignement du Français en Milieu Créolophone — ce n’est PAS un enseignement du créole. C’est un dispositif d’enseignement du français qui s’appuie sur la langue première des élèves comme ressource pour réduire les interférences et renforcer la maîtrise syntaxique et textuelle.
L’EFMC concerne tous les enseignants, pas seulement les habilités LVR. Sa mise en œuvre nécessite une
sensibilisation à la langue et à la culture. C’est un outil de formation d’équipe, pas un dispositif individuel.
L’EAMC enseignement de l’anglais en milieu créolophone est aussi une possibilité à ne pas négliger.
–  OEPRE
Ouvrir l’École aux Parents pour la Réussite des Enfants. Ateliers langue et culture françaises, compréhension du monde scolaire, préparation à l’emploi. 187 parents diplômés DELF en 2025.
L’OEPRE est un levier de coéducation plurilingue. Il agit sur la relation école- famille dans sa dimension linguistique. Sa présence dans les réseaux EP est inégale — la rentrée 2026 est l’occasion
de l’étendre

4. Ce que le séminaire change pour le pilotage : quatre leviers

Chaque levier est formulé comme une question d’action adressée aux pilotes. Il ne s’agit pas de prescriptions uniformes, mais de directions de travail que chaque réseau peut s’approprier selon son contexte.

– Levier 1 — La cartographie langagière : un outil de pilotage, pas seulement de classe
Le CASNAV a présenté la cartographie langagière comme un outil de classe : recenser les langues parlées à la maison pour reconnaître les répertoires des élèves. Les ateliers en ont montré les usages pédagogiques concrets.
Mais cet outil a une dimension de pilotage que le séminaire n’a pas complètement explicitée, et que nous voulons nommer ici. Un réseau qui connaît réellement le répertoire linguistique de ses familles peut :

  • adapter son projet de réseau aux réalités sociolinguistiques de son territoire plutôt qu’à des catégories génériques ;
  • cibler ses alliances éducatives (associations de quartier, structures culturelles, partenaires de l’OEPRE) en fonction des communautés présentes ;
  • mesurer l’écart entre ce répertoire et les pratiques déclarées des équipes, et en faire un point d’appui pour la formation ;
  • identifier les écoles ou classes où la cartographie n’existe pas encore, et en faire un objectif de premier trimestre.

Question pour la rentrée : dans combien d’écoles de mon réseau existe-t-il une cartographie langagière ? Existe-t-elle dans le collège de mon réseau ? Est-elle utilisée en conseil de cycle, en conseil de maîtres, en conseil pédagogique, dans les échanges avec les familles ?

– Levier 2 — La posture institutionnelle : de l’acceptation à la valorisation
La formulation partagée par les participants est l’élément le plus exigeant du séminaire pour les pilotes : l’enjeu réside dans le passage de l’institution d’une posture d’acceptation des langues à une posture de valorisation des langues.
La posture d’acceptation est la norme implicite dans beaucoup de nos établissements : on tolère que les élèves parlent créole dans la cour, on comprend que les parents s’expriment en shimaoré lors des réunions, on admet que le créole est la langue de l’affectivité. Mais ces langues gagneraient à être davantage convoquées comme ressources dans l’acte d’apprendre.
La posture de valorisation est différente : elle suppose que les langues des élèves soient explicitement reconnues dans les projets d’école et de réseau, que les pratiques enseignantes les mobilisent, que les familles soient encouragées à maintenir leur(s) langue(s) dans les échanges avec leurs enfants, et que cette dimension soit visible dans les documents institutionnels des réseaux.
Cette bascule ne se fait pas en classe si elle n’est pas portée par le pilotage. Elle suppose :

  • que les projets de réseau REP/REP+ nomment explicitement le plurilinguisme comme levier
  • et non comme facteur de difficulté ;
  • que les lettres de mission des coordonnateurs intègrent un volet langues et plurilinguisme ;
  • que les animations pédagogiques de réseau mobilisent les apports du séminaire ;
  • que les inspections et visites de classe intègrent la dimension plurilingue comme objet d’observation à part entière.

Question pour la rentrée : le projet de réseau mentionne-t-il le plurilinguisme ? Si oui, est-ce comme donnée de contexte (acceptation) ou comme levier pédagogique (valorisation) ?

– Levier 3 — L’enseignant accrocheur en contexte plurilingue : ce que l’inspection peut valoriser
Le séminaire a identifié quatre gestes professionnels attendus de l’enseignant qui intègre le plurilinguisme dans sa pratique :

  • Construire la carte langagière de sa classe et déconstruire les préjugés sur les langues et les cultures.
  • Adapter sa posture en s’intéressant aux langues et cultures de ses élèves, et en les mobilisant dans les situations d’apprentissage.
  • Proposer des activités d’éveil aux langues et des séances de didactique intégrée (démarche contrastive créole/français, EFMC).
  • Inclure un volet multilingue et interculturel dans toute séquence d’apprentissage, quelle que soit la discipline.

