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Carte scolaire et ségrégation. Quelle place pour la mixité sociale au collège ? [enquête à Paris, Lyon, Marseille] (La Vie des Idées, Collège de France)

15 septembre 2025

Carte scolaire et ségrégation
Quelle place pour la mixité sociale au collège ?

par Lise Lécuyer & Marco Oberti & Quentin Ramond , le 2 septembre

La carte scolaire ne se limite pas à organiser l’affectation des élèves : elle participe aussi à façonner les inégalités et la mixité sociale entre collèges. En comparant Paris, Lyon et Marseille, cette étude révèle comment la sectorisation et les choix des familles contribuent – différemment selon les contextes – à la ségrégation scolaire.

Introduction
Dans le système éducatif français, l’affectation des élèves à une école ou un collège public dépend du lieu de résidence des parents. Cette sectorisation scolaire (appelée couramment « carte scolaire ») vise avant tout à éviter la sous ou suroccupation des établissements et à affecter les ressources éducatives (personnels de vie scolaire, enseignants, etc.). Mais au-delà de sa vocation principale, la carte scolaire est souvent questionnée quant à sa capacité à agir sur la composition sociale des établissements et donc sur la ségrégation scolaire, entendue comme l’inégale répartition des élèves de différentes origines sociales entre les établissements (Barrault Stella, 2012).

Dans les grandes villes, où les contrastes entre quartiers riches et populaires sont marqués, la sectorisation peut accentuer les inégalités. C’est pour cette raison que certains aménagements ont été tentés, comme l’assouplissement de la carte scolaire en 2007–2008 qui visait à offrir davantage de choix aux élèves des quartiers défavorisés, sans pour autant atteindre ses objectifs (Oberti et Préteceille, 2013).

Mais la sectorisation n’explique pas à elle seule la ségrégation scolaire. Les parents ont la possibilité d’échapper à cette sectorisation en ayant recours à l’enseignement privé et, dans une moindre mesure, en obtenant une dérogation pour un autre établissement public. En effet, l’enseignement privé n’est pas soumis à la sectorisation, et considère la sélection de ses élèves comme une « liberté fondamentale », qu’aucun gouvernement n’a véritablement souhaité remettre en cause. Les grandes manifestations de 1984 contre la loi Savary qui proposait la création d’un « grand service public unifié et laïc de l’éducation nationale » représentent encore un épouvantail pour les responsables politiques.

Les travaux de Boutchenik, et al. (2021) montrent que la ségrégation scolaire résulte pour moitié de la ségrégation résidentielle, et pour moitié des choix scolaires des familles. Ce résultat demande cependant à être interprété avec prudence : cela ne signifie pas que le niveau de ségrégation diminuerait de moitié sans carte scolaire. La ségrégation scolaire pourrait persister, voire s’aggraver, sous l’effet des choix scolaires différenciés des familles selon les milieux sociaux. Dans les systèmes éducatifs où les familles choisissent librement leur établissement, comme au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou au Chili, les niveaux de ségrégation scolaire sont très élevés (Boterman et al., 2019 ; Gutiérrez, G. & Carrasco, A., 2021). Autrement dit, si la sectorisation ne garantit pas la mixité sociale à l’école, sa suppression ne la favorise pas non plus. À l’inverse, une sectorisation totalement rigide pourrait renforcer la ségrégation résidentielle, en incitant les familles à choisir leur lieu de résidence en fonction de l’offre scolaire et leurs ressources.

Notre objectif n’est pas de trancher en faveur d’un modèle, mais de comprendre les mécanismes contribuant ou limitant la ségrégation scolaire. L’originalité de notre démarche est, à partir des données du recensement et scolaires dans trois grandes métropoles (Paris, Lyon et Marseille), de prendre simultanément en compte trois niveaux d’analyse : le quartier, le secteur scolaire et le collège ; et de comparer leur niveau de ségrégation. [...]

Extrait de laviedesidees.fr du 02.09.25

 

La Vie des Idées est rattachée à l’Institut du Monde Contemporain (Collège de France) et dirigée par Pierre Rosanvallon.

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