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Idées / Débats
Lycée pro : « La totalité des réformes des 20 dernières années a été inutile »
« Le ministère ne propose que des remèdes homéopathiques ou des traitements symptomatiques » écrit Daniel Bloch dans cette tribune sur les réformes du lycée professionnel. Un rapport parlementaire sur les réformes du lycée professionnel a été publié l’année du 40e anniversaire. C’est un état des lieux sans appel de réformes qualifiées d’inutiles, contre-productives « parce que conduites sans analyse sur le fond, des questions à régler ». Il s’interroge : « Le ministère de l’Education nationale, si avide de mesurer les compétences des élèves, comporte-t-il en son sommet, rue de Grenelle, les compétences à la hauteur des responsabilités qui sont les siennes ? » Sa lecture du rapport dans cette tribune pour le Café pédagogique.
Contre-réforme de 2009, « management hors sol »
La Commission des Affaires culturelles et de l’Éducation de l’Assemblée nationale a pris une heureuse initiative : confier à deux de ses membres une mission flash, ou éclair, portant sur « les impacts des réformes successives sur le baccalauréat professionnel. » Ces missions sont constituées d’au moins deux parlementaires. Il s’agira ici de Géraldine Bannier et de Jean-Claude Raux : un député élu au titre de la NUPES et l’autre une députée du Modem. Et donc une mission transpartisane. Ces deux parlementaires ont déposé leur rapport le 9 juillet 2025 [1].
Contre-réforme de 2009
L’administration du ministère de l’Éducation nationale, depuis des décennies, traite des sujets relatifs à l’enseignement professionnel, comme si elle n’avait de compte à rendre à personne. Un Etat dans l’Etat. Sauf pendant les courtes périodes où un ministre a pu, pendant quelques mois, tordre les bras de son administration et de son Inspection générale. Comme Jean-Pierre Chevènement, avec le baccalauréat professionnel, ou René Monory avec les 4èmes technologiques et professionnelles ou encore Najat Vallaud Belkacem, avec les Campus des métiers et des qualifications. Vite rattrapés par la patrouille.
En témoigne par exemple la contre-réforme de 2009 réduisant la durée de la préparation du baccalauréat professionnel de 4 à 3 ans, en dépit d’une expérimentation qui conduisait à la rejeter. Nous y reviendrons. En témoignent également les diverses mesures de « transformation » de la voie professionnelle, mises en place en dépit de ce qu’il n’y ait eu, au Conseil supérieur de l’Education nationale, aucune voix pour les soutenir, y compris celle des organisations d’employeurs.
Ces mesures ont, bien évidemment, toutes échouées, ce que le ministère est seul à ne pas reconnaître. Le rapport fournit bien d’autres exemples de ces réformes venant d’on ne sait où. Sans que les élus en aient été saisis. Le ministère de l’Education nationale, si avide de mesurer les compétences des élèves, comporte-t-il en son sommet, rue de Grenelle, les compétences à la hauteur des responsabilités qui sont les siennes ?
Management hors sol
Un exemple de ce management hors-sol : la volonté affichée d’orienter davantage de jeunes filles vers les filières technologiques. On ne peut qu’approuver. Mais sans davantage de places en STS, en IUT, ou en écoles d’ingénieurs, faudra-t-il y admettre moins de garçons ? Ces places n’ont pas été ouvertes.
Des réformes inutiles et contre-productives
Ce rapport fournit un état des lieux très largement partagé. Faute de ce préalable indispensable, la totalité des réformes mises en œuvre au cours des 20 dernières années ont été inutiles, voire pour certaines contre-productives, parce que conduites sans analyse sur le fond des questions à régler. Les enseignants en lycée professionnel sont là pour témoigner de cet échec. Ces mesures ont toutes été annoncées comme de nature à constituer la voie professionnelle en une « filière d’excellence »… Elles se sont empilées sans jamais être sérieusement évaluées. « La réalité perçue par les principaux acteurs du monde de l’éducation nationale, et les premiers intéressés eux-mêmes, à savoir les enseignants et les élèves de cette filière, est sensiblement différente, au point de susciter le soupçon : ces discours récurrents et peu suivis d’effets promouvant l’excellence de la voie professionnelle ne relèvent-ils pas d’une forme d’hypocrisie ? »
Ainsi la contre-réforme de 2009, déjà évoquée, conduite depuis Bercy, qui a réduit d’une année, de 4 à 3 ans, la durée de préparation au baccalauréat professionnel a été présentée sous le faux-nez d’une égale dignité du baccalauréat professionnel supposée rétablie par une égale durée de préparation des divers baccalauréats. La conséquence : des compétences en baisse pour les diplômés, et des conditions d’accès à l’emploi détériorées.
