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Temps de l’enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats
Textes introduits et présentés par Stéphane Bonnery
Editions de la Fondation Gabriel-Péri, août 2025
Régulièrement, des gouvernements veulent engager une réforme des temps de vie de l’enfant ou des « rythmes scolaires ». De vraies questions se posent en matière d’organisation de la journée, de la semaine et de l’année scolaire, sous un jour différent de celles qui se posaient au siècle dernier. Mais d’autres objectifs se cachent derrière ces réformes dont l’argument des rythmes devient un prétexte ou un moyen de les imposer, pendant que l’attention est détournée par de faux débats, avec le concours d’« experts » en soutien des gouvernements.
Pourquoi ces derniers font-ils comme si l’on découvrait la question, alors que l’histoire des recherches sur la question des « rythmes » est si riche ? Cet ouvrage rassemble des textes emblématiques, de natures diverses, publiés entre 1969 et 2025. Un certain nombre d’entre eux sont écrits par des chercheurs qui soit présentent leurs résultats, soit prennent position à partir de leurs connaissances : Jean-Yves Rochex, Antoine Prost, Éric Plaisance, Stéphane Bonnéry. De son côté, le philosophe Lucien Sève prolonge, sur la question des « rythmes », sa déconstruction idéologique des arguments innéistes sur les « dons ». Enfin, d’autres argumentaires sont le fait de formateurs et praticiens en avance sur leur temps : Jacques Beauvais, Annick Davisse, Alfred Sorel, François Brunet. On voit ainsi se dessiner une évolution de la réflexion, face à une succession de réformes qui restent sourdes aux arguments, n’écoutant que ce qui valide leurs choix politiques.
Le lecteur, qu’il soit éducateur, citoyen, étudiant en sciences humaines et sociales ou décideur, pourra ainsi remettre sur leurs pieds un certain nombre de questions importantes qui sont aujourd’hui mal posées : les conditions réelles de la réussite scolaire, la fatigue des élèves, leurs centres d’intérêt, la place des écrans, des activités artistiques, physiques et sportives, les inégalités sociales et sexuées, le rôle respectif de l’école, des loisirs, de l’éducation populaire et des collectivités locales, la socialisation familiale, les enjeux des choix pour l’école publique ou pour la privatisation…
La première partie de l’ouvrage synthétise les arguments et les met en perspective avec ces questions clés.
***
Stéphane Bonnéry est professeur en sciences de l’éducation à l’Université Paris 8 (équipe CIRCEFT-ESCOL), directeur de la revue La Pensée et membre du Conseil d’administration de la Fondation Gabriel-Péri.
ISBN 978-2-37526-078-4 – août 2025 – 246 pages
Extrait de gabrielperi.fr d’août 2025
TABLE DES MATIERES
INTRODUCTION
LES TEMPS DE L’ENFANT :
OUTILLER VRAIMENT LA RÉFLEXION
5
6
La Convention sur les temps de l’enfant : une bien mauvaise base de départ par Jean-Yves Rochex
11
PREMIÈRE PARTIE TEMPS DE L’ENFANT, RYTHMES SCOLAIRES
METTRE LES RÉELS ARGUMENTS DANS LE DÉBAT
17
Les inégalités scolaires : prétexte ou enjeu du temps de l’enfant ?
18
« Temps libres » et « heures d’école perdues » :
questions pédagogiques et économiques
19
Des décennies de politiques basées sur l’idée d’une école impuissante ont affaibli l’école
25
École impuissante et enfants « inenseignables » ?
À propos des idéologies fatalistes
29
Au fond, quelle est la spécificité de l’école par rapport
aux socialisations familiales ?
35
Quelle réelle complémentarité entre l’école
et les loisirs ? Les enjeux d’apprentissage face
aux inégalités et à la fatigue
42
La complémentarité entre l’école et ses partenaires
42
Le temps des loisirs face aux inégalités et à la fatigue
des élèves
46
Activités artistiques, physiques et sportives :
quelles inégalités sociales et sexuées ?
