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> La mixité sociale et scolaire est consubstantielle à l’Ecole. Sans mixité (…)
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Jamais aucune brebis n’a joué à « Loup y es-tu ? Que fais-tu ? »
Le Centre national du livre a publié, à la mi-avril, une enquête IPSOS-BVA sur les jeunes Français et la lecture, pour se désoler du temps passé sur les écrans au détriment du papier. Tous les médias ont repris ces données pour s’en désoler, en considérant comme une évidence qu’il faille s’en désoler. Pourquoi serait-il plus essentiel de lire un bon roman policier que de jouer à un bon jeu d’aventure sur écran ? Cette désaffection pour la lecture menace-t-elle notre culture ? Et si oui, quelle est la responsabilité de l’Ecole ?
[...] Il appartient évidemment à l’Ecole, de la Maternelle à l’Université de donner, autant que faire se peut, à tout un chacun l’accès au plus grand nombre d’oeuvres, d’accompagner, autrement que ne le fait la famille et l’entourage, l’enfant vers l’âge adulte en humain capable de s’émouvoir. L’initiation, je reviens à la lecture aux tout petits, au "Il était une fois...", qu’il s’agisse d’un imagier ou d’un conte de Perrault, donne par elle-même la première et la plus importante des clés, l’enfant comprend l’essentiel, un autre monde existe, il est contenu dans cet objet, un livre, dont, par l’entremise d’un adulte, il sort comme le génie de la lampe d’Aladin.
Cette expérience précoce de l’émotion provoquée par ce qui n’existe pas à une importance capitale en termes de développement cognitif. Le livre donne une réalité au "Il". Les deux premières personnes, celles que désignent le "Je" et le "Tu" sont présentes, elles sont dans l’immédiat alors que le "Il" est celui dont on parle mais qui n’est pas là, celui qu’on a vu ou celui qu’on verra plus tard, ou celui qu’on ne verra jamais. La lecture donne accès à la représentation de l’absence, donc à l’abstraction, donc à la connaissance, au symbolique.
L’Ecole, le lieu où l’enfant rencontre des enfants et des adultes qu’il n’a pas choisis
Il s’agit maintenant, pour que l’enfant progresse en humanité, de lui donner accès à une grande diversité d’oeuvres, donc à une diversité d’inconnus avec qui partager des émotions indicibles. C’est pourquoi il est si important que l’Ecole reste le lieu où l’enfant rencontre d’autres enfants qui ne sont pas de son cercle familial ni d’amis de ses parents, mais des camarades qu’il n’a pas choisis, c’est pourquoi la mixité sociale et scolaire est si importante, qu’elle est consubstantielle à l’Ecole.
Elle en est la condition et la conséquence. Sans mixité sociale, pas d’émotion partagée avec différent de soi qui est à la fois nécessaire aux apprentissages et la finalité des apprentissages pour qu’ils tendent à faire de l’enfant un futur humain, partie prenante de toute l’humanité. [...]