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Avant le collège unique, comment on triait les enfants à la fin du primaire
En réponse au commentaire de Denis Lemercier
Suite à l’actu du web du 31 août 2026
Denis Lemercier pose une question qu’il traîne, dit-il, depuis des dizaines d’années : en 1953, quand il a passé l’examen d’entrée en sixième, comment étaient attribuées les bourses ? Et il ajoute la vraie raison de sa curiosité — il veut comprendre le mécanisme fin de la sélection sociale.
La question est meilleure que la polémique qui l’a fait naître. Car la sélection de 1953 ne tient pas dans un dispositif unique, ce qui explique d’ailleurs pourquoi la confusion entre certificat d’études et examen d’entrée en sixième est si révélatrice (Lelièvre, 2026). À la fin du primaire, ce n’était pas une porte qu’il fallait franchir, mais trois, et elles ne s’ouvraient pas avec la même clé.
Il se trouve, par une coïncidence remarquable, que la réponse la plus précise à cette question a été produite au printemps 1953 lui-même, dans le département de la Seine, par l’Institut national d’études démographiques (Girard, 1953). Nous y viendrons.
Deux ordres d’enseignement, pas un parcours
Le point de départ est structurel. En 1953, l’école primaire et l’enseignement secondaire ne sont pas deux étages du même bâtiment : ce sont deux ordres juxtaposés, avec leurs personnels, leurs traditions et leurs publics (Bishop & Dorison, 2015 ; voir aussi Desclaux, 2011). D’un côté l’ordre primaire, organisé à partir de l’école communale et de ses prolongements — école primaire supérieure, puis collège d’enseignement général —, dont les enseignants, les instituteurs, sont les meilleurs élèves du système, promus par les écoles normales. Il scolarise l’écrasante majorité des enfants. De l’autre le monde du secondaire, organisé à partir du lycée napoléonien, dont les professeurs ont eux-mêmes suivi ce parcours et sont diplômés de l’université. Chacun son école, chacun son circuit, chacun sa promotion.
Jusqu’en 1930, la barrière était financière : le secondaire public était payant. La gratuité s’installe classe par classe — sixième en 1930, cinquième en 1931, quatrième en 1932, puis l’ensemble en 1933 —, est supprimée sous Vichy, et rétablie en janvier 1945 (Lelièvre, 2025). Et c’est précisément au moment où l’argent cesse de filtrer que l’examen d’entrée en sixième est institué, par deux arrêtés successifs de 1933 et du 13 février 1934. Claude Lelièvre le dit sans détour : à la barrière de l’argent on substitue une autre barrière, parce qu’il n’est pas envisagé un instant que l’école de l’élite soit submergée (Lelièvre, 2024).
Retenons ce point, il commande tout le reste : l’examen d’entrée en sixième n’est pas un vestige d’un vieux monde sélectif, c’est un dispositif inventé pour contenir les effets de la gratuité. [...]