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L’adhésion républicaine des jeunes dépend bien plus des contacts concrets avec l’école et la police que des cérémonies et symboles promus par l’Etat (Sébastian Roché à La Croix)

23 juillet

« Une nation doit faire adhérer chaque nouvelle génération »
Défilé du 14-Juillet, hommage au drapeau, hymne national : la République mise sur les symboles pour souder la nation. Mais selon le sociologue Sebastian Roché, c’est bien plus l’expérience quotidienne des jeunes avec l’école et la police qui façonne leur attachement à la République.

Lors de la formation des nations, les élites inventent des rituels et spectacles, une pratique assez communément partagée, présente dans tous les pays, sous différentes formes. Les chefs d’État aiment à se montrer à ces occasions comme chefs de la République unie et gardiens de la foi nationale. La république est un mot qui, en France, dans la bouche des responsables politiques fait référence à la nation (un collectif imaginé, la France) et à l’État (le chef de l’État, le vote). L’adhésion à la République combine donc le fait de se sentir français et de se reconnaître dans les figures et valeurs de l’État.

[...] L’expérience quotidienne de l’école
Dans une large étude des relations des jeunes à la République, La Nation inachevée, la jeunesse face à l’école et la police (Grasset, 2022), nous avons pu montrer que celles-ci dépendaient avant tout des contacts concrets avec des agents des administrations, l’école et la police. Les abstractions que sont la nation et l’Était ne peuvent être rencontrées, mais l’enseignant ou le policier oui. Et l’accumulation des expériences sensibles va leur donner sens.
Ce qui compte, ce n’est pas de pouvoir lire la devise républicaine et d’entonner l’hymne national, mais c’est l’expérience quotidienne de l’école : y être « bon », y avoir de « bonnes » relations avec les enseignants, constater qu’on n’est pas scolarisé dans un établissement ghetto, ou encore ne pas s’y voir discriminé en matière d’orientation en raison de son genre ou de son apparence physique – ce qui est hélas démontré par plusieurs travaux. C’est d’ailleurs peut-être la raison pour laquelle les jeunes musulmans se sentent plus français lorsqu’ils sont scolarisés dans des établissements privés.

Les expériences discriminatoires effacent l’adhésion républicaine
C’est également vrai pour la police. Lorsque les adolescents ont, par exemple dans un cadre scolaire visant à la prévention des risques ou des conduites addictives, des contacts positifs avec les policiers, ils adhèrent plus à l’idée de laïcité ouverte, ou croient davantage dans l’importance du vote.

À l’inverse, les expériences de discrimination qui se traduisent par des contrôles à répétition effacent toute cette adhésion républicaine. Les jeunes qui sont multicontrôlés, qui sont brutalisés lors des contrôles perdent leur foi dans les valeurs promues par l’État, et dans l’idée que le collectif national est fait pour eux. Faut-il préciser qu’ils sont plus souvent qu’à leur tour ceux des quartiers pauvres et appartenant aux minorités ethniques ? [...]

Extrait de la-croix.com du 14.07.26