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Municipales à Paris : ce que veut Emmanuel Grégoire pour l’école publique
11 février 2026
Dans une capitale marquée par une ségrégation scolaire record et une progression continue de l’enseignement privé, le candidat de la gauche à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire (PS, Ecologistes, PCF, Place publique, L’après, gauche républicaine et sociale) place l’école publique au cœur de son programme municipal. Mixité sociale, régulation du privé, réforme du périscolaire et accès à la culture : le candidat de la gauche entend faire de l’éducation un levier majeur de justice sociale. Il dévoile son programme au Café pédagogique en avant-première.
Une école parisienne sous fortes tensions
À Paris, l’école concentre aujourd’hui des enjeux nationaux majeurs. Mixité sociale et scolaire, fermetures de classes, suppressions de postes, crise du périscolaire et concurrence accrue de l’enseignement privé structurent le débat éducatif. Académie la plus ségréguée de France, la capitale connaît une situation singulière : la baisse démographique touche presque exclusivement l’enseignement public, tandis que les effectifs du privé se maintiennent, et donc progressent.
C’est dans ce contexte qu’Emmanuel Grégoire, un candidat de la gauche aux élections municipales, dévoile son programme éducatif. « Je veux mettre le sujet sur la table », affirme-t-il, revendiquant une approche fondée sur le débat démocratique et le dialogue avec l’ensemble de la communauté éducative.
L’école publique comme cœur du quartier
Dans sa vision de la « ville du quart d’heure », l’école doit redevenir le cœur du quartier, un lieu de cohésion sociale et de protection de l’enfance. Le candidat insiste sur la nécessité de porter une attention particulière aux élèves les plus fragiles et aux familles modestes. Le gel des tarifs de la restauration scolaire et la gratuité du goûter pour tous sont présentés à la fois comme des mesures de pouvoir d’achat et comme des outils de lutte contre les inégalités.
Pour Emmanuel Grégoire, ces choix relèvent pleinement d’une politique éducative : garantir à tous les enfants des conditions d’apprentissage comparables, indépendamment de leur origine sociale ou du quartier dans lequel ils vivent. Il prévoit une hausse de 6% du budget de l’Ecole.
Rendre l’école publique plus attractive
Face à la montée en puissance de l’enseignement privé, Emmanuel Grégoire assume une stratégie offensive. « Il faut rendre attractive l’école publique », martèle-t-il, en lui redonnant un « avantage comparatif ». Cela passe par un renforcement des enseignements, notamment en langues, sciences et enjeux environnementaux, en s’appuyant sur un atout parisien : les professeurs de la Ville de Paris. Avec 850 enseignants intervenant en musique, sport et arts visuels sur le temps scolaire, la capitale dispose d’un dispositif unique en France, que le candidat souhaite consolider et valoriser. Il s’engage également à pérenniser la décharge des directions d’école, mobilisées depuis la remise en question de ce statut.
Le programme « 1 mois, 1 découverte » visent à faire de l’école un lieu d’ouverture culturelle et sportive à l’aide de partenariats avec les institutions culturelles. Le développement des classes découvertes et les échanges entre écoles de France poursuivent le même objectif d’élargir les horizons des élèves, de découvrir le patrimoine, la nature ou la culture « pour apprendre autrement et donner du sens à l’école républicaine ».
La question du logement des enseignants est également identifiée comme un levier essentiel pour renforcer l’attractivité de l’école publique dans une ville où le coût de la vie constitue un frein majeur au recrutement et à la stabilité des équipes.
Périscolaire, rythmes de l’enfant : « une crise » et une question à remettre à plat
« On est percuté par une crise du périscolaire », reconnaît Emmanuel Grégoire. Depuis des semaines, les annonces de violences sexuelles font la Une. La protection des enfants est annoncée comme un impératif absolu, pour ce faire, le programme prévoit de former, alerter, prévenir et recueillir la parole des enfants, avec le dispositif des boites aux lettres ‘les papillons’ par exemple. Il a annoncé par ailleurs la création de 2 800 postes dans le périscolaire, une filière de titularisation et la création d’un corps de catégorie A pour les directeurs et intervenants, afin de professionnaliser un secteur fragilisé.
Une convention citoyenne parisienne dès avril 2026
« Je veux une politique éducative cohérente, lisible, exigeante, construite avec la communauté éducative et les familles », explique le candidat dans son programme, avec pour objectif de formuler des propositions opérationnelles traduites ensuite en décisions municipales.
Dix ans après la mise en place des nouveaux rythmes, il souhaite rouvrir le débat sur l’organisation des temps éducatifs (scolaire, périscolaire, extrascolaire et familial). Pour cela, il propose la création d’une Convention citoyenne parisienne des temps éducatifs, réunissant parents, enfants, enseignants, animateurs, agents de la Ville, associations et experts dès avril.
Mixité sociale : réguler la place du privé
La question de la mixité constitue un fil rouge du projet. À Paris, 26 % des élèves sont scolarisés dans le privé sous contrat, une proportion qui atteint 37 % au collège et 40 % au lycée. Selon plusieurs travaux de recherche, sans inflexion politique forte, l’enseignement privé pourrait devenir majoritaire dans la capitale à l’horizon de la prochaine décennie.
Emmanuel Grégoire défend une ligne claire : « Une école privée financée par l’impôt doit participer au service public ». « On ne peut pas tolérer un secteur privé en free style. Il n’y a pas de débat démocratique sur le sujet, c’est un non-dit », dénonce-t-il. Le candidat plaide pour davantage de transparence sur les critères de recrutement, des objectifs de mixité sociale et scolaire, ainsi qu’un système de bonus-malus sur les financements. Il souhaite également remettre en question le financement d’élèves non parisiens scolarisés dans le privé à Paris.
« Sinon, on ne se bat pas à armes égales. L’école publique se retrouve à gérer tous les impensés de la société », alerte-t-il, évoquant notamment l’accueil des élèves en situation de handicap ou sans solution spécialisée.
De la maternelle au collège, une continuité éducative : le péricollège
Refusant de laisser le collège dans un « angle mort » des politiques municipales, Emmanuel Grégoire propose de renforcer l’accompagnement des collèges avec une offre de « péricollège » sur le modèle des centres de loisirs avec des activités sportives, culturelles, aides aux devoirs. Les années collège sont des années cruciales et redoutées par les familles, notamment sur les enjeux de harcèlement, de décrochage scolaire, de santé mentale. L’inclusion et la « ville à hauteur d’enfants » irriguent l’ensemble du programme, à travers le développement des rues aux enfants, des cours Oasis, la rénovation du bâti scolaire, la santé scolaire et l’accès à une restauration de qualité.
Une bataille politique autour de l’école
L’école est devenue un marqueur politique central au niveau national. Les collectivités sont aussi des actrices majeures. Là où d’autres projets politiques municipaux privilégient sécurité ou propreté, Emmanuel Grégoire fait le choix d’inscrire son programme dans une bataille pour la mixité sociale et la défense de l’école publique, présentée comme un pilier essentiel de la cohésion sociale et territoriale de la capitale.
Djéhanne Gani
Dans le Café pédagogique :
A Paris, l’école publique au cœur du débat municipal