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L’éducation à l’orientation en France : Anatomie d’un échec récurrent, par Bernard Desclaux, Sylvie Condette, Jérôme Martin, l’Harmattan, juillet 2026

29 juillet

L’éducation à l’orientation en France : Anatomie d’un échec récurrent
Desclaux Bernard ; Condette Sylvie ; Martin Jérôme

Éditeur : l’Harmattan

Collection / Série : Orientation insertion métiers

186 p. 20.00€

Résumé :
Depuis quarante ans, l’éducation à l’orientation (EAO) revient régulièrement dans les politiques éducatives françaises. Annoncée comme une évidence, promise comme une révolution, elle peine pourtant à s’enraciner dans le système scolaire.
Pourquoi cette innovation consensuelle rencontre-t-elle des résistances persistantes ? Comment expliquer cette « amnésie institutionnelle » qui pousse chaque gouvernement à redécouvrir l’EAO sans tirer les leçons du passé ? Innover suppose d’intéresser les acteurs et de tisser des alliances fragiles. Or l’EAO ne réunit jamais tous ses alliés : enseignants réticents, conseillers marginalisés, institutions résistantes, administrations paralysées.
Ce livre montre que les innovations éducatives sont des batailles d’intérêts et de pouvoirs bien plus que des débats pédagogiques. Il décortique les mécanismes qui transforment les réformes en reproduction du même et interroge les contradictions du système éducatif français : entre massification et sélection, entre émancipation affichée et contrôle structurel.
Une enquête radicale sur les conditions du changement.

Extrait de bnf.fr du

 

Toujours sur le métier, jamais achevée
Mon nouveau livre paraît le 16 juillet 2026 chez L’Harmattan, « L’éducation à l’orientation en France. Anatomie d’un échec récurrent » et je dois vous prévenir : il ne propose aucune recette. Il pose une énigme qui m’obsède depuis quarante ans. L’éducation à l’orientation est réclamée par tous, relancée sans cesse, et pourtant elle ne prend jamais. Pourquoi ? J’ai voulu, cette fois, en disséquer les raisons, pièce par pièce, quitte à déranger quelques certitudes.

Une énigme, pas une panne technique
Reprenons les faits, ils sont têtus. Dès les années 1980, on veut apprendre aux élèves à choisir plutôt qu’à subir leur orientation. En 1996, une circulaire installe officiellement l’éducation à l’orientation[1]. Depuis, les relances se succèdent, jusqu’aux annonces présidentielles sur la découverte des métiers dès le collège et au récent Plan Avenir[2]. Le consensus est total : tout le monde en veut. Et rien ne tient.

On pourrait croire à une panne technique, de celles qu’une bonne circulaire ou une belle plateforme suffirait à réparer. C’est justement la thèse que je récuse. Quarante ans d’échecs qui se ressemblent, ce n’est plus de la malchance : c’est une structure. Quelque chose, dans notre système éducatif, résiste avec constance à cette innovation-là. Reste à savoir quoi, et c’est tout l’objet du livre.

Vous avez peut-être vécu ce paradoxe de l’intérieur. Comme enseignant, sommé d’ajouter l’orientation à un emploi du temps déjà plein. Comme élève, à qui l’on a demandé de « construire son projet » sans jamais lui en donner ni le temps ni les moyens. Enfin comme parent, devant l’avis d’un conseil de classe qui « oriente » votre enfant en quelques minutes malgré l’élaboration d’un tout autre projet. Ce sentiment diffus qu’il y a là quelque chose qui cloche, le livre entreprend de le nommer.

Un indice, tout de même. Le mot « orientation » lui-même est piégé. Il désigne à la fois le geste de celui qui s’oriente et l’opération par laquelle une institution vous oriente, c’est-à-dire vous trie. Entre ces deux sens se loge un malentendu que quarante ans de réformes n’ont jamais dissipé. Je ne vous dirai pas ici comment il se dénoue. Mais si vous avez déjà pressenti que l’école française sait mieux trier qu’accompagner, ce livre vous donnera les mots pour le dire.

D’où je parle
Je n’écris pas depuis un fauteuil de théoricien mais comme directeur de centre d’information et d’orientation, aujourd’hui honoraire, et responsable de la formation à l’éducation à l’orientation dans l’académie de Versailles durant une dizaine d’année. Près de quarante ans de métier, dont une part passée à croire, moi aussi, que former les acteurs suffirait à les convaincre. Le chapitre où je raconte cette expérience versaillaise est sans doute le plus personnel du livre, et le plus désenchanté. Je vous laisse en juger.

