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> Un rapport (238 p., août 2026) du Haut Commissariat à la Stratégie et au (…)
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Haut Commissariat à la Stratégie et au Plan
Niveau scolaire :
Éléments de diagnostic et propositions
Rapport du groupe de travail réuni au HCSP
Rapporteur : Pierre-Yves Cusset
236 p., août 2026
Pourquoi les performances des écoliers et collégiens français sont-elles aujourd’hui éloignées des standards européens, notamment en mathématiques et en sciences ? Comment expliquer ces résultats décevants ? Quelles sont les principales sources de difficultés et quelles évolutions permettent d’espérer une amélioration des performances des élèves français ? Dans le prolongement d’analyses consacrées au système éducatif, le Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan publie un rapport proposant des pistes de diagnostic et de propositions.
Le rapport de synthèse (12 p.)
EXTRAITS
Les 11 recommandations (rapport de synthèse)
Recommandation 1
Mettre en œuvre les réformes et les nouveaux dispositifs de façon à les rendre évaluables, notamment du point de vue de leurs effets sur les résultats des élèves.
Recommandation 2
Rendre publics les résultats des évaluations.
Recommandation 3
Utiliser une partie des marges de manœuvre liées à la baisse des effectifs scolaires pour poursuivre une baisse ciblée de la taille des classes et pour revaloriser les rémunérations des enseignants, notamment pour les missions et les affectations où les pénuries sont les plus criantes.
Recommandation 4
Recentrer la formation des enseignants, initiale comme continue, sur l’observation de la pratique en classe et sur la mise en œuvre d’approches pédagogiques et didactiques fondées sur les résultats de la recherche.
Recommandation 5
S’assurer que les formateurs des masters éducation puissent observer et accompagner leurs étudiants dans les classes lors des stages et éventuellement durant leurs premières années d’exercice.
Recommandation 6
Distinguer les fonctions et les moments d’accompagnement d’une part et d’inspection d’autre part, y compris
lorsque ces deux fonctions sont prises en charge par des inspecteurs.
Recommandation 7
Mieux reconnaître les fonctions de coordination pédagogique au sein des écoles ou des établissements. Cette fonction pourrait être prise en charge, au collège, par un adjoint du principal dont ce serait la mission principale.
Recommandation 8
Utiliser une partie des marges de manœuvre financières liées à la baisse des effectifs pour revoir les obligations de service au collège, en identifiant des temps de formation et d’animation pédagogique, comme dans le premier degré.
Recommandation 9
Sans remettre en cause le principe général de polyvalence, expérimenter des formes de spécialisation des
professeurs des écoles, reposant sur des certifications, en fonction du cycle d’apprentissage ou de la discipline
Recommandation 10
Dans le premier degré au moins, proposer une évaluation de la qualité des manuels proposés selon différents critères.
Recommandation 11
Dans le premier degré, viser une organisation des semaines de cours sur la base de quatre jours et demi au minimum.
EXTRAIT DU RAPPORT INTEGRAL
[Ségrégation et Education prioritaire]
(pages 55 à 69)
En tout état de cause, en France, la ségrégation des élèves en fonction de leur milieu social ou de leur niveau scolaire constitue un sujet de préoccupation récurrent1.
1.4. Une forte ségrégation des élèves entre établissements
Dans son rapport public annuel 20262, la Cour des comptes indique que sur les 6 700 collèges que compte la France, 1 550 peuvent être considérés comme très peu mixtes socialement, dont 800 à public défavorisé (pour les trois quarts publics) et 750 à public favorisé (pour les trois quarts privés)3. Cette situation reflète en partie la ségrégation résidentielle des habitants : ménages aisés et ménages pauvres n’habitent pas les mêmes quartiers ou les mêmes villes.
