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Carte de l’éducation prioritaire : le cas du collège REP Aubrac de Givors qui demande depuis 10 ans son classement en REP+ (Le café)

19 janvier

Éducation prioritaire : des collèges en attente de moyens et de reconnaissance

Interrogé lors d’un déplacement dans le Rhône vendredi 16 janvier, le ministre Edouard Geffray a reconnu l’existence de collèges très défavorisés relevant de l’éducation prioritaire sans y être intégrés. « Il existe des collèges qui devraient bénéficier d’un classement et qui n’en ont aucun ». C’est le cas du collège Aubrac de Givors qui lutte depuis 10 ans pour le classement REP+. Pour autant, la réforme de la carte de l’éducation prioritaire n’est pas engagée immédiatement. Elle nécessite 15 à 18 mois de travail, avec un important chantier d’analyse et de concertation précise le ministre. À terme, environ 200 réseaux pourraient sortir du dispositif et 200 autres y entrer.

Des mesures d’urgence dès la rentrée 2026

Dans l’attente de la réforme de la carte de l’Education prioritaire, le ministère a annoncé vendredi 15 janvier répondre dès la rentrée 2026 aux situations les plus aigües. Ces mesures concerneront 21 collèges dans 11 académies (Clermont-Ferrand, Lyon, Montpellier, Versailles, Nancy-Metz, Strasbourg, Créteil, Lille, Guadeloupe, Martinique et Orléans-Tours), ainsi que 66 écoles.

Lors de son déplacement à Givors, il a reçu une délégation du collège Aubrac qui lutte depuis dix ans pour le classement de leur établissement en REP+ : il a l’IPS correspondant mais pas les moyens afférents alors même que tous les indicateurs sociaux et scolaires sont au rouge.

Les dispositions prévues pour les collèges comprennent la création d’un pôle médico-social à temps complet, avec un psychologue de l’Éducation nationale (PsyEN), un infirmier et un assistant social. Le ministre Geffray a assuré une attention particulière portée au nombre d’élèves par classe, à chaque niveau. Le ministère prévoit aussi la mise en place d’une indemnité pour mission particulière, à titre transitoire, pour les enseignants et une bonification de mobilité RH, accordée à partir de trois ans d’exercice dans l’établissement.

À Givors, dix ans de lutte pour le classement REP+ du collège Lucie Aubrac

« Voilà dix ans que nous réclamons pour notre établissement ce qui aurait dû être une évidence depuis longtemps : le classement en REP+ », écrivent les professeurs dans leur lettre ouverte au mnistre de l’Education nationale. Depuis dix ans, les enseignants du collège Lucie Aubrac, situé dans un quartier populaire de Givors, dans la métropole de Lyon se battent pour une reconnaissance qu’ils estiment évidente : le classement de leur établissement en réseau d’éducation prioritaire renforcé (REP+).

Des indicateurs sociaux alarmants

L’indice de position sociale (IPS) du collège Lucie Aubrac le situe parmi les établissements les plus défavorisés, à un niveau comparable, voire inférieur, à celui de nombreux collèges déjà classés REP+ dans le Rhône. Le taux de boursiers y est également plus élevé que dans la quasi-totalité de ces établissements. Pour les enseignants, cette situation relève d’une injustice manifeste : « Rien ne justifie son exclusion du classement REP+ ». Leur objectif, insistent-ils, n’est pas de mettre les établissements en concurrence, mais de corriger une anomalie ancienne : « Notre démarche vise à rétablir une injustice vieille de dix ans. »

Une usure humaine profonde

Au-delà des chiffres, le courrier témoigne d’une fatigue morale et professionnelle extrême. « Dix ans de dossiers, d’audits, de constats. Dix ans de réunions, de lettres, de promesses jamais tenues », rappellent-ils. En 2020, deux enseignants sont même allés jusqu’à entamer une grève de la faim pour alerter l’institution. « Ils en gardent des séquelles physiques, nous en gardons tous un traumatisme moral », écrivent leurs collègues.

Le sentiment d’abandon est d’autant plus vif qu’en janvier 2024, alors Premier ministre, Gabriel Attal avait reconnu publiquement que le collège était « orphelin » et annoncé un classement en REP+ à la rentrée 2025. Une promesse vécue comme « la fin d’une lutte ». Mais à l’été 2025, le Bulletin officiel actait l’entrée de nouveaux établissements dans le dispositif, sans inclure Lucie Aubrac. Preuve, selon les enseignants, que « l’on peut faire entrer de nouveaux collèges en REP+ sans chambouler toute la carte ».

« Un purgatoire éducatif »

Aujourd’hui, le collège reste, selon leurs mots, « suspendu dans un purgatoire éducatif où tout est reconnu mais rien n’est accordé ». Et ce sont avant tout les élèves qui en paient le prix. « Derrière les dossiers et les statistiques, il y a Inès, Eden, Mohammed, Yanis, Tessa, et ils vous regardent », écrivent-ils. « Ils ne demandent ni privilège ni passe-droit, mais que l’État tienne parole et respecte l’égalité. »

L’annonce, début 2026, du gel de la carte de l’éducation prioritaire jusqu’en 2027 a ravivé la colère. « Pour le collège Lucie Aubrac, cette annonce sonne comme une sentence », dénoncent-ils. Reporter toute décision, c’est, selon eux, « considérer que l’urgence éducative peut attendre une alternance politique », alors que les besoins sont immédiats.

Une politique jugée incohérente

Les enseignants critiquent également l’orientation du « Plan des 800 collèges », qui conditionne désormais les aides principalement aux résultats scolaires, notamment ceux du brevet. « Conditionner notre survie fragile à des seuils de résultats, tout en ignorant nos indicateurs sociaux explosifs, n’est pas tenable pédagogiquement », affirment-ils. En 2024, 63,1 % des élèves du collège sont issus de quartiers prioritaires de la politique de la ville, et dans le quartier des Vernes, d’où proviennent majoritairement les élèves, plus de la moitié des habitants vivent sous le seuil de pauvreté.

Une exigence de reconnaissance immédiate

Malgré ce contexte, les équipes revendiquent aussi leur fierté : 40 % des élèves accèdent à la seconde générale et technologique, et y réussissent souvent mieux que la moyenne. « Nous construisons aussi de l’excellence », rappellent-ils, soulignant leur ambition pour tous les parcours, généraux, technologiques ou professionnels.

« Cependant, étant donné les promesses passées non tenues, nous restons d’une extrême vigilance. Notre position est claire : nous attendons désormais la traduction concrète de cet échange sous forme de moyens immédiats et pérennes » confient-ils.

Djéhanne Gani

Extrait de cafepedagogique.net du19.01.26

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