Pour comprendre ce qui m’avait échappé sur le terrain, il m’a fallu une grille. J’ai emprunté aux sociologues Michel Callon et Bruno Latour leur théorie de la traduction[3] [3], une manière de suivre une innovation non pas comme un objet qu’on diffuse, mais comme une idée qui se déforme à chaque fois qu’elle change de mains. Cette lampe-là éclaire crûment pourquoi l’éducation à l’orientation se défait à mesure qu’on la relance. Je ne déroulerai pas ici la démonstration : disons simplement qu’elle m’a conduit à des conclusions que je n’attendais pas en commençant.

Quatre facteurs qui s’emboîtent, et un test grandeur nature
Je pourrais vous livrer mes conclusions en quelques lignes. Autant vous vendre la mèche et gâcher l’enquête. Je préfère vous en indiquer les grandes étapes, et vous laisser les parcourir.

Le cœur de l’ouvrage dissèque l’échec en quatre facteurs qui s’emboîtent, que je dénomme ainsi : l’effet de tenaille, l’engrenage disciplinaire, la boucle de légitimation, le trop-plein de valeurs. Ces étiquettes désignent quatre mécanismes très concrets, dont aucun ne relève de la mauvaise volonté des acteurs, et dont l’articulation explique pourquoi chaque réforme échoue à peu près de la même façon. À quoi tiennent-ils exactement ? C’est ce que j’essaye d’exposer en quelques chapitres.

L’ouvrage se referme sur un épilogue que l’actualité m’a offert : le Plan Avenir, présenté en juin 2025 comme une nouvelle ambition pour l’orientation[4]. Je l’ai confronté au diagnostic qui ressort de cette dissection, comme on soumet une théorie à un test grandeur nature. Le confirme-t-il, ou le dément-il ? J’ai mon idée, et le livre la défend. Je vous laisse le lire pour voir si vous êtes convaincu.

Un mot, enfin, sur l’enjeu. Ce livre parle d’orientation, mais il parle en creux d’autre chose : de la capacité même de l’école française à se transformer. Si une innovation aussi consensuelle échoue avec une telle régularité, que dire des réformes plus ambitieuses encore ? L’éducation à l’orientation devient alors un révélateur, une sorte de test décisif appliqué à tout le système. Ce que ce test révèle, je préfère vous laisser le découvrir : le constat est rude.

Reste, au bout, une question que je ne fais qu’effleurer ici et que l’ouvrage travaille jusque dans ses dernières conséquences : et si cet échec n’était pas un raté du système, mais l’un de ses effets les plus fidèles ? Si tel était le cas, aucune énième relance n’y changerait rien, et il faudrait chercher ailleurs. Où ? Je vous attends dans les pages.

Alors, cette anatomie que mon livre vous propose tient-elle debout ? Lisez, et venez me contredire. N’hésitez pas à commenter !

Mon livre, « L’éducation à l’orientation en France. Anatomie d’un échec récurrent », paraît chez L’Harmattan. On peut le commander directement sur le site de l’éditeur : la fiche du livre sur editions-harmattan.fr. Il est également pré-commandable sur d’autres sites, comme Amazon, la Fnac ou Cultura. C’est mon troisième ouvrage dans cette maison, après ceux consacrés aux procédures d’orientation (2020) et aux centres d’information et d’orientation (2022)[5].

Bernard Desclaux

Notes
[1] Ministère de l’Éducation nationale. (1996). Circulaire relative à l’éducation à l’orientation au collège. Bulletin officiel de l’Éducation nationale.

[2] Déclarations présidentielles sur la découverte des métiers dès le collège (2022) ; Plan Avenir pour l’orientation, présenté le 5 juin 2025.

[3] Akrich, M., Callon, M., & Latour, B. (1988). À quoi tient le succès des innovations ? Gérer et comprendre, Annales des Mines.

[4] Pour une première lecture critique, voir Desclaux, B. (26 juillet 2025). Le Plan Avenir, t’y crois ou t’y crois pas ? https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2025/07/26/le-plan-avenir-ty-crois-ou-ty-crois-pas/

[5] Desclaux, B. (2020). Orientation scolaire : les procédures d’orientation. Mises en examen. L’Harmattan ; et (2022). Le centre d’information et d’orientation (CIO) : une structure « à la marge » de l’Éducation nationale. L’Harmattan.

https://blog.educpros.fr/bernard-desclaux/2026/07/15/toujours-sur-le-metier-jamais-achevee/