> LA RUBRIQUE UNIQUE à partir de novembre 2025 > Un collectif de l’est lyonnais pour les lycées en éducation prioritaire (…)

Voir à gauche les mots-clés liés à cet article

Un collectif de l’est lyonnais pour les lycées en éducation prioritaire (Clep) réclame le retour des lycées en EP

21 janvier

[Courrier reçu par l’OZP]
Veuillez trouver ci-joint un communiqué de presse du CLEP (Collectif pour les lycées en éducation prioritaire). 7 lycées de l’est lyonnais appellent à un retour des lycées dans l’éducation prioritaire.
En pièce jointe également le texte de l’appel et les lycées signataires.

Nicolas Kemoun, professeur de SES au lycée Robert Doisneau de Vaulx-en-Velin (pour le CLEP).

CP du Collectif pour les Lycées de l’Education Prioritaire (CLEP) 18 janvier 2026

Contre la relégation, l’émancipation !

Devant l’inaction « aberrante » du ministère nous avons avons décidé de créer un Collectif des Lycées de l’Education Prioritaire, CLEP, qui lance dès aujourd’hui une campagne nationale pour l’entrée des lycées de quartiers populaires dans la carte de l’éducation prioritaire.

En effet, malgré la reconnaissance de « situations aberrantes », qui excluent de l’éducation prioritaire des collèges et des écoles défavorisés, le ministère de l’Education Nationale a décidé de geler la carte de l’éducation prioritaire jusqu’en 2027. Ce gel concerne aussi les lycées qui sont sortis de cette carte en 2015.

Ainsi, des raisons politiques, pour ne pas dire politiciennes, de calendrier et d’opportunité (élections municipales en 2026, présidentielles de 2027), passent avant la rectification de « situations » pourtant reconnues comme « aberrantes ».

Enseignants dans des lycées de quartiers populaires de l’agglomération lyonnaise, nous dénonçons avec force la sortie des lycée de la carte de l’éducation prioritaire depuis 2015 et la décision inique et « aberrante » de la geler jusqu’en 2027.

Nos élèves viennent des collèges REP et REP+ de l’Est lyonnais : ils bénéficient à ce titre d’effectifs allégés et de moyens supplémentaires. Comment justifier qu’ils perdent ces moyens en arrivant en seconde ?

Nos établissements concentrent les difficultés sociales et scolaires, et pourtant le turnover des personnels y est disproportionné par rapport aux autres établissements. Cela tient à l’absence de moyens supplémentaires pour stabiliser les équipes, comme des temps de concertation ou des indemnités spécifiques.

Nous revendiquons donc la refonte de la carte de l’éducation prioritaire, afin de rectifier les situations aberrantes et d’y faire entrer les lycées de quartiers populaires.

Nous ne voulons pas devenir des zones de relégation ; nous devons être des lieux d’émancipation.

L’appel que nous allons diffuser largement est en pièce jointe.

Si vous souhaitez soutenir cette démarche et y contribuer, voilà ce que vous pouvez faire :

Faire adopter l’appel dans votre lycée en HIS ou en AG.
Envoyer un mail pour indiquer que l’appel est signé dans votre lycée à l’adresse CollectifLyceeEducationPrioritaire@proton.me
Vous inscrire à la liste d’échanges entre personnels des lycées qui devraient relever de l’éducation prioritaire (soit parce qu’il a relevé par le passé d’un dispositif d’éducation prioritaire, soit parce qu’il accueille une majorité d’élèves scolarisés en REP et REP+ au collège, soit parce que son IPS est inférieur à 100). Pour s’inscrire à cette liste, remplir le frama suivant : https://lite.framacalc.org/qnas1mo4b2-aj3w
Diffuser le plus largement possible cet appel.