De même la réorganisation de la seconde professionnelle, par famille de métiers, « retarde l’acquisition de compétences professionnelles précises susceptibles d’être mobilisées ultérieurement par les élèves dans leur parcours. » « Elle favorise par ailleurs la concentration des genres… Une mesure technocratique complétement déconnectée du réel » mais permettant d’optimiser le nombre d’élèves par classe. Ici encore la variable cachée.
Les rapporteurs ne sont pas davantage convaincus, bien au contraire, de l’intérêt de deux autres mesures phares, la co-intervention et le chef d’œuvre, notamment parce qu’elles sont financées par la réduction du nombre d’heures d’enseignement ordinaire. Des mesures considérées, presque unanimement, comme de simples gadgets. Pour les rapporteurs, il faut les supprimer et rétablir les volumes horaires disciplinaires.
La réorganisation de la classe de terminale professionnelle, en Y, avec quelques semaines en fin de scolarité différenciées selon l’objectif recherché, insertion professionnelle avec un stage pour les uns ou poursuite d’études avec des compléments méthodologiques pour les autres : un fiasco presque unanimement reconnu, par tous sauf par la rue de Grenelle. Des salles de cours désespérément vides, côté poursuite d’études et, côté insertion, des élèves non en stages formateurs financés à 100 € la semaine mais des petits boulots, guère formateurs, mais autrement mieux payés… Pour les rapporteurs, « un vecteur de chaos », un dispositif source de désorganisation des établissements, aggravant l’absentéisme. Le Ministère se dit à l’écoute, et propose une réduction de six à quatre du nombre de semaines ainsi concernées. Une incapacité à reconnaitre ses erreurs et à les corriger.
« Empilement » aussi, au cours des dernières décennies, des dispositifs de « lutte contre le décrochage scolaire ». Plus inefficaces les uns que les autres.
« Le ministère ne propose que des remèdes homéopathiques ou des traitements symptomatiques »
On aurait pu ajouter – ce que ne signalent pas les rapporteurs – que si ce décrochage s’est réduit, l’origine en est à trouver du côté de la suppression – ou presque – des redoublements et de « l’amélioration » des taux de réussite aux examens. Dont le ministère s’est longtemps félicité alors que cette « amélioration » « était paradoxale, compte tenu de la chute du niveau moyen des élèves orientés vers la voie professionnelle. Mais une « amélioration » s’accompagnant évidemment là encore ou d’une dégradation des conditions d’insertion professionnelle des diplômés ou par des taux de réussite inacceptables dans l’enseignement supérieur pour ceux qui s’y engagent. Le ministère ne propose que des remèdes homéopathiques ou des traitements symptomatiques. Comme le signalait le MEDEF aux rapporteurs, « pour des jeunes souvent en difficulté scolaire à l’entrée en seconde professionnelle – ils le sont désormais presque tous, ajoutera- t-on -, trois années s’avèrent souvent trop courtes pour atteindre un niveau de qualification réellement opérationnel sur le marché du travail. Mais pour le ministère de l’Éducation nationale le niveau des diplômes est défini par le nombre d’années d’études pour y parvenir et secondairement par les compétences qu’ils devraient certifier. »
C’est précisément pour revaloriser le diplôme du baccalauréat professionnel que les rapporteurs ont proposé de moduler sa durée de préparation, en permettant aux élèves les plus fragiles – de fait, ils le sont pratiquement tous – de bénéficier d’une année de formation supplémentaire. Néanmoins, il est naturel – ajoutent les rapporteurs – que de plus en plus d’élèves de la voie professionnelle souhaitent poursuivre leurs études, au regard de l’insertion professionnelle dégradée post-CAP ou post-baccalauréat professionnel.