Mais elle reflète aussi les choix des familles favorisées qui peuvent éviter le collège public de leur quartier pour scolariser leur enfant soit dans un autre collège public s’ils obtiennent une dérogation, soit, plus communément, dans un collège privé. Boutchenik, Givord et Monso (2021)4 ont étudié ce phénomène pour l’année 2015 dans trois zones urbaines de densité et composition sociale différentes : Bordeaux, Clermont-Ferrand et Paris. En comparant le degré de ségrégation sociale5 théorique qui serait observé si tous les élèves étaient inscrits dans le collège public de leur quartier au degré réel de ségrégation observé dans les collèges, ils montrent que l’évitement du collège de secteur, principalement pour un collège privé, contribue largement au niveau de ségrégation des élèves : la contribution est d’un tiers à Bordeaux et Clermont-Ferrand et de la moitié à Paris.
En comparaison internationale, l’analyse des données PISA indique que le niveau de ségrégation des élèves français se situait, en 2015, à un niveau moyen si l’on s’intéresse à leur milieu social, mais à un niveau comparativement élevé si l’on s’intéresse à leurs performances en compréhension de l’écrit1. En particulier, la concentration dans les mêmes établissements des élèves peu performants en compréhension de l’écrit y était particulièrement élevée, et plus élevée que la concentration des élèves défavorisés2. La ségrégation scolaire des élèves était donc supérieure à leur ségrégation sociale.
En évolution, le degré de ségrégation sociale des élèves de collège est relativement stable. Le niveau de ségrégation entre collèges du secteur public comme entre collèges du secteur privé a plutôt diminué. Mais les écarts de composition sociale entre secteurs public et privé se sont creusés, le public accueillant de plus en plus d’élèves de milieu défavorisés, le privé accueillant de plus en plus d’élèves de milieu favorisé3. Ainsi, en 1989, pour les élèves entrant en sixième, la proportion d’élèves de milieu social très favorisé était, dans les collèges privés, supérieure de 11 points à son niveau observé dans les collèges publics. En 2023, cet écart avait atteint près de 21 points. L’écart a aussi progressé pour les élèves d’origine défavorisée mais dans une
moindre mesure. Cette ségrégation pourrait augmenter à la faveur de la baisse de la natalité et donc des effectifs scolaires4.
À Paris, on observe ainsi que la part des élèves scolarisés dans les écoles et collèges privés augmente. En effet, les effectifs se maintiennent dans le privé mais diminuent dans le public.
La diminution globale des effectifs dans la capitale s’est donc traduite par un desserrement de la contrainte d’accès au secteur privé, desserrement dont se sont emparées les familles les plus aisées. Il est probable que cette situation pourrait être observée dans d’autres grandes villes, même si la très forte densité de Paris a tendance à exacerber ce type de phénomènes dans la capitale.
La ségrégation des enfants à l’école en fonction de leur origine sociale peut pénaliser les enfants des milieux les moins favorisés, dans la mesure où les conditions de transmission des savoirs peuvent se dégrader dans les établissements où ils sont surreprésentés. Par exemple, en l’absence de leviers spécifiques, les établissements accueillant des élèves défavorisés peuvent avoir du mal à attirer les enseignants les plus qualifiés ou les plus expérimentés.
L’analyse des données PISA montre qu’une augmentation de la ségrégation sociale au niveau national est associée à une diminution de l’équité des résultats d’apprentissage, même après avoir tenu compte des spécificités du système d’éducation, comme les politiques d’orientation par filière1.
La plupart des recherches des économistes concluent que la composition socioéconomique ou scolaire a une influence sur les résultats scolaires des élèves. Ces « effets de pairs » semblent plus forts à l’échelle de la classe que de l’établissement2. La littérature empirique montre que les effets de court terme du groupe de pairs sur les performances scolaires d’un élève, mesurées par la réussite aux tests standardisés, sont d’ampleur modérée, mais que ses effets de plus long terme sur l’obtention du diplôme du secondaire et l’accès à l’enseignement supérieur peuvent être importants, notamment pour les élèves issus de milieux sociaux défavorisés et dans des contextes de forte ségrégation scolaire3.