54
Quelques réalités utiles pour penser des questions
en débat
63
Synthèse provisoire pour la Convention citoyenne
et pour de futures recherches
64
L’organisation du temps scolaire : révéler des impensés
66
La fatigue, le stress et l’ennui des élèves et les politiques
éducatives
70
La place des écrans : penser cette question avec les autres
instances de socialisation
76
L’organisation du temps scolaire et des loisirs, au regard
des équipements et des transports
82
DEUXIÈME PARTIE
TEXTES CHOISIS SUR LES RYTHMES SCOLAIRES 89
Présentation
90
Sur les notions de « besoin » et de « rythme » de l’enfant en psychologie
94
Jacques Beauvais
L’ambiguïté de la notion de « besoin de l’enfant »
(L’École et la Nation, 1969)
95
Les limites scientifiques de l’importation de la notion
de « besoins » en psychologie et en pédagogie
96
L’univers social et humain de l’enfant : un « créateur »
de besoins
97
Reconnaître la dépendance entre les besoins
et les conditions précoces de leur émergence
100
242
Temps de l’enfant, rythmes scolaires
La notion de rythme : une perversion des notions
psychologiques (L’École et la Nation, 1975)
103
Une conception abstraite de l’intelligence
et de la personnalité
104
Prendre en compte la dimension socio-culturelle
des « retards » scolaires
106
Les « rythmes propres » de l’enfant, un alibi
au service d’une école à plusieurs vitesses
108
Éric Plaisance
Les « rythmes propres » de l’enfant : une idéologie des dons
(L’École et la Nation,1975)
111
La notion de rythme
113
Premier niveau : les constats
114
Deuxième niveau : les prétendues explications
115
Alfred Sorel
Rythmes et compétences : individualiser,
renoncer à la démocratisation (La Pensée, 1988)
119
Respect des rythmes individuels ou lutte
contre l’échec scolaire ?
119
Déstabilisation des diplômes et régressions sociales
123
L’éducation, terrain où l’on doit dépasser les antagonismes
entre classes sociales ?
127
Les rythmes contre l’école démocratique
131
Michel Chaigneau
Rythmes scolaires, vrais ou faux problèmes ?
(L’École et la Nation, 1989)
132
Les rythmes individuels (à chacun son rythme ?)
135
Inadaptés, les rythmes scolaires ?
139
Les rythmes de vie de l’enfant
150
Quelles réorganisations du temps scolaire ?
153
François Brunet
Réduire le temps d’école fatigue les élèves
et accroît les inégalités (L’École et la Nation, 1989)
155
Temps de travail et temps de fatigue
155
Réflexion sur la durée
157
Annick Davisse
Les activités physiques et artistiques utiles au nouveau
rythme du développement des enfants et des jeunes
(L’École et la Nation, 1989)
158
Année, semaine et journée scolaires
158
Échec scolaire et alternance
161
En moyens et en habitudes, changer vraiment
164
244
Temps de l’enfant, rythmes scolaires
Rythmes : SOS élitisme
165
Lucien Sève
École : touche pas à mon rythme ! (L’École et la Nation, 1989) 166
SOS élitisme
168
Le biologisme à la rescousse
171
Les rythmes, Haby neuf des dons
173
Égalité des chances ou démocratisation ?
177
Au rythme des luttes
178
Rythmes : serpent de mer ou cheval de Troie ?
179
Jean-Yves Rochex
Des rythmes au contrat ou la mystification du sujet
(L’École et la Nation, 1989)
180
Rythmes ou activités scolaires ?
183
Le temps humain n’est ni une catégorie naturelle,
ni une catégorie biologique
186
Développement et apprentissage
188
Du consommateur d’école à l’autosélection
192
Capacités d’apprentissage :
une fatalité socioculturelle ?
198
Jean-Yves Rochex
La théorie du handicap socio-culturel, une explication
ethnocentriste, qui n’explique rien (Dialogue, 2000)
199
Un mode d’explication simpliste, réducteur et abusivement
généralisant.
201
Une « réponse » qui dispense de spécifier
et d’analyser la question
204
Pour une conception forte de l’École, de la culture
et du sujet-élève
207
Danger : des réformes qui réduisent
le temps d’enseignement
211
Antoine Prost
Comment peut-on apprendre plus et mieux
en travaillant moins ? (Le Monde, 2008)
213
Stéphane Bonnéry
Réduction du temps scolaire : les logiques cachées
(La Pensée, 2025)
216
À l’école primaire : une réduction du temps au nom
de supposées capacités intrinsèques
216
L’accélération du renoncement à l’égalité
218
Enseignement secondaire : réduction des heures
disciplinaires et du commun
222
246
Temps de l’enfant, rythmes scolaires
Réduire le temps scolaire = favoriser l’école privée
(La Pensée, 2024)
226
L’enseignement privé, sa nouvelle clientèle
et sa dépendance de l’argent public
226
Le baby-boom des années 2000
et les contraintes austéritaires
228
Évolution des effectifs d’élèves et d’enseignants,
entre babyboom et austérité
230
En primaire : une vague passée à dépense moindre,
sacrifiant l’égalité
231
Collège et voie professionnelle publics :
sabordage lors de la vague
234
L’argent public pour favoriser le privé :
une politique économique
236
Temps scolaires : et si on se trompait de débat (ouvrage)
Paru dans Scolaire le dimanche 07 septembre 2025.