Pour les personnels d’inspection et de direction, ces gestes ne sont pas hors-sol : ils s’observent, ils s’échangent en conseil de cycle, ils se forment. La question est de savoir si nos grilles de lecture des pratiques les rendent visibles.
Un enjeu particulier mérite attention : l’EFMC ne peut pas se mettre en place sans une sensibilisation préalable à la langue et à la culture créole réunionnaise. Ce n’est pas un outil qu’on applique — c’est une démarche qui suppose une conscience métalinguistique de l’enseignant lui- même. Le pilote doit s’assurer que la formation précède ou accompagne l’injonction.
Question pour la rentrée : les critères d’observation des pratiques que j’utilise lors de mes visites permettent-ils d’identifier et de valoriser les gestes professionnels plurilingues ? Qu’est-ce que je vois quand un enseignant mobilise la langue première d’un élève comme ressource d’apprentissage ?

– Levier 4 — La coéducation plurilingue : mobiliser les familles autrement
Le séminaire a mis en évidence que la persévérance scolaire en contexte plurilingue n’est pas une affaire scolaire seule. Elle suppose une coéducation qui intègre la dimension linguistique et culturelle des familles.
Le consensus scientifique est clair : les enfants dont les parents maintiennent leur(s) langue(s) dans les échanges familiaux développent de meilleures compétences plurilingues — et une meilleure maîtrise du français scolaire. Cela signifie que nous devons cesser de donner aux familles le conseil implicite (ou explicite) de parler français à la maison. C’est contre-productif. La richesse linguistique familiale est un capital, pas une concurrence.
Deux dispositifs ont été présentés comme leviers de coéducation plurilingue :

  • L’OEPRE (Ouvrir l’École aux Parents pour la Réussite des Enfants) — ateliers animés dans les établissements, qui permettent aux parents allophones d’accéder aux codes de l’école française, d’obtenir une certification DELF (187 parents diplômés en 2025), et de se sentir reconnus comme partenaires. Son déploiement dans les réseaux EP doit être une priorité.
  • Les sacs à histoires et projets sur mesure — dispositifs plus souples, adaptables à chaque école, qui permettent aux familles de s’impliquer dans le rapport à la langue et à la lecture depuis leur propre répertoire culturel.

Question pour la rentrée : quels réseaux ne disposent pas encore d’OEPRE ? Quelles alliances éducatives pourraient soutenir le déploiement de ces dispositifs à la rentrée 2026 ?

5. Ce que chaque acteur peut faire dès la rentrée

Le plurilinguisme comme levier d’accrochage scolaire ne relève pas d’une fonction unique. C’est un chantier collectif, dont chaque acteur de la communauté EP peut prendre sa part selon son positionnement. Nous proposons ci-dessous une lecture différenciée, sans exhaustivité, des suites possibles du séminaire.

Coordonnateurs de réseau REP/REP+ — Porter des projets accrocheurs
Le coordonnateur est le premier artisan de la traduction du séminaire en actes. Sa position d’interface entre le pilotage et les équipes fait de lui l’acteur le mieux placé pour :

  • Proposer un temps de présentation des apports du séminaire lors de la première
  • réunion de réseau de la rentrée, en appui sur ces actes et sur les documents des intervenants.
  • Initier ou étendre la cartographie langagière dans les écoles et classes du réseau, en en faisant un outil de projet et non un exercice isolé.
  • Identifier les enseignants habilités LVR dans le réseau et les valoriser comme ressources pour leurs collègues non habilités.
  • Proposer un projet de réseau qui mobilise explicitement le plurilinguisme : semaine des langues, projet DANGADZO ou équivalent, sacs à histoires multilingues, mise en voix de récits en créole.
  • Contribuer au déploiement ou au renforcement de l’OEPRE dans les établissements du réseau, en lien avec le chef d’établissement ou le directeur d’école.

Formateurs de l’éducation prioritaire — Mobiliser les apports pédagogiques et didactiques
Les formateurs EP ont un rôle clé dans la traduction des apports conceptuels et didactiques du séminaire en pratiques de formation. Le séminaire leur fournit plusieurs ressources
directement mobilisables :

  • La distinction multilingue/plurilingue et le schéma CECRL (capital langagier + capital culturel = répertoire de l’acteur social) comme cadre de référence pour des séquences de formation.
  • Les activités expérientielles du CASNAV (énoncé mathématique en langues étrangères, jeu DANGADZO) comme déclencheurs en formation d’équipe : faire vivre la situation de l’élève allophone ou créolophone pour déplacer le regard des enseignants.
  • La démarche EFMC et les exemples de faux amis et d’interférences syntaxiques (présentés en atelier LVR) comme supports de formation à la didactique contrastive, accessibles à tous les enseignants du premier degré.
  • Le consensus scientifique sur la reconnaissance et la valorisation des langues comme ancrage théoriquement solide pour des formations sur le climat de classe et l’accrochage scolaire.
    Un enjeu particulier pour les formateurs : articuler les apports du plurilinguisme avec les priorités des plans de formation REP/REP+ — maîtrise du français, lecture, résolution de problèmes. Ce n’est pas un champ séparé, c’est une entrée transversale

