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La ségrégation sociale entre les collèges : enjeux et mécanismes, article d’Olivier Monso (Diversité 208 | 2026 Les marges en éducation)

10 juillet

La ségrégation sociale entre les collèges : enjeux et mécanismes
Olivier Monso

Dans le contexte du système éducatif français, la ségrégation sociale entre les collèges se définit par les écarts entre ces établissements suivant les milieux sociaux des élèves qu’ils scolarisent. L’objectif de réduire cette ségrégation a été au cœur de plusieurs mesures et plans lancés par le ministère chargé de l’Éducation nationale. Ma thèse s’inscrit dans le cadre des travaux qui ont accompagné la mise en œuvre de ces politiques, afin de mieux comprendre les dynamiques et les conséquences de la ségrégation. Elle me conduit à dégager trois résultats principaux. Premièrement, les effets de la ségrégation sociale entre collèges sur les inégalités sociales de compétences sont faibles, même s’il existe vraisemblablement des effets plus marqués sur les dimensions non cognitives et les parcours. Deuxièmement, la stabilité du niveau de ségrégation sociale entre collèges en France depuis vingt ans correspond à deux mouvements en sens opposé, la baisse de la ségrégation parmi les collèges publics, et la hausse des écarts de profil social entre collèges privés et publics. Cette situation peut s’interpréter par l’intermédiaire d’un report croissant des familles de milieu social favorisé du secteur public vers le secteur privé. Troisièmement, le rôle du secteur privé dans la ségrégation est malgré tout à nuancer au regard de la ségrégation de l’habitat, qui est déterminante.

[...]

Conclusions et perspectives
Pour améliorer la mixité sociale dans les collèges, ma thèse permet d’aboutir à un certain nombre de recommandations, qui concernent en premier lieu la collecte de nouvelles données. Cela inclut une meilleure remontée et exploitation des données de sectorisation des établissements scolaires, afin de reproduire de façon plus systématique les analyses présentées précédemment.

De telles données permettront également d’améliorer les outils d’aide à la décision, au service des politiques de mixité sociale. La mise en place de politiques efficaces nécessite en effet un ciblage adéquat de territoires où existent de forts contrastes de profils sociaux entre collèges proches, ce qui permet par exemple d’envisager la mise en place de secteurs multicollèges ou une modification de la sectorisation (Botton, Souidi, 2022 ; Botton, 2023).

De ce fait, les recherches précitées, tout en montrant l’existence de telles marges de manœuvre, interrogent également la capacité des politiques éducatives à progresser autrement que par ces « marges », et à bénéficier aux élèves sur tous les territoires, y compris ceux où les mesures de mixité sociale sont plus difficiles à concevoir. Par ailleurs, la faiblesse du lien entre profil social des collèges et acquis cognitifs incite à penser d’autres politiques, en complément de la mixité sociale, pour améliorer les compétences des élèves de milieux défavorisés. Dans un contexte où les inégalités sociales de compétences en France sont parmi les plus fortes de l’OCDE (DEPP, 2025b), les enjeux à poursuivre cet objectif sont importants, tout autant que les difficultés à y parvenir. Des recherches récentes ayant trait aux changements de pratiques pédagogiques, ou encore au soutien à l’implication des parents, ont toutefois ouvert des pistes prometteuses à cet égard (Barone et al., 2019 ; Azmat et al., 2022 ; Deauvieau, Gioia, 2024).

Extrait de journals.openedition.org de juillet 2026

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