Pour améliorer les taux d’insertion professionnelle, le ministère se propose de réactualiser la carte des formations : un « marronnier » diraient les journalistes, car une réactualisation invoquée sans exception à chaque rentrée scolaire, et cela depuis plus de 40 ans ; des ajustements indispensables, interrogeant sur la capacité d’une institution, caporaliste et rigide, à s’adapter rapidement à son environnement. Et mieux encore à anticiper sur l’évolution des métiers. La création d’un bureau des entreprises, dans chaque lycée professionnel, constitue une mesure à préserver, même si elle a été malheureusement « fragilisée « par une mise en œuvre maladroite
Il est significatif de constater que ce rapport n’évoque qu’accessoirement la question des Campus des métiers et des qualifications alors qu’ils auraient mérité d’être mis davantage mis en avant dès lors qu’il s’agissait de traiter de la carte des formations, de la continuité des parcours des bacheliers professionnels entre le secondaire et le supérieur, de la cohérence à assurer entre les formations sous statut scolaire et sous statut d’apprenti, entre les formations initiales et continues, des relations avec les entreprises et les collectivités locales. Rien à reprocher aux rapporteurs. Mais le constat d’un affaiblissement de son ancrage territorial qui lui donnait tout son sens. Et notamment au profit des villes moyennes.
Comment a-t-il par exemple été possible, au cours des dernières années, de regretter le déséquilibre de nos échanges commerciaux, de constater notre absence de compétitivité, d’évoquer l’indispensable réindustrialisation de notre pays sans même évoquer la question des transformations à apporter à notre enseignement professionnel afin que l’équilibre de nos échanges commerciaux soit rétabli, notre compétitivité retrouvée et notre réindustrialisation enfin engagée ? Doit-on attendre 2027 pour ouvrir ce chantier ? L’approche transpartisane adoptée par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale permet d’espérer qu’il n’en sera rien.
Daniel Bloch
Dans le Café pédagogique
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L’enseignement professionnel dévoyé
Le rapport des députés G. Bannier et JC. Raux ne fait pas qu’estimer les économies réalisées sur l’enseignement professionnel. Il ne montre pas seulement les effets nocifs des réformes depuis 2009. Il met en évidence la trahison des objectifs et des élèves de cet enseignement sous E. Macron.
Remis en juillet, le rapport de la "mission flash sur les impacts des réformes successives du baccalauréat professionnel" rédigé par les députés Géraldine Bannier (Modem) et Jean-Claude Raux (écologiste) veut "donner un aperçu des conséquences des réformes successives : il s’agissait de comprendre et d’évaluer les modifications majeures qu’elles ont apportées à la voie professionnelle, aussi bien pour les élèves que pour les personnels". Il va en fait bien au-delà. Il chiffre les prélèvements budgétaires réalisés aux dépens de l’enseignement professionnel grâce aux réformes, il montre l’échec de ces réformes et il laisse apercevoir les renoncements et la véritable rupture qu’a connue la voie professionnelle sous E. Macron.
L’enseignement professionnel vache à lait de l’Education nationale
Le rapport montre à quel point l’enseignement professionnel est la vache à lait de l’éducation nationale. Chaque réforme, sous Sarkozy en 2009, puis sous Macron en 2018 et en 2023, a sucé les moyens de la voie professionnelle.
Depuis 2009, on assiste à une réduction continue des temps d’enseignement. Le saut majeur a lieu en 2009 quand le bac professionnel passe de 4 à 3 ans. C’est un quart du temps de formation qui disparait aux dépens des élèves qui ont le plus besoin de l’école pour atteindre un niveau correct en enseignement général et se former aux disciplines professionnelles.
