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MATERNELLE : Les activités physiques à bras-le-corps
L’importance des activités motrices dès la maternelle
Les activités physiques dès l’école maternelle constituent avant tout un moyen de développer la motricité de l’enfant. La recherche montre également son apport dans la lutte contre les inégalités sociales et les stéréotypes de genre. Afin de permettre les multiples apprentissages visés, les PE doivent bénéficier d’une formation solide, notamment en psychomotricité.
« Le corps étant en perpétuelle sollicitation, il est important dès le plus jeune âge de savoir l’utiliser à bon escient pour réaliser des actions et cela passe par sa mise en jeu et son contrôle ». En faisant ce constat, Ingrid Verscheure, professeure des universités en sciences de l’éducation et de la formation, souligne l’importance de l’Éducation physique et sportive (EPS) dans les apprentissages réalisés dès la maternelle (lire p 19). Les activités physiques participent, en effet, au développement moteur de l’enfant, mais aussi à sa socialisation et à son émancipation. « Ces pratiques lui permettent de découvrir le monde, de bouger, d’agir, de développer l’habileté motrice, la mise en projet, de se situer dans l’espace, d’y prendre des informations ou encore d’être capable de se montrer aux autres », précise-t-elle.
Une analyse partagée par Fabrice Delsahut, maître de conférences en Sciences et techniques des activités physiques et sportives (STAPS). Selon lui, la capacité à produire des gestes moteurs reposent sur un triptyque essentiel, mettant à la fois en œuvre « un aspect moteur en lien avec l’anatomie - le fonctionnement neuromusculaire -, un aspect cognitif en lien avec le développement du cerveau et un aspect affectif car il faut gérer les relations à un environnement physique et social » (lire p 17).
UN LEVIER CONTRE LES INÉGALITÉS
Si l’introduction des activités physiques dans les enseignements dispensés en maternelle n’est pas une nouveauté - les premières instructions remontent à 1921 -, le contenu et les objectifs d’apprentissage assignés aux pratiques sportives proposées aux élèves les plus jeunes n’ont cessé d’évoluer au fil du temps. Aujourd’hui, il s’agit de développer la motricité de l’enfant, mais aussi de permettre aux enseignants et enseignantes d’activer un levier supplémentaire pour s’attaquer aux inégalités sociales ou de genre. « Pour différentes raisons, des enfants issus des milieux populaires ne pratiquent pas d’activités physiques et sportives ou pratiquent des activités choisies par les parents parce que proches du domicile ou peu onéreuses », note Ingrid Verscheure qui pointe, par ailleurs, le fait que « de nombreux travaux montrent aussi que beaucoup de filles arrivent à l’école sans jamais avoir tapé, lancé ou rattrapé un ballon ».
Pour l’universitaire, l’école maternelle constitue le lieu idéal pour acquérir des compétences physiques et s’attaquer à différentes formes de ségrégation. Dans ce contexte, la formation initiale et continue des PE représente un enjeu majeur. Disposer de connaissances sur les gestes et actions motrices, concevoir des activités physiques appropriées en pensant les objets d’apprentissage et les variables didactiques, observer, verbaliser les actions et les critères de réussite (sur le vif ou en décroché)… Des compétences professionnelles qu’il convient de mieux accompagner.
RÉACTIVER LES APPRENTISSAGES TRAVAILLÉS
Sur le terrain, les temps de rencontres organisées par les équipes pédagogiques témoignent du travail et des progrès importants des enfants. Ainsi, les élèves en GS de l’école Paul-Langevin située en Rep à Garges-lès-Gonesse (Val d’Oise) pratiquent chaque semaine des jeux collectifs et d’opposition. « Au début, ils s’agglutinaient, témoigne Carmen Vissière, enseignante. Nous avons commencé par travailler sur l’occupation de l’espace. C’est l’occasion de comprendre les enjeux des jeux collectifs, de prendre plaisir à jouer, d’apprendre à respecter les autres, de s’approprier des règles progressivement, mais aussi de travailler sur ses émotions, les équilibres, les appuis, l’adresse ou encore la vitesse de course » (lire p 16-17).
