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Quand le goût devient un levier de coéducation en REP+
Encourager un mode de vie actif et sain.
Cité éducative - Maternelle REP+ Michelle Pallet
À l’école maternelle Saint-Exupéry d’Angoulême du réseau REP+ du collège Michelle Pallet, une action d’éducation au goût a réuni élèves, parents et partenaires du territoire autour des enjeux de santé, de langage et de coéducation.
Inscrite dans le projet cité éducative "Encourager un mode de vie actif et soin", cet atelier de Caroline Bayle, animatrice culinaire d’Esprit Culinaire, s’inscrit plus largement dans une réflexion sur les leviers permettant de réduire les inégalités dès la maternelle, en travaillant conjointement les apprentissages scolaires et le lien aux familles.
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Descriptif de l’activité
L’intervention est assurée par Caroline Bayle, animatrice culinaire – Esprit Culinaire. Son approche accorde une place centrale au langage, à l’expérimentation et à l’adaptation aux jeunes publics, tout en favorisant l’implication des adultes accompagnateurs. L’animatrice intervient en Charente et dans les départements limitrophes sur demande.
Une entrée narrative pour mobiliser les élèves
La séance débute par un théâtre d’ombres, intitulé Tartarin le cuisinier, dans lequel un personnage souhaite préparer un petit déjeuner. Il est accompagné par Clémentine la jardinière qui l’emmène découvrir les fruits et légumes à la ferme.
Cette introduction, issue des ressources de [La maternelle du goût (créées en Bourgogne-Franche Comté https://draaf.bourgogne-franche-com] ..., permet de capter l’attention des élèves tout en installant un univers rassurant et signifiant.
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Des ateliers sensoriels pour enrichir le lexique et développer les compétences langagières
Les élèves, répartis en petits groupes accompagnés de leurs parents, participent à plusieurs activités pour trier, nommer, catégoriser. Les partenaires participent également pleinement à l’activité aux côtés de l’enseignante, Madame Céline Dherret et de son ATSEM, Madame Sylvie Dussubieux : Monsieur Jean-François Mariet, coordonnateur du réseau Michelle Pallet, Monsieur Marc Rouchon de l’atelier Santé-Ville d’Angoulême et Madame Justine Garandeau, responsable famille de la MJC Mosaïque.
Les enfants doivent trier : les fruits et légumes sur une feuille verte, les produits laitiers sur une feuille blanche.
Chaque produit est nommé, décrit et associé à la notion de saisonnalité, favorisant un enrichissement du lexique et une première structuration des connaissances alimentaires.
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Expérimenter les goûts
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Une expérience de dégustation est ensuite proposée : chaque enfant/ chaque parent goûte deux préparations dans des petits verres, l’une acide, l’autre sucrée, puis place son choix sous le mot correspondant.
Cette activité mobilise le langage oral, la discrimination sensorielle et la prise de décision.
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Observer et décrire
L’observation d’une pomme permet de travailler successivement : la vue, le toucher, l’odorat, le goût.
Les élèves acquièrent un vocabulaire précis : rugueux, juteux, doux, acide…
Les réactions spontanées sont valorisées (« ça fait penser à la compote », « ça chatouille la langue »).
La même démarche est reprise avec du fromage blanc que le petit Samuel compare à du « slime » illustrant l’appropriation du lexique par analogie.
Cuisiner ensemble : autonomie, coopération et plaisir
La séance se poursuit au réfectoire où trois recettes sont réalisées :
un gâteau à la carotte,
un gâteau au fromage blanc,
un milkshake poire-banane, avec un ingrédient « secret » qui sera ajouté par les parents l’après-midi : le miel.
Les enfants découpent les fruits sur des planches adaptées, accompagnés par les adultes (enseignante, parents, personnels partenaires).
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L’activité favorise :
le développement de l’autonomie,
la motricité fine,
la coopération adultes-enfants,
la valorisation des compétences des parents.
Le goûter préparé est ensuite partagé avec l’ensemble de l’école donnant une dimension collective et concrète à l’action.
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Intérêts pédagogiques
Un levier fort pour le lien école-familles en éducation prioritaire
Pour l’enseignante, Madame Céline Dherret, l’intérêt majeur de ce projet réside dans le lien aux familles.
Un constat partagé émerge : dans certaines familles, le petit déjeuner peut être déséquilibré (produits ultra-transformés, grignotage, absence de rituel).
L’objectif est donc double :
sensibiliser les parents à l’importance d’une alimentation équilibrée,
redonner le goût de cuisiner ensemble, dans un cadre bienveillant et non culpabilisant.