Avec l’hypocrisie habituelle (une caractéristique du discours des officiels sur cette voie de formation),cette réforme a été présentée comme un moyen d’assurer "l’égale dignité" entre les 3 voies du baccalauréat et l’attractivité de l’enseignement professionnel. Le rapport parle pour cette décision de "mère des contre réformes". Un rapport de l’Inspection générale avait pourtant souligné "qu’une grande majorité d’élèves ne peut pas suivre un parcours vers un baccalauréat professionnel en trois ans au terme du collège". Mais dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques, la réforme a immédiatement permis d’économiser 6 milliards.
La réforme de 2018 va dans le même sens. On passe de 2900 h de formation à 2520 h, soit 380h d’enseignement en moins. Les enseignements professionnels passent de 1472 h à 1260 h. Avec la réforme de 2023,le volume d’enseignement diminue encore de 2520 h à 2350 h. Les enseignement professionnels passent à 1189 h.
Une baisse de la qualité des formations
Au terme de ces réformes on a des élèves nettement plus jeunes et moins matures et surtout nettement moins bien formés aussi bien en enseignement général qu’en professionnel. "Comment prétendre que le niveau de qualification s’est élevé alors même que les diplômés du baccalauréat professionnel ont perdu deux années de formation depuis le début des années 2000 – perte résultant de la réforme de 2009 et de la réduction massive des taux de redoublement à l’école primaire comme au collège ?", écrivent les rapporteurs. On peut ajouter que la formation proprement lycée est passé de 4 à 2 ans car l’année de 2de avec ses "familles de métier" n’est pas vraiment professionnalisante.
Le rapport montre le désastre que constitue cette évolution. Selon un expert, D Bloch, cela conduit à ce que les jeunes bacheliers professionnels n’aient plus accès aux emplois qualifiés car ils sont inemployables. Des Notes Depp établissent la chute des compétences en littératie et numératie. Le Medef critique aussi cette évolution : " trois années s’avèrent souvent trop courtes pour atteindre un niveau de qualification réellement opérationnel sur le marché du travail".
N Sarkozy et E Macron ont clairement décidé de faire des économies budgétaires aux dépens des élèves les plus défavorisés et les plus fragiles scolairement.
L’hypocrisie des politiques
Et là on rejoint la deuxième caractéristique de cette voie d’enseignement : l’hypocrisie. Le rapport propose un florilège des discours hypocrites des responsables politiques. "Les voies technologiques et professionnelles sont tenues dans un mépris qui est insupportable, qui est intolérable, intolérable socialement et insupportable, parce que de surcroît cela est faux", s’indigne N Sarkozy en 2009. E Macron lui fait écho en 2023 en parlant de "parcours d’excellence". "Ces discours récurrents et peu suivis d’effets promouvant l’excellence de la voie professionnelle ne relèvent-ils pas d’une forme d’hypocrisie", se demandent les rapporteurs. "Le comble de l’hypocrisie est atteint lorsque des mesures ayant pour effet de réduire le volume des enseignements dispensés aux élèves préparant un baccalauréat professionnel sont justifiées au nom de l’égale dignité des filières. Viser l’égalité suppose de veiller à ce que les élèves ayant le plus de besoins soient davantage soutenus".
L’échec des réformes Blanquer
Sans surprise, le rapport établit aussi l’échec des réformes menées depuis 2009 et notamment celui de la réforme Blanquer de 2018. Le rapport voit dans les "familles de métiers" installées en 2de "un dispositif contre productif". Avec la réforme, les enseignements professionnels "désormais très généralistes, retardent ainsi l’acquisition de compétences professionnelles précises et susceptibles d’être mobilisées ultérieurement par les élèves dans leur parcours". La formation est aussi devenue plus illisible aux yeux des familles. Et à la fin de l’année de 2de, l’orientation est "plus contrainte" car les lycées n’offrent pas toutes les spécialités. Selon le rapport, "Il s’agit d’une autre forme d’orientation contrainte, susceptible de nourrir encore davantage le sentiment de relégation de certains élèves".