Pilotes de réseau (IEN, IA-IPR, personnels de direction) — Impulser et valoriser
Les pilotes ont la responsabilité de créer les conditions institutionnelles dans lesquelles la valorisation du plurilinguisme devient possible et visible dans les projets de réseau. Celasuppose des actes concrets :

  • Inscrire le plurilinguisme comme axe du projet de réseau REP/REP+ à la rentrée 2026, avec des indicateurs de suivi mesurables (nombre d’écoles avec cartographie langagière, nombre de classes intégrant un volet LVR ou EFMC, nombre d’actions de coéducation plurilingue).
  • Organiser un temps d’échange entre enseignants habilités LVR et enseignants non habilités dans le cadre des formations de réseau, pour valoriser les compétences existantes et les diffuser.
  • Solliciter le CASNAV pour un accompagnement de réseau (formation EFMC, soutien à la cartographie langagière, dispositifs OEPRE et sacs à histoires).
  • Valoriser les pratiques plurilingues existantes dans les réseaux, en les rendant visibles dans les communications institutionnelles et les lettres de rentrée.
  • Veiller à ce que le passage à la posture de valorisation soit accompagné et non prescrit à sec : la bascule suppose une formation qui précède ou accompagne l’injonction.

6. Questions ouvertes pour la rentrée

Des actes honnêtes disent aussi ce que le séminaire n’a pas résolu. Ces questions reliant plurilinguisme et persévérance scolaire méritent d’être posées en réseau à la rentrée, sans attendre des réponses clés en main.

– Comment mesurer l’impact du plurilinguisme sur la réussite des élèves EP ?
Le consensus scientifique est solide sur les effets de la valorisation des langues. Mais dans nos réseaux, nous n’avons pas d’indicateurs académiques fins sur l’impact des pratiques plurilingues sur les résultats des élèves. Le PSA 2025-2029 prévoit une fiche action dédiée à l’évaluation des dispositifs LVR sur la réussite scolaire — comment nos réseaux EP peuvent-ils contribuer à cette évaluation et en bénéficier ?

– Comment articuler priorité aux savoirs fondamentaux et démarche plurilingue ?
L’éducation prioritaire porte une priorité absolue sur la maîtrise du français et des mathématiques. Le PSA 2025-2029 l’affirme lui-même : la démarche contrastive est un outil d’amélioration des résultats en français et en mathématiques. Mais dans les pratiques, la tension existe : comment s’assurer que l’entrée plurilingue ne soit pas vécue comme un détour coûteux en temps, mais comme un accélérateur d’apprentissage ? C’est un enjeu de formation et de preuve par l’exemple.

– Quelle formation pour les enseignants non habilités LVR ?
579 enseignants sont habilités LVR dans le premier degré dans l’académie — mais il y en a des milliers qui ne le sont pas et qui accueillent chaque jour des élèves plurilingues dans leurs classes ordinaires. L’EFMC est un outil pour tous les enseignants, mais sa mise en œuvre suppose une sensibilisation que la formation initiale n’assure pas toujours. Comment le plan de formation académique et les plans de formation de réseau peuvent-ils répondre à ce besoin à la rentrée 2026 ?

– Quelle sensibilisation au plurilinguisme des cadres nouvellement nommés.es dans l’académie ?
Ce séminaire lui-même pose une question en miroir : il s’adresse à des pilotes EP qui, pour la plupart, ont une connaissance acquise du contexte sociolinguistique réunionnais. Mais la mobilité des cadres renouvelle régulièrement ces collectifs. Des IEN, des IA-IPR, des chefs d’établissement arrivent chaque année dans des réseaux dont ils ne maîtrisent pas encore les codes linguistiques et culturels. Il serait illusoire d’attendre que chacun construise seul, par immersion progressive, une compréhension suffisante du plurilinguisme réunionnais pour en faire un levier de pilotage. La coordination académique EP, en lien avec le CASNAV et la mission LVR, pourrait proposer un module de sensibilisation dédié aux cadres nouvellement nommés — court, ancré dans les réalités de terrain, adossé aux textes et aux dispositifs existants — pour que le changement de regard sur les langues ne dépende pas du seul hasard des parcours individuels.

Pour conclure
Le séminaire du 21 mai 2026 a posé une formule qui doit rester dans nos esprits : "Une langue qu’on respecte, c’est un élève qu’on reconnaît." C’est la phrase d’ouverture de l’équipe de la mission académique LVR. Elle dit l’essentiel.
Faire du plurilinguisme un levier d’accrochage scolaire, ce n’est pas ajouter un dispositif de plus à des équipes déjà surchargées. C’est changer le regard sur ce que les élèves apportent à l’école, et construire les conditions pour que ce capital soit mobilisé plutôt qu’ignoré.
Ce changement de regard est d’abord institutionnel. Il commence dans les projets de réseau, dans les lettres de rentrée, dans les pratiques d’inspection, dans les formations d’équipe. Il commence, en un mot, par nous.

Ressources et annexes

Les diaporamas supports de la présentation et des ateliers du séminaire sont disponibles auprès de la coordination académique EP et accessibles depuis le site de l’académie de La Réunion, rubrique « pilotage de l’Éducation prioritaire ».
Diaporamas des intervenants