 

L’APPEL DU CLAP

Collectif pour les Lycées en Education Prioritaire (CLEP)
Appel pour un retour des lycées dans l’éducation prioritaire

Dans les lycées des quartiers populaires, l’éducation doit redevenir prioritaire !
La France est régulièrement épinglée dans les enquêtes internationales comme PISA pour le caractère profondément inégalitaire de son système scolaire, le lien entre origine sociale et réussite y étant particulièrement marqué. C’est un constat terrible : loin d’ouvrir à chacun·e une destinée sociale déconnectée de son origine, l’école reproduit et amplifie les inégalités de naissance. Or, la seule politique exclusivement conçue pour réduire ces inégalités scolaires exclut de fait les lycées de l’éducation prioritaire depuis la publication de la carte de 2015.
Nous, qui enseignons dans des lycées accueillant une majorité d’élèves de milieux populaires - le plus souvent issus des collèges REP et REP+, concentrant les difficultés sociales et scolaires -, savons l’importance de disposer de moyens supplémentaires pour réduire les effectifs par classe, apaiser le climat scolaire et augmenter les temps d’apprentissage. Nous savons également la nécessité de
développer divers projets de soutiens à nos élèves et d’ouverture culturelle. Nous savons enfin que l’efficacité de nos lycées repose sur le travail collectif d’équipes pédagogiques stables et expérimentées. En effet, les difficultés de nos élèves ne disparaissent pas par magie pendant l’été qui suit la classe de troisième et précède leur entrée en seconde !
10 ans après l’exclusion des lycées de l’éducation prioritaire, nous avons pu constater sur le terrain la dégradation manifeste des conditions de travail et d’enseignement. Ainsi, il n’est plus rare dans nos lycées d’enseigner à des classes de 35 élèves, voire davantage, y compris dans les séries technologiques ! Nous constatons également la récurrence d’incidents graves entre élèves ou entre élèves et personnels : jets de projectile sur des enseignant.e.s, explosion de pétards ou de mortier d’artifice dans l’enceinte des établissements, etc.
Mais au-delà de ces événements spectaculaires, c’est bien la sensation que notre travail est empêché par une insuffisance chronique de moyens humains qui génère une immense frustration chez les enseignant.e.s de nos lycées des quartiers populaires.
Nous nous heurtons au mépris de notre hiérarchie face aux multiples alertes et aux dysfonctionnements chroniques que nous n’avons de cesse de dénoncer chaque année : enseignant·e·s non remplacé·e·s, manque criant de CPE, d’AED, d’AESH, de personnels du pôle médico-social, de personnels administratifs, d’agents d’entretien et de maintenance, recours toujours plus important à des personnels précaires, souvent recruté.e.s dans l’urgence et à qui le rectorat ne propose aucune formation sérieuse.
À quand une véritable prise en compte des difficultés spécifiques de nos établissements ? À quand une véritable prise en compte des besoins de nos élèves, majoritairement issu·e·s des quartiers populaires et des collèges REP ou REP + ? 10 ans après, il est temps de publier une nouvelle carte de l’éducation prioritaire et d’y inclure à nouveau les lycées. L’intégration des lycées à cette carte devra être assortie :
 de seuils fixes et clairs concernant les effectifs par classe (20 élèves maximum en Seconde GT et en voie Technologique ; 24 élèves maximum en Première et en Terminale Générales ; 12 élèves en CAP, 15 élèves en 3ème prépa métiers et en bac pro) ;
 de moyens supplémentaires conséquents, en heures-poste, pour dédoubler les classes et réaliser les projets pédagogiques dont nos élèves ont besoin ;
 d’embauches massives de personnels de vie scolaire (CPE et AED), de personnels du pole médico-social (infirmier·e·s, assistant·e·s sociaux.sociales, médecin scolaire, psychologue de l’éducation nationale) ;
 d’un système de bonifications pour les mutations, de primes pour tous les personnels exerçant dans nos lycées et d’avantages spécifiques d’ancienneté (ASA) de manière à stabiliser les équipes et rendre nos métiers attractifs ;
 de moyens pour l’éducation socio-culturelle
 de moyens pour la rénovation du bâti et des équipements et la mise aux normes.
Dans un contexte de coupes budgétaires massives dans les services publics, le détournement de l’argent public vers le privé a des effets délétères sur nos lycées qui subissent de plein fouet ces restrictions. Il est temps que les moyens soient alloués en fonction des besoins des élèves et de la communauté éducative, et non en fonction de logiques budgétaires injustes qui creusent depuis tant d’années déjà les inégalités, au détriment de nos élèves.