Autre exemple : l’organisation d’olympiades qui se tiennent à l’école d’Uzos (Pyrénées-Atlantiques). Les 86 élèves de la PS au CM2 se retrouvent ainsi pour participer à une série d’activités physiques (jeu de lutte, biathlon, tir à la corde, course en sac, relais de transvasement d’eau...) visant à « réactiver des apprentissages de divers champs, travaillés dans l’année mais sur des supports nouveaux » selon Théo Rozé, PE stagiaire en PS-MS (lire p 18). C’est aussi l’occasion pour l’enseignante-formatrice de la classe de faire le point sur les acquis des « patrons moteurs de base » des élèves. Le rôle de l’école, qui est notamment, selon Ingrid Verscheure, « de créer les conditions pour qu’il y ait une ouverture des possibles afin de permettre à tous les élèves d’accéder à un certain nombre de compétences », serait donc ici bien rempli.
SOMMAIRE :
• Un domaine d’apprentissage en soi : éclairage sur l’EPS en maternelle dans les programmes
L’éducation physique à la maternelle est pensée dans les programmes depuis plus de cent ans.L’éducation physique à la maternelle est pensée dans les programmes depuis plus de cent ans.
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• Dans les starting-blocks : reportage jeux collectifs dans une classe de GS du Val d’Oise
– Les GS expérimentent les jeux collectifs et d’opposition.
Il n’est pas minuit dans la bergerie mais dix heures à l’école Paul Langevin. Dans cette école maternelle en Rep, située à Garges-lès-Gonesse dans le Val d’Oise, les élèves de grande section (GS) de Carmen Vissière sont dans les starting-blocks. « C’est parti ! ». Une nuée se met à courir joyeusement dans tous les sens à la vitesse de l’éclair. « J’ai attrapé ta queue du loup, lance Ekam à Warren, tu dois aller t’asseoir sur le banc ». Ce dernier en profite pour encourager les membres de son équipe encore en lice : « Attention derrière toi Wassila ! ».
Gauche, droite, c’est une salve de pas de côtés pour esquiver les attaques. Daniel en perd l’équilibre mais se relève aussitôt. « Tu n’as pas le droit de tirer mon tee-shirt », rappelle-t-il à Ibrahim. Au même moment, Mouhamed et Yusuf s’affrontent. Bien ancrés sur leurs appuis, en garde, chacun essaye de déséquilibrer son adversaire. « Bravo ! », s’exclame Carmen. La parade de Mouhamed cède sous le crochet de Yusuf qui se saisit d’un tour de main du foulard dans le dos de son adversaire. « C’est pas juste, les jaunes sont cinq et nous sommes quatre », se plaint Mouhamed, déçu d’avoir perdu.
« Facelie, tu changes et tu vas avec les rouges, propose la maîtresse, nous verrons si le nombre de joueurs est déterminant pour gagner ». Les deux équipes raccrochent leur queue du loup et se placent derrière leur ligne de départ respective. « Tu as vu comme j’ai couru vite ? », se félicite Isaac. « Moi j’ai attrapé la queue de Rojat », répond Wassila avec satisfaction. Quelques secondes pour parler entre camarades des réussites. Une nouvelle partie est sur le point de démarrer.
– DES JEUX AU LONG COURS
Si ce jeu d’opposition semble maîtrisé à la perfection par ces élèves, c’est grâce à un travail sur la durée. Chaque jeudi, ce sont jeux collectifs et d’opposition. « Au début, ils s’agglutinaient, se souvient Carmen. Nous avons commencé par travailler sur l’occupation de l’espace ». Une pratique sportive bien rôdée qui se perpétue depuis de nombreuses années, pour toutes les écoles maternelles et élémentaires de la ville. « C’est l’occasion de comprendre les enjeux des jeux collectifs, de prendre plaisir à jouer, d’apprendre à respecter les autres, de s’approprier des règles progressivement, précise Carmen. Mais aussi de travailler sur ses émotions, les équilibres, les appuis, l’adresse ou encore la vitesse de course ».