Très souvent, les réformes des rythmes scolaires "ont réduit le temps de classe pour confier les enfants aux mairies, au privé, aux familles qui le peuvent, voire à la rue ou aux écrans", mais elles sont toujours assorties d’un plan de communication pour tenter de convaincre que les élèves auraient "trop d’école", alors qu’ils ont perdu "énormément" d’heures de classe. Et cet argumentaire croise "une autre offensive idéologique puissante, qui incite à renoncer à l’égalité des objectifs scolaires pour les enfants de toutes les classes sociales". Stéphane Bonnéry (Paris 8) introduit ainsi un ouvrage, "Temps de l’enfant, rythmes scolaires : vraies questions et faux débats". Les citoyens tirés au sort pour y réfléchir dans le cadre d’une "convention citoyenne" disposent-ils de toute la documentation voulue ? "Les premiers éléments livrés pour le travail de la Convention, ne donnent quasiment pas de recul sur les politiques qui ont été conduites à ce sujet."
Ses promoteurs mettent en effet en avant un argumentaire connu : "Les rythmes actuels, avec de longues journées de cours, ne respectent pas les besoins biologiques des enfants et creusent des inégalités économiques, sociales et territoriales (accès aux activités extra-scolaires, accès à une offre périscolaire, temps de transport…)." Mais à quelles réalités renvoient les notions de rythmes et de besoin biologique ?
"Dans l’enseignement secondaire, ce qui frappe plutôt (que leur longueur), c’est l’irrégularité des journées (...), la pénurie d’enseignants a des conséquences sur les emplois du temps des élèves. Elle est telle que l’un des critères majeurs pour composer ces emplois du temps tient à la disponibilité de contractuels (...) venant de loin", ce qui conduit à regrouper leurs horaires". Pour ce qui est de l’école primaire, "l’argument des journées longues est encore plus étonnant. Car c’est là que se constituent, pour beaucoup, les capacités d’attention sur les apprentissages intellectuels : réduire encore une fois le temps de classe risque de rendre beaucoup d’élèves encore moins endurants, donc fatigables, face à ce type d’activité spécifique (...). Il n’y a rien de fatal à ce que les manières de faire la classe provoquent la fatigue ou l’ennui. Là encore (...), il faut se demander quelles injonctions pèsent sur (les enseignants) depuis quelques années, pour que l’école fatigue ainsi les élèves des familles les plus éloignées de la culture savante (...). La lutte contre l’ennui et la fatigue des élèves, autant que la lutte contre les inégalités scolaires, apparaît donc passer par une lutte pour que les élèves aient le temps nécessaire d’apprendre sereinement."
Le chercheur s’interroge aussi sur les congés scolaires : "Quel réel bilan a été réalisé des dispositifs ’vacances apprenantes’ (...) ? Il serait notamment intéressant de comprendre ce que les élèves apprennent et trouvent
comme plaisir dans des activités où les adultes à qui ils ont affaire sont mis en situation de n’être ni animateurs dans un esprit d’éducation populaire, ni enseignants dans une logique de transmission des savoirs et des logiques savantes."
Et pour l’un des auteurs cités, Michel Chaigneau, "il est bien évident aussi que le débat sur les rythmes scolaires n’est pas seulement un débat scientifique et pédagogique. C’est un débat politique autour de choix à opérer en matière d’éducation."
Les autres auteurs présents dans ce recueil sont Jacques Beauvais, Éric Plaisance, Alfred Sorel, François Brunet, Annick Davisse, Lucien Sève, Jean-Yves Rochex, Antoine Prost. Ils évoquent "les conditions de la réussite scolaire, la fatigue des élèves, leurs centres d’intérêt, la place des écrans, des activités artistiques, physiques et sportives, les inégalités sociales et sexuées, le rôle respectif de l’école, des loisirs, de l’éducation populaire et des collectivités locales, la socialisation familiale, les enjeux des choix pour l’école publique ou pour la privatisation…" dans des articles publiés entre 1969 et 2025...
L’ouvrage est édité par la Fondation Gabriel-Péri, 246 p., 20€ (ici)