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> Les élèves en REP+ fréquentent beaucoup moins les cantines scolaires que les (…)
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« Ils sont parfois un peu hautains, mais je ne leur en veux pas » : dans la vie de Marie, cantinière
Marie, 56 ans, est employée de cantine dans un collège breton, « un boulot alimentaire » comme elle dit, parfois « moqué » par les élèves qui envahissent chaque midi le réfectoire. Elle s’en accommode, non sans les observer beaucoup, inquiète pour eux et le monde que l’on va leur confier. C’est le premier épisode de notre série consacrée à la sociologie des cantines scolaires.
Extrait de ouest-france.fr du 27.11.25
ENTRETIEN. « La cantine scolaire est un lieu de clivage social important »
Trois quarts des collégiens de milieux défavorisés ne fréquentent pas la cantine le midi. Pourquoi ? « Le prix, les procédures administratives lourdes pour l’accès à une tarification sociale, et le type d’alimentation », explique la sociologue Elodie Leszczak. En résumé : personne n’est à égalité au réfectoire. C’est le deuxième épisode de notre série consacrée à la sociologie des cantines scolaires
Bien plus qu’une simple expérience alimentaire, la cantine scolaire est un théâtre social à part entière, où se jouent des dynamiques d’inclusion, de hiérarchie, mais aussi d’éducation alimentaire. Depuis plus de deux ans, la sociologue Elodie Leszczak étudie plusieurs cantines (maternelles, élémentaires et collèges) situées en zones rurales et en ville. Tour d’horizon des enjeux sociaux, éducatifs et nutritionnels.
Elles sont désormais gérées par les collectivités. De quels milieux sont issus les enfants qui fréquentent les cantines scolaires ?
Les cantines sont surfréquentées par des enfants issus de familles avec un niveau de diplôme et de revenus élevés. À l’inverse, trois quarts des collégiens en réseaux d’éducation prioritaire REP + n’y vont jamais, contre seulement un quart des élèves hors REP. Ce contraste illustre un clivage social important. [...]
Extrait de ouest-france.fr du 28.11.25
La cantine, une expérience inégalitaire
Par Élodie Leszcza
Rhyzome, 2025/2, n°93 (page 16)
Une carotte rouge avec des feuilles vertes sur fond bleu clair. L’image représente une radis avec ses feuilles vertes attachées. Le radis est principalement rouge avec un bout blanc. Il est positionné au centre de l’image, légèrement incliné vers la droite. Les feuilles sont grandes et ont une forme ovale, s’étendant vers l’extérieur depuis la tige principale. L’arrière-plan est de couleur bleu clair, offrant un contraste avec le rouge vif du radis et le vert des feuilles. La composition est simple et met en valeur le radis comme sujet principal.
Midi, les enfants sortent de classe. « Ils se conduisent différemment à l’école et ici. Pour eux, c’est un soulagement » de venir à la cantine, m’explique un agent de restauration scolaire. Ils entrent dans un espace différent, propice à l’expression des émotions contenues dans la matinée. Alors que je discute avec une tablée de copains qui se détendent et rient en mangeant avec appétit, un garçon fatigué éclate en sanglots dans la queue du self. L’animatrice débordée, occupée à aider les plus jeunes à porter leurs plateaux, soupire et lui dit : « Tu ne vas quand même pas pleurer parce qu’il t’a poussé ! » L’expérience enfantine de la restauration scolaire est contrastée. Si certains apprécient les repas, connaissent et respectent les règles de l’institution, d’autres détournent ces règles ou ne parviennent pas à les respecter, ont du mal à utiliser leurs couverts, crient, bousculent ou se font bousculer, refusent de manger. Mais derrière les discours sur des enfants qui seraient plus « difficiles » que d’autres, ce sont des dynamiques d’inégalités qui se cumulent et façonnent les vécus de la cantine.
Inégalités sociales
Lorsqu’elles apparaissent en France au xixe siècle, les premières cantines ont un objectif philanthropique. Les communes qui les mettent en place espèrent attirer à l’école les enfants des familles « nécessiteuses » et améliorer leur santé [1]. Aujourd’hui encore, la cantine est considérée comme un acteur important de la lutte contre l’insécurité alimentaire. Pourtant, elle est sousfréquentée par les enfants des classes populaires. Les élèves qui ne vont jamais à la cantine représentent 22 % des collégiens des établissements publics hors enseignement prioritaire, mais 73 % de ceux scolarisés en REP+ [2]. Les enfants qui ont été socialisés dans le cadre familial à des normes alimentaires éloignées de celles portées par la restauration scolaire, comme les enfants de personnes migrantes, sont moins susceptibles de connaître les aliments qui y sont servis, sans pour autant être les plus critiques sur la cantine [3]. Par exemple, les plats végétariens à base de légumineuses laissent sceptiques les enfants qui n’en consomment pas chez eux, à l’image de ce collégien m’interpellant un jour au sujet des burritos sin carne : « Madame, ça existe pas, les wraps végé ! »