En effet, elle se remémore les frustrations des premières séances. « Petit à petit, les élèves apprennent à développer un esprit de solidarité ». Entre chaque situation, Carmen prend le temps de recueillir leur parole. Les raisons, qui ont amené à gagner ou perdre, sont discutées ensemble. Ainsi, « ils comprennent qu’il ne suffit pas de regarder devant pour attraper la queue mais qu’ils doivent aussi veiller sur la leur. Ils ont aussi appris à identifier leur équipe. » Les interdits sont rappelés à chaque séance. « Cela les rassure et leur laisse la possibilité d’expérimenter l’opposition proche, sans contact dans un premier temps par l’intermédiaire du foulard », explique Carmen. Les prémices pour accepter ultérieurement des activités d’opposition au corps à corps.
• "Les patrons moteurs de base" : 3 questions à Fabrice Delsahut
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Nous sommes dans le registre sensori-moteur, nommé aussi psychomotricité, qui s’appuie sur un triptyque essentiel. Un aspect moteur en lien avec l’anatomie, le fonctionnement neuromusculaire. Un aspect cognitif en lien avec le développement du cerveau. Et un aspect affectif car il faut gérer les relations à un environnement physique, social… L’acte moteur va, en effet, permettre une adaptation à ces environnements. À l’école maternelle, il est question de travailler le « comment faire » au regard des besoins psychomoteurs des enfants pour les amener à maîtriser les postures, les gestes liés à des habiletés.
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• Variations de jeux, variation de gestes : reportage aux olympiades de l’école d’Uzos
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• "Une ouverture des possibles" : interview d’Ingrid Verscheure
– POURQUOI L’ÉDUCATION PHYSIQUE ET SPORTIVE (EPS) EST-ELLE FONDAMENTALE À LA MATERNELLE ?
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– QU’APPORTENT LES PRATIQUES DE RÉFÉRENCES ?
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– EN QUOI LA PRATIQUE DE L’EPS CONCOURT-ELLE À RÉDUIRE LES INÉGALITÉS ?
Des enfants, pour différentes raisons, ne pratiquent pas d’activités physiques et sportives ou pratiquent des activités souvent choisies par les parents parce que proches du domicile ou peu onéreuses. C’est le cas notamment des élèves issus des milieux populaires. Or, le rôle de l’école est de créer les conditions pour qu’il y ait une ouverture des possibles afi n de permettre à tous les élèves d’accéder à un certain nombre de compétences. Ce faisant l’EPS participe à la lutte contre les inégalités sociales. De nombreux travaux montrent aussi que beaucoup de filles arrivent à l’école sans jamais avoir tapé, lancé ou rattrapé un ballon. Or, cette activité est importante et a du sens pour construire la motricité fine, la prise d’information, la gestuelle, les habiletés. Faire en sorte que tous les élèves se confrontent à cette activité dès le plus jeune âge permet l’acquisition de ces compétences mais c’est aussi lutter contre les inégalités de genre.
Sans l’école, un certain nombre de stéréotypes se reproduisent. Les filles, hors temps scolaire, font alors au mieux des activités de reproduction de forme comme la danse, voire ne font pas d’activités sportives parce que dans l’imaginaire collectif elles sont calmes alors qu’à l’inverse, les garçons ont besoin de se dépenser… De même, les garçons doivent aussi avoir accès à des pratiques comme la danse qui leur apprennent à se montrer devant les autres. L’école a donc un rôle essentiel à jouer.
Extrait de snuipp.fr du 29.08.25