Un travail de mobilisation en amont a été mené avec la MJC Mosaïque par Justine Garandeau, référente famille, notamment à la sortie de l’école afin d’inciter les parents à participer.
À titre de comparaison, une action similaire menée quelques jours plus tôt à l’école Alain-Fournier avait réuni une vingtaine de parents, montrant le potentiel de ces dispositifs lorsqu’ils sont inscrits dans la durée.
Le langage comme point d’entrée des apprentissages
L’action proposée vise en premier lieu le développement du langage, enjeu central en éducation prioritaire dès l’école maternelle.
Les situations pédagogiques s’appuient sur l’exploration sensorielle (goût, toucher, odorat, observation) et sur la manipulation d’aliments offrant aux élèves des situations riches, concrètes et sécurisantes, propices à la verbalisation.
Le travail conduit ne se limite pas à la nomination d’objets familiers. Il engage les élèves dans des activités de catégorisation, de comparaison et de description fine, mobilisant un lexique précis autour des aliments, des textures et des saveurs.
L’attention portée à la saisonnalité contribue à structurer les connaissances tout en donnant du sens aux échanges oraux. Ces situations favorisent une entrée explicite dans le langage scolaire, en cohérence avec les attendus de l’école maternelle, tout en restant accessibles à tous les élèves, quels que soient leurs acquis initiaux.
Cuisiner pour apprendre autrement
Une partie de l’action repose sur des activités de préparation culinaire, adaptées à l’âge des enfants. Ces temps de cuisine sont pensés comme de véritables situations d’apprentissage, mobilisant l’autonomie, la motricité fine, la coopération et la compréhension de consignes.
L’utilisation d’outils sécurisés permet aux élèves de s’engager concrètement dans l’activité, de prendre des initiatives et de se confronter à des gestes techniques.
Le plaisir de faire ensemble occupe une place centrale, tout en soutenant des apprentissages implicites essentiels : persévérance, attention, respect des règles et des autres. Le partage du goûter préparé avec l’ensemble de l’école renforce la dimension collective et valorisante de l’action.
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La place des familles : de la participation à la coéducation
Un enjeu fort de cette action réside dans la place accordée aux parents. Ceux-ci sont invités à participer aux ateliers aux côtés de leur enfant, non dans une posture d’observation mais comme acteurs à part entière. Cette organisation contribue à transformer le rapport des familles à l’école, en les associant concrètement aux apprentissages et en reconnaissant leurs compétences.
La présence des parents favorise les échanges informels autour des pratiques alimentaires et permet d’aborder des questions sensibles, comme celle du petit déjeuner, dans un cadre non prescriptif. Le travail de mobilisation mené en amont par la MJC Mosaïque, notamment à la sortie de l’école, apparaît déterminant pour créer les conditions de cette participation. Le temps d’échange proposé l’après-midi avec les parents prolonge cette démarche, en permettant un espace de discussion spécifique, distinct du temps de classe.
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Une action pleinement inscrite dans les enjeux de l’éducation prioritaire
L’observation de cette séance met en évidence l’intérêt de ce type d’action en éducation prioritaire. En s’appuyant sur des situations concrètes et partagées, elle permet de travailler simultanément le langage, l’autonomie, la relation aux familles et les enjeux de santé, sans dissocier les dimensions scolaires et éducatives.
L’implication des élèves, la participation active des parents et la mobilisation des partenaires du territoire font de cette action un levier pertinent de coéducation, inscrit dans une logique de continuité entre temps scolaire, périscolaire et territoire. Elle illustre la manière dont des projets partenariaux ciblés peuvent contribuer à réduire les écarts et à renforcer le sens des apprentissages dès la maternelle.
L’action menée à l’école maternelle Saint-Exupéry met en lumière plusieurs conditions de réussite pour le déploiement de projets similaires en éducation prioritaire.
La clarté des objectifs pédagogiques, l’inscription dans un partenariat structuré et la préparation en amont avec les acteurs du territoire apparaissent déterminantes.
La mobilisation des familles repose notamment sur un travail de médiation préalable, indispensable pour lever les freins à la participation et installer un climat de confiance durable.
La transférabilité de ce type d’action suppose également une articulation étroite avec les apprentissages de la classe afin d’éviter l’effet « action ponctuelle » et de renforcer la continuité éducative.
Enfin, la posture des intervenants, centrée sur l’expérimentation, le langage et la non-prescription, constitue un levier essentiel pour favoriser l’adhésion des élèves comme des parents.
Ces éléments invitent à penser l’éducation au goût non comme une animation isolée, mais comme un outil pédagogique à part entière, au service de la réduction des inégalités et du renforcement du lien école-familles.