La surreprésentation des élèves de milieu défavorisé dans certains établissements a suscité en France le développement d’un dispositif d’éducation prioritaire qui concernait en 2024 un écolier et un collégien sur cinq. Les résultats de ce dispositif sont toutefois mitigés (Encadré 4).
| Encadré 4 – L’éducation prioritaire4 L’éducation prioritaire a pour objectif de compenser les inégalités de résultats des élèves scolairement, socialement et économiquement défavorisés en allouant des moyens supplémentaires à certains établissements identifiés comme défavorisés sur la base de critères académiques et sociaux. Ces dispositifs ont d’abord été développés aux États-Unis à partir des années 1960, avec notamment le Title I of the Elementary and Secondary Education Act (1965), programme fédéral mis en œuvre par le ministère américain de l’éducation pour distribuer des fonds supplémentaires aux écoles et aux districts scolaires avec un fort pourcentage d’élèves issus de familles à faibles revenus. Aujourd’hui, la plupart des pays développés ont mis en place des dispositifs d’éducation prioritaire. En France, l’éducation prioritaire (EP) apparaît dans les années 1980 avec, initialement, une vocation temporaire. Néanmoins, le dispositif a non seulement perduré mais a été étendu : le pourcentage de collégiens scolarisés en éducation prioritaire est passé de 10 % à 20 % au cours du temps. Depuis la réforme de 2006, le dispositif d’éducation prioritaire est composé de deux branches qui diffèrent du point de vue des moyens supplémentaires mis en place (il s’agit d’une spécificité française). Depuis 2014, ces deux branches sont les REP (réseau d’éducation prioritaire) et REP+ (dispositif d’éducation prioritaire renforcé). À la rentrée 2024, on comptait 362 collèges REP+, 732 collèges REP, 2 458 écoles REP+ et 4 131 écoles REP. Ces établissements scolarisent plus de 1,6 million d’élèves. C’est donc un dispositif massif en comparaison internationale. Comme son intitulé l’indique, l’éducation prioritaire fonctionne en France sous forme de réseau. On trouve à la tête de chaque réseau un collège, auquel les écoles du secteur sont rattachées. Le pilotage du réseau est assuré par des chefs d’établissements, inspecteurs et coordinateurs primaire/collège. Chaque réseau établit un projet et des objectifs. Il est assez difficile d’évaluer les moyens supplémentaires dont bénéficie l’éducation prioritaire car il n’existe pas de budget et de suivi spécifiques. La dernière estimation de la Cour des comptes remonte à l’année 2017, avec un surplus de moyens évalué à 1,7 milliard d’euros, soit environ 1 000 euros par élève. Ces moyens supplémentaires sont essentiellement utilisés pour rémunérer du personnel et permettre de réduire la taille des classes ou d’augmenter le taux d’encadrement. De fait, on compte aujourd’hui en moyenne 21 élèves par structure dans les collèges EP, contre 23,4 hors EP ; 12,8 élèves dans les CP de REP, contre 21 hors EP (dédoublement des classes). L’écart de taille de classes entre collèges de REP et collèges hors EP a eu tendance à se réduire en raison des évolutions démographiques (baisse des effectifs hors EP, stabilité en EP). Il est difficile d’évaluer les effets de l’éducation prioritaire car celle-ci scolarise, par construction, des élèves qui ont en moyenne des caractéristiques différentes des autres élèves. En recourant à différentes stratégies d’estimation, la plupart des études mettent en évidence des effets faibles ou non significatifs au collège1, un peu plus encourageants dans l’élémentaire2. Cette faiblesse des effets peut avoir plusieurs explications : modicité des moyens supplémentaires alloués au regard des difficultés ; effets de stigmatisation et d’évitement des familles les plus favorisés3 ; turn-over plus élevé observé chez le personnel enseignant et d’encadrement. |