La "co-intervention" et "le chef d’oeuvre" sont aussi très critiquées. Pour les rapporteurs, la co-intervention est surtout "une variable d’ajustement" pour économiser sur les postes en utilisant au maximum les emplois existants. Pour le rapport c’est "un objectif d’économies budgétaires dissimulé derrière des objectifs pédagogiques". Quant au "chef d’oeuvre" c’est un "dispositif inadapté" qui fait perdre du temps d’enseignement.
Quant à la réforme de 2023, avec son "parcours en Y", elle sème "le chaos" dans les lycées. Des élèves disparaissent et l’objectif de former une partie des élèves au supérieur en 6 semaines est risible. Les employeurs (U2P) critiquent de leur coté la multiplication des stages au même moment.
On ne sera donc pas étonné que le rapport demande de revoir de nombreux points des réformes. Les rapporteurs ne demandent pas le retour au bac pro en 4 ans, mais souhaitent "permettre aux élèves volontaires de la voie professionnelle de suivre une quatrième année de formation en lycée professionnel, en effectifs réduits et centrée sur les savoirs fondamentaux". Ils demandent aussi de "rendre obligatoire le respect du choix de spécialité exprimé par les élèves à l’issue de la classe de seconde professionnelle".
Ils sont plus radicaux sur les réformes plus récentes. Ils demandent la suppression de la co-intervention et du chef d’oeuvre et de " rétablir les volumes horaires disciplinaires correspondants". Ils veulent aussi la suppression du parcours en Y "et, en conséquence, rétablir le volume d’enseignements correspondants pour tous. Organiser de nouveau les épreuves du baccalauréat professionnel au mois de juin". De même ils demandent de revenir sur la règle des 6% des formations modifiées dans chaque académie " en fonction d’une analyse précise de la situation des territoires".
La trahison de la promesse républicaine
Mais ce qui ressort de cette "mission flash", c’est, pour ceux qui connaissent l’histoire de l’Ecole, un fort sentiment de trahison. La création du bac professionnel répondait à un objectif politique de démocratisation de l’enseignement. Il s’agissait d’ouvrir une voie qui permette, avec une pédagogie différente, aux enfants dominés des classes populaires, d’accéder aux emplois qualifiés et à l’enseignement supérieur. Cette décision politique visait à assurer la promesse républicaine que la création du "collège unique" n’avait pas atteint. Dans "L’argent de l’école" (Presses de Sciences Po 2025), C. Cardon-Quint montre que, dès sa mise en place, le ministère des Finances a refusé les moyens qui devaient accompagner pédagogiquement cette grande réforme de démocratisation scolaire.
Le bac professionnel devait répondre aux ambitions des familles populaires. "L’ensemble de la population a adhéré à l’idée qu’il faut poursuivre des études pour échapper au chômage", me disait Vincent Troger en 2016 au moment de la publication de son ouvrage Le baccalauréat professionnel : impasse ou nouvelle chance ? (PUF). Pour lui, le bac professionnel " a permis que cette idée soit déclinée dans une culture populaire avec un rapport au savoir plus instrumental dont j’ai toujours pensé, en opposition avec les héritiers de Bourdieu, que c’est une voie qui peut permettre l’émancipation. Cette réforme décline cette idée dans le cadre d’une formation technologique. Les dominés ont aussi dans leur forme de refus de la culture académique la revendication d’une autre forme de réussite. La réforme ouvre cela en disant aux jeunes bacheliers pro qu’ils peuvent accéder à un BTS par exemple".
Cette promesse émancipatrice, les réformes menées par N Sarkozy et E Macron l’ont systématiquement sabotée. Alors que la République a promis à ces jeunes un "vrai bac" et un accès au supérieur ou aux emplois qualifiés, ils ont trahi la promesse et engagé les jeunes dans une formation dont ils ont réduit les moyens. Les deux réformes de la voie professionnelle d’E Macron ont porté des coups décisifs à ce grand projet de société. Elles sacrifient l’avenir des plus faibles au destin des favorisés.
François Jarraud