Les personnels des lycées Camus-Sermenaz (Rillieux-la-pape, 69), Robert Doisneau (Vaulx-en-Velin, 69), Jacques Brel (Vénissieux,69), Marcel Sembat (Vénissieux, 69), Pierre Brossolette (Villeurbanne, 69), Frédéric Faÿs (Villeurbanne, 69), LP Fernand Forest (St
Pries, 69).

 

Note du Quotidien des ZEP (QZ)
L’OZP s’est toujours prononcé contre une extension au lycées de la carte de l’éducation prioritaire
Voir - "Pourquoi avoir exclu les lycées de l’Éducation prioritaire ? ", témoignage d’un enseignant en lycée "accompagné" (ex-Zep) à Marseille (Docs sur l’Educ) - Rappel de la position de l’OZP

La position de l’OZP sur les question des lycées en éducation prioritaire
Voir Repères pour la carte de l’éducation prioritaire (5) : quelques questions à traiter, par Marc Bablet (Ozp) dans lequel Marc Bablet, membre du bureau et du Conseil scientifique de l’association, reprend l’argument développé de façon constante par l’OZP :

Education prioritaire et question du réseau et donc... des lycées

[...] "Cette politique repose sur l’idée qu’il y a de l’importance à suivre les mêmes élèves au long de leur scolarité. Aujourd’hui on peut dire qu’elle concerne l’école du socle commun c’est-à-dire l’école et le collège dans une continuité construite dans un réseau composé d’un collège et des écoles qui lui envoient des élèves.
Aussi les lycées n’ont-ils pas leur place dans l’éducation prioritaire. Le plus souvent, sauf dans quelques cas particuliers, ils ne l’ont d’ailleurs en pratique pas trouvée. Comment trouver des perspectives en continuité entre un collège et un LP de proximité qui recrute le plus souvent sur un grand nombre de collèges. Et même pour un lycée général, à l’exclusion de quelques cas où un lycée général recrute sur deux ou trois collèges en éducation prioritaire. L’idée de continuité pour les élèves a peu de sens, le passage au lycée se présentant plutôt comme une rupture qui va permettre d’aller vers plus de responsabilité dans leurs études et vers une propédeutique à des études supérieures. Le sens d’un travail de ce type a eu bien du mal à se concevoir et à exister. Les bases de données d’action du ministère comme celles tenues à jour sur le site de l’OZP ne permettent pas de trouver de véritables logiques de continuité entre collèges et lycées. Cette logique relèverait d’ailleurs plutôt de ce que l’on appelle « district » que de ce que l’on appelle réseau d’éducation prioritaire.
En revanche, cela ne signifie pas qu’il ne serait pas pertinent de concevoir une politique prioritaire adaptée aux lycées professionnels d’un côté notamment du fait que leur population est largement de milieu populaire et que leur action devrait comprendre une part importante d’enseignement des matières générales (contrairement à une vieille idée idéologiquement marquée à droite, qui voudrait qu’il faudrait à ces élèves davantage de formation métier que de formation générale) afin de pallier les insuffisances de ce qui a précédé et de leur permettre de prétendre ultérieurement à l’enseignement supérieur tant les évolutions sociétales et du travail amènent à des besoins de niveaux élevés de formation. Ceci serait tout à fait le contraire de ce qu’envisageait le gouvernement pour le lycée professionnel. On peut aussi tout à fait concevoir une politique prioritaire pour les lycées généraux qui accueillent de nombreux élèves de ZEP ou de milieux populaires. La récente publication des IPS des lycées doit permettre d’y travailler. Toutefois une telle politique prioritaire pour ces lycées ne serait pas la politique d’éducation prioritaire conçue pour un réseau écoles-collège."

 

Voir aussi : « A 37 par classe, c’est accepter des résultats décevants »… Pourquoi des lycées réclament leur retour en REP ou REP + ?

Répondre à cet article