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B* La Loire se mobilise massivement autour de l’éducation prioritaire (Le Café)

11 mai

Éducation prioritaire : la Loire se mobilise massivement face à l’abandon de l’État

Dans la Loire, la mobilisation autour de l’éducation prioritaire prend une ampleur exceptionnelle. Enseignants, personnels éducatifs, élus et familles tirent la sonnette d’alarme. Le département concentre à lui seul une part importante d’établissements aux IPS faibles. Sur les 21 collèges identifiés au niveau national comme présentant toutes les caractéristiques de l’éducation prioritaire sans en avoir les moyens, trois se trouvent dans l’académie de Lyon — dont plusieurs dans la Loire. À cela s’ajoutent une dizaine d’écoles affichant un indice de position sociale (IPS) inférieur à 80. Ces établissements ont d’ailleurs été reconnus comme « aberrants » par le ministère de l’Éducation nationale, sans que cela ne se traduise concrètement par des moyens supplémentaires.

Une mobilisation qui s’étend
Plusieurs collèges sont engagés dans des mouvements de grève depuis plusieurs semaines. Le collège Honoré d’Urfé à Saint-Etienne, notamment, a été mobilisé durant une semaine. Classé parmi les établissements qui ont tout d’un REP sauf les moyens, il scolarise près de 1000 élèves dans des conditions jugées de plus en plus difficiles. Ce gros collège vient d’ailleurs d’une fusion de deux établissements, dont l’un était classé en éducation prioritaire, relève le co-secrétaire départemental de la FSU Romain Allard. Les personnels demandent le classement en éducation prioritaire afin de bénéficier de moyens adaptés (effectifs réduits, accompagnement renforcé, meilleures conditions de travail). La proposition de limitation des classes à 28 élèves évoquée lors de l’audience avec le cabinet de la rectrice est jugée insuffisante au regard des besoins.

Au collège Edmond Richard, à Saint-Chamond, la situation est similaire. Avec de faibles indices sociaux, des effectifs élevés et un manque de moyens, les équipes éducatives dénoncent une impossibilité croissante à répondre aux besoins des élèves. Là aussi, la grève a été engagée « pour alerter sur la situation très préoccupante de l’établissement en termes de moyens humains et budgétaires, situation qui met en péril la réussite de tous les élèves et la mission de service public de l’Ecole ». Elles soulignent le contexte dégradé des conditions d’enseigne la paupérisation de la population scolaire, leur IPS est de 84 (l’IPS académique est de 102) et l’augmentation du nombre de boursiers.

Un mouvement soutenu politiquement
Cette mobilisation bénéficie d’un soutien politique. Le maire de Saint-Étienne, Régis Juanico (PS), ainsi que le député Philippe Courbon (PS), ont exprimé leur appui aux équipes éducatives. Georges Ziegler (LR) président du conseil départemental a aussi adressé début avril dans lequel il interpelle la rectrice de l’académie de Lyon sur la situation du collège Honoré d’Urfé. « Nous sommes pleinement conscients des préoccupations exprimées par les parents d’élèves, les enseignants et les membres du conseil d’administration, notamment au regard des incidents récents, en grande partie liés à des effectifs particulièrement élevés. Avec près de 1000 élèves accueillis, l’établissement subit une pression importante qui impacte directement la vie scolaire. »

Il précise que le département a engagé plusieurs mesures : révision de la sectorisation, renforcement de la sécurité, moyens humains supplémentaires, mais estime qu’elles restent insuffisantes. Pour le président du Conseil départemental, la mobilisation de la communauté éducative reflète un malaise profond et appelle à une réponse plus ambitieuse de l’Éducation nationale. Dans ce contexte, la collectivité soutient clairement la demande de classement en REP+, jugée « pleinement légitime » pour garantir des moyens adaptés et répondre aux enjeux d’équité territoriale.

Un malaise structurel
Au-delà des revendications locales, cette mobilisation met en lumière un problème national : la carte de l’éducation prioritaire n’a pas été révisée depuis 2015, malgré une paupérisation croissante de certains territoires. Dans la Loire, les équipes éducatives font également face à d’autres difficultés, notamment un nombre important d’élèves en situation de handicap sans accompagnement suffisant, accentuant la pression sur les personnels. Dans le département, sur les 4 571 élèves bénéficiant d’une notification MDPH (Maison départementale des personnes handicapées), 894 sont en attente d’un accompagnement, selon des chiffres fournis par le député Pierrick Courbon (PS) au Journal Le progrès, soit un taux de carence de 19,55 % qui monte même à 24 % dans le secondaire. Au niveau national, ce taux est de 14 %.

Par ailleurs, plusieurs écoles stéphanoises — Centre 2, La Veüe, Dora Rivière, Solaure, La Jomayère et la maternelle Champagne — sont elles aussi mobilisées pour obtenir leur classement en éducation prioritaire.

Dans la Loire, les indicateurs sociaux apparaissent plus dégradés qu’au niveau national alerte le Snes Fsu départemental. L’indice de positionnement social (IPS) moyen y est de 97,4, contre 100,9 en France. L’écart se creuse aussi en éducation prioritaire : 81,7 en REP dans la Loire contre 86 au niveau national, et 73,1 en REP+ contre 74,6. Ces chiffres illustrent une réalité : des établissements accueillant des publics plus fragiles, sans bénéficier pour autant des moyens adaptés, ce qui renforce les inégalités.

Une carte de l’éducation prioritaire en jachère
Pour les syndicats, notamment la FSU, la situation est claire : il y a urgence à revoir en profondeur la politique d’éducation prioritaire. « La carte est figée depuis trop longtemps, alors que les réalités sociales ont évolué », dénoncent-ils. La mobilisation actuelle, inédite par son ampleur dans le département, illustre un malaise profond et persistant. Les personnels réclament désormais une réponse nationale à la hauteur des enjeux, estimant que le dossier de la carte de l’éducation prioritaire a été refermé trop rapidement et depuis trop longtemps par le ministère.

Djéhanne Gani

Extrait de cafepedagogique.net du 07.05.26

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